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Actualité aéronautique Passion L'aviation et ses combattants : les grands oubliés de Verdun

L'aviation et ses combattants : les grands oubliés de Verdun



En ce week-end de 11 novembre, les sirènes de l'exposition « Verdun : la guerre aérienne » ont retenti. C'est au milieu de visiteurs de 7 à 77 ans que je vais parcourir la séquence d'Histoire proposée par le Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget.
14 NOV. 2016 | Marie Christophe
L'aviation et ses combattants : les grands oubliés de Verdun
© Marie Christophe
« La bataille oubliée ». Dès les premiers pas, le ton de l'exposition est lancé. On ressent l'inquiétude et la mobilisation de l'équipe organisatrice. Trop peu d'événements, de livres, de monuments commémoratifs relaient cette guerre aérienne. Et cette guerre, c'est celle de Verdun, à partir de février 1916. La première, en réalité. Celle qui va - malheureusement - poser toutes les bases tactiques des suivantes. Celle qui sera le point de départ de l'évolution éclair d'une industrie naissante. Celle qui donnera une troisième dimension à l'approche militaire. Bataille emblématique, la guerre aérienne de Verdun est aujourd'hui reléguée au titre d'anecdotes par de nombreux livres d'histoire. Abordant les aspects technique, industriel, mais aussi culturel, social, et anthropologique, l'exposition offre une approche multiple et inédite.

« Sera Maître du monde qui sera Maître du ciel »

A l'aube de 1916, les mots prononcés deux ans plus tôt par Clément Ader résonnent : c'est une réelle prise de conscience qui s'opère. Laboratoire de la chasse, Verdun marque un tournant dans l'aéronautique et sa vision. Si le nombre de pilotes est bien entendu inférieur au nombre de soldats terriens actifs, les tristement célèbres « poilus », l'enjeu de l'aérien n'est pas en reste. Le général Pétain aurait avoué que « si nous sommes chassés du ciel, alors c'est simple, Verdun sera perdu ».

L'industrie aéronautique est un investissement majeur de la Grande Guerre, et l'ennemi a pris de l'avance. Le 21 février 1916, la flotte aérienne française est clouée au sol suite à une attaque de l'armée allemande : dès lors, c'est une véritable course à la domination aérienne qui est lancée. Les décideurs prennent toute la mesure du rôle de l'aviation. La réponse du général Pétain ne se fait pas attendre et s'appelle Rose : commandant Charles de Tricornot de Rose. Premier Brevet militaire en 1911 et instigateur de la première escadrille de chasse en 1915, il met en place une tactique offensive qui finira par s'avérer payante, bien que difficile. Le manque d'anticipation et les divers tâtonnements stratégiques apparentent les missions à de véritables paris. Un certain cadre se dessine cependant progressivement sous ce commandement : les machines voleront dorénavant en patrouilles, à des heures définies. L'ensemble de la stratégie permettra de mettre fin à ce que les Alliés appelaient le « fléau Fokker ».

Souvent associé à Verdun, nous découvrons au cours de la visite le Nieuport XI, biplan monoplace baptisé « Bébé» en raison de sa taille. Aux couleurs du Commandant de Rose, le premier avion de chasse français fabriqué et utilisé en grand nombre trône comme l'élément phare de l'exposition.

Reconnaissance, bombardement et chasse

L'aéronautique de la RFV (Région Fortifiée de Verdun) possède quatre escadrilles début 1916 : une de chasse et trois de corps d'armée, en charge de missions de reconnaissance et de réglages de tirs d'artillerie. Grâce au fameux commandant de Rose, l'observation, mission principale, reprend son cours après l'attaque ennemie du 21 février. Protégés par les chasseurs français, les observateurs se mettent à nouveau au service de l'artillerie en surveillant l'ennemi et en apportant des images inédites, vues d'en haut (mais aussi de très bas, sachant que les vols se faisaient jusqu' à 50 mètres du sol...). A l'aide des nombreux clichés effectués, les cartes d'état-major évoluent, sont carroyées puis régulièrement revues et corrigées. Les observateurs sont les « yeux de l'artillerie », le « satellite » de l'époque.

