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Actualité aéronautique Actualité Bourget 2019 Dans les coulisses du Rafale Solo Display

Dans les coulisses du Rafale Solo Display

Daphné Desrosiers
01 JUIL. 2019 | 1260 mots
Dans les coulisses du Rafale Solo Display
© Team RSD-Tintin
Capitaine Sébastien, « Babouc », pilote du Rafale et ambassadeur de l'armée de l'air a accepté de nous livrer les secrets de sa démonstration en vol conçue spécialement pour le Paris Air Show 2019. L'équipe du Journal de l'Aviation a pu suivre la préparation mentale du pilote avant son décollage dans le ciel tourmenté du Bourget. Un moment exceptionnel que nous avons décidé de vous faire partager comme si vous y étiez.

H-1h40

Le rendez-vous est donné pour rejoindre Babouc et ses mécaniciens près de la division des vols. Pour se rendre aux avions, il faut circuler entre les voiturettes, les barrages de police et les piétons, et ce n'est pas aisé compte tenue de la forte affluence du public venu nombreux pour ce 53e Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace. Nous arrivons sous le nez majestueux de deux Rafale, qui patientent sur le tarmac et cachés des yeux du public derrière un hangar, à proximité du bout de piste de l'aéroport. Un court instant de répit avant qu'une effervescence parfaitement orchestrée ne commence. Sous la supervision du responsable technique ou « Restec », cinq mécaniciens s'activent afin de préparer l'avion. Que ce soit le pistard, le mécanicien vecteur, le mécanicien avionique, le motoriste « Pim » ou le pétaf, chacun connaît parfaitement son travail et agit dans le calme et la sérénité. Ils ont pourtant conscience de la pression qui repose sur leurs épaules mais rien ne vient troubler leur concentration. Car un avion peut se révéler extrêmement dangereux, même au sol et seul un travail rigoureux garantit une sécurité maximale, que ce soit pour l'ensemble des intervenants ou le pilote qui mettra en route les deux Snecma M88.


© Team RSD-Tintin

H-1h15

Babouc s'isole dans une salle de repos aménagée dans le hangar jouxtant le parking. C'est le moment où le pilote prend en compte la machine, c'est à dire qu'il vérifie l'ensemble des formalités nécessaires pour réaliser le vol. Visite, état technique ou carburant doivent être vérifiés avant chaque vol sur un cahier d'ordre. Il nous explique alors le déroulement de sa préparation en montrant les limites de l'espace aérien dans lequel il devra réaliser ses évolutions : le box, puis l'axe dessiné, parallèle au public. Autant dire qu'entre les zones d'arrivées des avions civils et les riverains, le ciel parisien est pire qu'un escalier en colimaçon : planchers de 500 à 1500 pieds avec un plafond restreint de 2800 pieds jusqu'à 4850 pieds. Tout dépassement est une infraction aux règles de l'air et le Rafale évoluera dans un cube étriqué. La démonstration classique a dû d'ailleurs être modifiée afin de respecter ces contraintes liées à cet environnement particulier. La météo est par la suite analysée : il fait Cavok (Ciel and Visibilty OK, soit une visibilité supérieure à 10 km et pas de plafond nuageux) et le vent, faible, est dit « sortant », c'est à dire que soufflant du Sud-Est, la dérive qu'il génère éloigne l'avion de l'axe infranchissable des spectateurs. Un élément que le pilote doit intégrer afin que son alignement soit parfait tout en respectant l'axe et le box. Babouc commence alors la matérialisation du vol en l'énonçant à voix haute tout en effectuant la gestuelle. Il est dans sa bulle, comme s'il était déjà dans l'avion, et les mots s'enchainent avec fluidité. Nous sommes avec lui, conscient de la difficulté du vol qui s'annonce : facteur de charge pouvant atteindre 10 G, remontées dos et cette fois G négatif, autant avouer que ça va secouer :

« Roulage-Top décollage 122 noeuds, rotation et train rentre - mise sur axe. Dumble retour, tonneau suisse gauche-droite, j'attends, je patiente...j'accélère et -50 ».
Nous vivons le vol à ses côtés où les images des évolutions du Rafale se superposent à ses paroles.
« Vitesse inférieure à 250 noeuds, le train sort, passage sur axe et appel de phares pour saluer le public, le train rentre, post combustion (PC) et je vais chercher 295 noeuds. Je patiente, [même si on a la tête en feu là-dedans comme il nous l'expliquera plus tard, ndlr] j'annonce le pétrole restant à mon coach, Marty. Pleine PC, verticale, descente- Dumble, accélération à 450 noeuds et boucle carrée (10G). J'attends et 500 pieds, Square Dance ...Un retournement, attention, plancher 1500 pieds, je me mets sur le toit. Pente 60° et vent arrière pour un complet. »

Nous le laissons discrètement, à la fois rêveurs et émerveillés, pendant que Babouc passe à l'étape suivante : les échauffements. Piloter un avion de combat, y compris pour une démonstration publique nécessite un entrainement physique et, comme les grands sportifs, le pilote doit également se mettre en condition avant de voler.


© Daphné Desrosiers

H-25 min

Babouc arrive à l'avion, arborant son sourire et sa bienveillance légendaire. Il réalise la prévol en compagnie de ses mécaniciens, inspectant chaque partie vitale de l'avion avec minutie. Une chorégraphie lente s'impose naturellement dans un climat de confiance perceptible. Aucun mot n'est prononcé et pourtant, chacun se comprend dans un silence absolu. Une fois le tour avion terminé, Babouc cherche un repère au sol afin de réaliser sa seconde préparation mentale, la troisième se faisant dans l'avion avant le démarrage des moteurs. La ligne droite du taxiway est parfaite pour la musique qu'il s'apprête à jouer, sous l'oeil encore endormi du Rafale. Un instant hors du temps où le pilote fait corps avec sa machine, située à quelques mètres de lui, en marchant simplement et répétant sa symphonie dans une gestuelle dynamique. Demi-tour, pas lents ou rapides rythment cette danse singulière. Puis tout s'accélère. C'est l'heure de monter à bord de l'avion. Les mécaniciens accompagnent leur pilote, l'aident à l'harnacher sur son siège éjectable et apportent le casque mythique en haut de l'escabeau. La verrière se ferme et chacun est en position, aux ordres de Babouc. L'émotion est intense, le coeur du Rafale est bientôt prêt à battre quand un mécanicien nous confie : « c'est un avion vivant et on l'aime ». C'est l'heure de la mise en route et nous en prenons plein les oreilles. Stupéfaits, nous assistons aux derniers préparatifs quand l'un des mécaniciens se glisse pour vérifier les dernières check-list avant le top départ, sous le souffle brûlant et le sifflement des réacteurs. Nous ne pouvons que souligner le profond respect pour ces hommes et ces femmes qui oeuvrent dans des conditions parfois difficiles pour veiller à la sécurité. La zone une fois dégagée et confirmée par le « pistard », Babouc lève le pouce puis salue son équipe. C'est parti pour dix minutes de show aérien où tous les regards seront levés sur la démonstration époustouflante du Rafale ; « l'oiseau de fer qui crache du feu » tel qu'il a été baptisé par l'équipe des mécaniciens du Rafale Solo Display.


© Team RSD-Tintin
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