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Actualité aéronautique Industrie & Technologie Développer Palantir en France, le pari de l'ancien patron d'Airbus Fabrice Brégier

Développer Palantir en France, le pari de l'ancien patron d'Airbus Fabrice Brégier

Avec AFP
12 JUIN 2019 | 810 mots
"Est-ce que quelqu'un a entendu dire du mal de Palantir ces six derniers mois? Non", se félicite Fabrice Brégier, l'ancien directeur général d'Airbus devenu en septembre patron de la filiale française du spécialiste américain des réseaux de données.

Il ne faut sans doute pas moins qu'un ancien patron d'Airbus pour convaincre que non, Palantir n'est pas une créature du lobby militaro-industriel américain, mais un puissant accélérateur de la numérisation des grandes entreprises, pour le plus grand bénéfice de celles-ci.

Fabrice Brégier est devenu en septembre le patron de la filiale française de Palantir, une entreprise américaine qui emploie 2.500 personnes dans le monde, et qu'il a découverte lorsqu'il dirigeait Airbus.

Le savoir-faire de Palantir a été développé au départ pour les agences de renseignement américaines, avant de s'étendre au monde des très grandes entreprises comme Airbus.

Il s'agit de "structurer des réseaux de données", c'est-à-dire connecter des dizaines, voire des centaines de systèmes informatiques très différents, pour en aspirer les données et les regrouper dans un grand pot commun ("datalake") qui peut ensuite servir de base à des myriades d'analyses et de décisions.

Pour l'instant, Palantir n'a que trois grands clients français, Airbus, Sanofi et la DGSI, le service de renseignement intérieur français.

Mais Fabrice Brégier espère bien mettre l'outil Palantir au service de nouvelles entreprises françaises... et pourquoi pas aussi de nouvelles administrations françaises.

"Mon but est d'offrir à partir de cette technologie américaine des solutions complètement maîtrisées par des ingénieurs français", a-t-il déclaré mardi, à l'occasion d'une visite de presse organisée par Palantir et Airbus dans les locaux de l'avionneur européen à Toulouse.

Palantir compte pour l'instant 70 salariés en France, mais "nous avons un objectif de 300 ingénieurs à l'horizon deux ans", a-t-il expliqué.

"C'est une taille qui permettra à Palantir France de jouer un vrai rôle dans le développement de la politique produits de Palantir, et dans la création d'un écosystème avec des start-up françaises qui peuvent donner de la valeur au produit", a-t-il déclaré.

Conquérir de nouveaux marchés prendra du temps, reconnaît M. Brégier, qui pour l'instant se garde bien de dire quand Palantir France parviendra à signer de nouveaux contrats.

"Cela va venir", mais "il faudra plutôt attendre l'année prochaine", se borne-t-il à dire.

La route est longue en effet pour convaincre les très grandes entreprises françaises qui sont la grande cible commerciale de Palantir.

Ne plus "courir après la donnée" -

En 2016, le contrat avec la DGSI a suscité de violentes critiques en France, certains responsables politiques et industriels dénonçant une perte de souveraineté française et un risque pour les données des renseignements français.

Palantir a été couvée à son démarrage par la CIA et son fonds d'investissement In-Q-Tel, qui détient encore quelques pour cent de son capital, selon M. Brégier, sans plus de précisions.

Mais "Palantir n'a pas accès aux données de ses clients", ne cesse de répéter Fabrice Brégier, qui met en avant à l'inverse les prouesses réalisées chez Airbus par le logiciel de Palantir.

Chez l'avionneur européen, la plateforme mise en place avec Palantir connecte aujourd'hui "570.000 bases de données" internes ou issues des fournisseurs et clients, dont environ 70 compagnies aériennes.

Elle est utilisée par 14.000 personnes différentes chaque mois.

La plateforme a notamment permis à Airbus d'économiser "plusieurs centaines de millions d'euros" lors de la montée en cadence du nouvel A350, selon Marc Fontaine, le directeur de la transformation numérique (DTO, digital transformation officer) d'Airbus.

A chaque moment, tous les acteurs de production, de l'opérateur de la chaîne d'assemblage au management, peuvent lancer des analyses de données pour résoudre leurs problèmes, sans avoir à "courir après la donnée" auprès des fournisseurs, des autres usines d'Airbus ou des compagnies aériennes clientes, explique-t-il.

Le système a par exemple permis de faire "baisser de 33%" les signalements de problèmes de qualité à la fin du processus de production, a souligné Marc Fontaine.

En Europe, Palantir a déjà séduit des clients comme Fiat Chrysler, Merck, Ferrari ou le Crédit Suisse.

Au niveau mondial, le chiffre d'affaires réalisé avec les entreprises dépasse désormais celui fait avec les agences de renseignement.

Il représente "plus de la moitié du chiffre d'affaires" mondial de Palantir, a indiqué Josh Harris, vice-président exécutif de Palantir et chargé de ce segment.
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