La mission de bombardement, quant à elle, est davantage vue au départ comme un outil psychologique qu'une réelle opération stratégique. Largement relayées et amplifiées par les médias, les attaques touchent les civils et terrorisent la population. Les journaux font figure de presse à scandale, incitent aux représailles et dénoncent le comportement ennemi tout en glorifiant les pilotes qui remportent les assauts similaires du « bon » côté. Les as ont le vent en poupe. Navarre, surnommé la « sentinelle de Verdun », Guynemer, Nungesser, Fonck ... les noms des « stars » de l'époque font la une, au détriment de tous les membres du personnel aéronautique. C'est peut-être cette presse, présentant l'aviateur comme un avantagé, un héros ou un as, qui jouera des tours à l'image et la mémoire de cette guerre aérienne par la suite.

Les pilotes : cobayes ou privilégiés ?

A y regarder de près, les aviateurs de l'époque ressemblaient davantage à des cobayes qu'à des privilégiés. Agés d'une vingtaine d'années, ces courageux ne savaient pas toujours dans quoi ils s'engageaient. Volant sur des aéronefs récemment fabriqués par les constructeurs, ils faisaient figure de pilotes d'essai, qui plus est en décollant ou atterrissant sur des « pistes » souvent improvisées. L'esprit d'équipe était de mise : la complicité avec les mécaniciens était d'ores et déjà partie prenante de la réussite. Dotées de peu d'autonomie et de peu d'instruments, ces machines demandaient une attention de chaque instant. En sous-effectif, les Français effectuaient jusqu'à trois missions par journée, face à des Allemands qui décollaient tous les deux jours. Harnachés dans des tenues vestimentaires aussi lourdes qu'encombrantes, les pilotes subissaient la météo peu clémente de l'hiver lorrain. Et c'est une Lorraine qui vous écrit, en connaissance de cause... Nerveusement et physiquement éprouvés, les aviateurs ne voient pas toujours une fin glorieuse à leur engagement. Quoiqu'il en soit, le nombre de pilotes n'a cessé de croître. Si on en dénombrait 300 en 1914, ils seront 6 400 au sein de l'armée française en 1917.

L'héritage de la guerre aérienne

Verdun restera une triste leçon pour la bataille de la Somme et les autres qui s'ensuivront. L'aéronautique prendra petit à petit sa place et l'industrie ne cessera dès lors de se développer. Le général Pétain affirmera que « Verdun [...] fut vraiment le creuset d'où était sortie l'aviation française ».
Plus légèrement, on rappellera que les batailles aériennes ont également laissé des traces dans la voltige actuelle, à l'instar de l'« Immelmann », figure éponyme de l'un des as de la Grande Guerre.
Les pilotes militaires d'aujourd'hui, notamment de la célèbre escadrille des Cigognes, expliquent que leur mission reste inchangée. Si le cadre est beaucoup plus structuré et les machines incomparables, le métier est relativement similaire. Ils saluent la bravoure des pionniers et soulignent l'importance de la rigueur pour rester dignes des anciens. Ils savent que dans les plaines lorraines, 146 aviateurs de la Grande Guerre ont laissé leur vie.

L'exposition se termine et je reste sur ma faim. Comme pour tout spectacle de qualité, on en ressort avec une certaine frustration : trop court ! Nous aurions volontiers continué quelques heures de plus. Quoiqu'il en soit, le devoir de mémoire souhaité par les instigateurs est accompli : après avoir parcouru ces couloirs, nous n'oublierons pas.

Exposition « Verdun : la guerre aérienne » au Musée de l'Air et de l'Espace jusqu'au 29 janvier 2017.
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