Alors que le marché transatlantique est dominé par les alliances et souffre de surcapacité, les compagnies low-cost sont parvenues à s’imposer auprès d’un public prêt à sacrifier un petit peu de son confort pour faire baisser le prix de ses billets. WOW Air fait partie de ces compagnies mais propose un modèle original : la traversée de l’Atlantique en A320, avec une escale en Islande. Svana Fridriksdottir, vice-présidente responsable de la communication de la compagnie, nous explique pourquoi cela fonctionne.
WOW Air a connu une croissance fulgurante depuis sa création. Pouvez-vous nous la rappeler ?
Wow Air a été créée en novembre 2011 et nous avons réalisé notre vol inaugural sur Paris le 31 mai 2012. La compagnie est donc très jeune. Elle est détenue par une seule personne, ce qui est plutôt rare et peut paraître bizarre. Skuli Mogensen travaillait dans les technologies de l’information puis a vendu sa société à Nokia et a décidé de créer sa propre compagnie aérienne. Beaucoup étaient sceptiques mais tout a très bien marché dès le lancement.
Au départ, nous volions uniquement vers des destinations européennes mais il y a deux ans nous avons commencé à desservir les Etats-Unis et là nous avons vraiment pris de l’ampleur. Aujourd’hui nous volons vers 31 destinations, alors qu’elles n’étaient que douze il y a deux ans. Nous desservons l’Europe, les Etats-Unis mais aussi le Canada, avec Toronto, Montréal – d’ailleurs nous proposons de très bonnes correspondances entre la France et Montréal. Nous allons jusqu’à la côte ouest, San Francisco, Los Angeles. Et nos prochaines destinations sont New York et Miami. Nous sommes vraiment en croissance.
Comment expliquez-vous le succès de ces vols transatlantiques avec escale face à l’offre pléthorique en vol direct et la surcapacité sur le transatlantique ?
L’Islande est exactement au centre des routes entre l’Europe et les Etats-Unis, ce qui est très pratique. Nous pouvons amener des personnes de différents points de l’Amérique du Nord vers l’Islande puis les réorienter vers différentes destinations d’Europe. Et inversement. C’est plus facile et moins cher que de voler en direct parce que vous avez par exemple quelques personnes de Baltimore, d’autres de Boston, d’autres de Californie qui arrivent en Islande et ils ne veulent pas tous aller au même endroit : certains d’entre eux veulent aller à Copenhague, à Paris ou à Amsterdam. Nous pouvons tous les satisfaire. Et nous utilisons des appareils de la famille A320, plus faciles à rentabiliser.
Je pense aussi que la raison pour laquelle nous avons connu une telle croissance est notre politique tarifaire. Par exemple, nous proposons un aller simple à New York à 129 euros, 139 euros pour Miami. Nous ne sommes pas vraiment en concurrence avec les autres compagnies, nous augmentons juste la taille du gâteau. Il y a plus de gens qui peuvent se permettre de voyager maintenant et ne le faisaient pas avant. Ou alors ils peuvent voyager plus souvent et faire deux voyages au lieu d’un.
Par ailleurs, il n’y a qu’une seule classe, tout le monde est logé à la même enseigne. Mais on peut acheter plus d’espace. Notre pitch va de 28-29 pouces à presque 36 pouces, comme une classe affaires. Sur l’A330, le pitch commence à 31 pouces parce que personne ne veut passer 9h avec les genoux dans le siège de devant, on ne peut pas proposer ça. Et personne ne s’en est plaint parce que nous offrons plus d’espace que les autres low-cost – qui tournent plutôt autour de 27-28 pouces.
Et quelle est la place de la France dans ce programme ?
La France est un marché très intéressant et l’un de nos marchés principaux, c’est pourquoi nous avons choisi Paris comme première destination en 2012. Aujourd’hui, nous avons des A330-300 de 350 places que nous avons acquis pour aller à San Francisco et Los Angeles mais qui sont utilisés sur tous nos vols vers Paris et ils sont pleins à presque 90%. Donc la France est un très grand marché qui justifie l’utilisation de ces grands avions. Nous ne pourrions jamais les utiliser sur Copenhague mais ils sont tout à fait adaptés pour Paris, mais aussi Londres et Amsterdam. Par ailleurs ,nous volons aussi vers Lyon et Nice de façon saisonnière.
Les passagers français sont à la fois intéressés par l’Islande et l’Amérique du Nord et nous avons une option, le « stop-over », grâce à laquelle vous pouvez voler vers l’Islande et y rester sans surcoût (hormis les taxes aéroportuaires car vous sortez de l’aéroport) aussi longtemps que vous voulez avant de poursuivre vers les Etats-Unis. C’est une option que vous pouvez utiliser à l’aller ou au retour.
Les acteurs du transport aérien en France souffrent encore des conséquences de la menace terroriste, avec une importante baisse de la demande en provenance des Etats-Unis notamment. Est-ce également le cas pour WOW Air ?
Non, ça c’est la bonne nouvelle, nous n’avons pas subi de baisse de réservations. En plus, nous volions vers Nice cet été. Après l’attentat, certains clients américains nous ont appelés pour annuler leur vol vers la France mais pas autant que cela et cela n’a duré que quelques jours. Si cela avait eu plus d’ampleur, nous aurions juste changé d’avion et utilisé un A321 au lieu de l’A330. Mais notre vol quotidien a toujours un coefficient de remplissage compris entre 80 et 90%. Pour les Américains, cela reste un rêve de venir à Paris. Nous pensions que cela allait nous affecter mais nous n’avons pas senti de baisse.
Pourriez-vous envisager d’ouvrir une base hors d’Islande, en Europe ou en Amérique du Nord, à l’image de ce que fait Norwegian ?
Nous l’envisageons, oui. Nous sommes basés à Keflavik mais le trafic augmente tellement, les compagnies islandaises se développent si vite et les compagnies étrangères deviennent si nombreuses que l’aéroport est presque plein. Donc nous regardons cela sérieusement pour l’avenir. En Irlande ou au Royaume-Uni, qui sait ?









