Bjorn Kjos était à Paris au début de la semaine pour présenter les nouvelles lignes long-courrier que Norwegian s’apprête à lancer dans un mois au départ de la capitale vers les Etats-Unis. A cette occasion, Le Journal de l’Aviation a pu discuter avec lui de l’actualité de la compagnie.
Norwegian va lancer ses vols long-courrier au départ de Paris le 29 juillet vers Fort Lauderdale, Los Angeles et New York. Pourquoi se placer sur des routes où les acteurs sont déjà très nombreux ?
Parce qu’ils sont très chers! Et ce sont des liaisons qui attirent déjà beaucoup de monde. Avec nos prix bas, nous pensons pouvoir attirer de nouveaux touristes et stimuler encore le marché.
Et envisagez-vous de déplacer ces opérations vers Orly dans les prochaines saisons ?
Non, nous allons rester sur les deux aéroports parce qu’il y a plus de créneaux à CDG et il est plus facile d’y développer des opérations long-courrier.
Vous avez demandé à pouvoir opérer aux Etats-Unis avec vos filiales irlandaises et britanniques. Si le DoT (Department of Transportation) a donné son accord de principe en avril pour la filiale irlandaise, vous n’avez toujours pas obtenu cette licence. Quel est le problème ?
Aujourd’hui, nous n’avons aucun problème pour voler aux Etats-Unis, nous pouvons lancer autant de vols que nous voulons de partout en Europe avec nos appareils norvégiens parce que la Norvège est intégrée aux accords de ciel ouvert.
Le problème se pose lorsque nous voulons faire voler des avions de l’Union européenne vers des pays où les accords ne sont que bilatéraux et n’entrent pas dans un accord de ciel ouvert. Par exemple, si je choisis de placer un avion à Londres pour voler vers l’Afrique du Sud ou l’Inde, j’ai besoin d’une immatriculation et d’une licence britannique, je ne peux pas le faire avec ma licence norvégienne. Mais ce que je veux aussi, c’est bien sûr pouvoir utiliser le même appareil vers les Etats-Unis. Et ça je ne peux pas le faire parce que je n’ai pas l’autorisation des Etats-Unis pour mon entité britannique.
Je pense qu’ils ne comprennent pas. Aujourd’hui, je peux seulement voler aux Etats-Unis. Mais si j’avais la licence pour les filiales irlandaises et britanniques, je pourrais utiliser mes avions pour aller en Afrique du Sud ou en Amérique du Sud. Ils veulent limiter la concurrence que nous pourrions apporter mais c’est exactement le contraire qui arrive : je fais voler tous mes appareils vers les Etats-Unis et c’est très bien aussi.

© Norwegian
Vous avez 32 Boeing 787-9 en commande. Où comptez-vous les placer ?
Là où les gens veulent aller ! Notre objectif a toujours été de desservir les destinations touristiques en Europe : Londres, Paris, Barcelone, Rome. D’autres 787 rejoindront encore Stockholm ou Oslo mais les priorités sont ces villes très touristiques d’Europe.
Pour l’Asie ou l’Afrique, le développement viendra plus tard. Aujourd’hui, c’est un petit peu compliqué pour les Chinois de voyager en Europe par exemple. Mais c’est vraiment notre objectif de nous développer en Asie car c’est le continent le plus peuplé et beaucoup d’Asiatiques rêvent d’aller en Europe, et surtout à Paris donc on a envie de se placer sur ce marché. Aujourd’hui c’est un petit peu tôt parce qu’il y a trop de restrictions, il faudrait qu’on puisse les lever.
C’est la même problématique pour l’Afrique. C’est un continent fantastique avec un avenir magnifique. Il est encore trop tôt aujourd’hui mais attendez de voir dans cinq ou dix ans. Il va y avoir de plus en plus de passagers vers l’Afrique ; le Mozambique, le Kenya, la Tanzanie sont des pays incroyables pour le tourisme.
Vous attendez également beaucoup de 737 (trente 737-800 et 100 737 MAX 8), quelle sera leur mission ?
Nous avons beaucoup de commandes pour le MAX et le MAX a un rayon d’action qui lui permet de traverser l’Atlantique. Typiquement, il peut faire du Bordeaux – New York. Donc il sera utilisé pour relier des villes plus petites à la côte est des Etats-Unis. De Paris, vous pouvez même atteindre Karachi ou Islamabad. Les A320neo [également commandés à une centaine d’exemplaires, ndlr] auront plus ou moins les mêmes missions d’ailleurs, ce sont de très bons avions.
Lorsqu’on regarde la carte de vos bases, on constate un trou entre le nord et le sud de l’Europe, avec la France au milieu notamment. Envisagez-vous de le combler ?
Vous avez raison, nous nous sommes plutôt concentrés sur l’Espagne jusqu’à présent, pour les vols domestiques notamment. Nous regardons très sérieusement la France, surtout du côté où le tourisme est dynamique, comme dans la French Riviera et Paris. Une base à Paris serait surtout utilisée pour des vols long-courrier.
Quelles seront les conséquences du Brexit sur vos opérations ?
Les conséquences sont très difficiles à prévoir mais la livre va baisser donc il y a plus de monde qui pourra aller à Londres. Au contraire, le pouvoir d’achat des Britanniques va diminuer donc leurs voyages aussi, cela pourrait être une conséquence. Nous avons une base à Gatwick et beaucoup de vols vers tout le pays ; nous transportons beaucoup de Britanniques mais aussi beaucoup d’Américains, de Scandinaves, d’Espagnols… vers le Royaume-Uni. Sur les vols long-courriers, la moitié des passagers vient des Etats-Unis mais le reste des passagers sont Européens, Britanniques mais pas seulement car il y a beaucoup de gens qui viennent de toute l’Europe jusqu’au Royaume-Uni pour les emprunter. Donc le tableau est assez complexe et nous n’avons pas encore été capables de déterminer à quel point nous allons être affectés. Mais ce qui est sûr, c’est que nous continuerons à y aller.









