L’offre NacelleLife(TM) de Safran Nacelles a été lancée durant le salon MRO Americas en avril dernier. Cette nouvelle offre de services, qui complète l’activité OEM du grand nacelliste mondial, vient aussi confirmer une stratégie payante menée depuis quelques années, comme nous l’explique Chafic Hanna-Daher, le directeur des Services de Safran Nacelles. Entretien.
L’activité de Safran Nacelles dédiée aux services est assez récente ?
Safran Nacelles a débuté ses contrats de services avec des compagnies aériennes en 2013. Nous avons réellement mis le focus sur cette activité en 2017 avec la création d’une organisation dédiée. Cette stratégie focalisée sur les services est très importante pour plusieurs raisons. D’une part, elle permet de fidéliser les clients, à la différence des événements non planifiés. D’autre part, nous nous sommes rendu compte que nous pouvions accompagner nos clients sur toute la vie de l’avion, de son entrée en service jusqu’à son démantèlement en passant par les transitions entre opérateurs (via les loueurs ou la revente). Notre objectif est de doubler le chiffre d’affaires provenant des contrats de services à l’horizon 2022.
Vous avez lancé NacelleLife(TM) il y a un peu moins d’un an. Quels sont les premiers retours ?
Depuis le lancement de NacelleLife(TM) au salon MRO Americas en 2018, nous avons signé dix contrats. Ces contrats concernent des compagnies aériennes en Asie, en Chine, en Europe et au Moyen-Orient.
L’offre NacelleLife(TM) vise-t-elle l’A320neo en priorité ?
Pas forcément. Nous sommes présents sur tous les segments du marché, de l’aviation d’affaires, sur lequel Safran Nacelles est numéro 1 mondial, en passant par l’aviation régionale avec les E-Jets d’Embraer jusqu’aux moyens et longs courriers avec les A320neo, A330ceo & neo, A340 et A380. Compte tenu des volumes, je pense qu’à l’avenir la prédominance sera sur l’A320neo. Les autres programmes, plus anciens, nous ont permis d’ailleurs de contractualiser plus facilement sur les nouveaux grâce aux relations de confiance déjà installées avec les clients.
Les services de NacelleLife(TM) sont-ils sur-mesure ?
L’offre NacelleLife(TM) est déclinée selon trois types de contrats. Le premier, de type dollars à l’heure de vol, est le plus complet. Cette solution comprend la gestion des stocks, la réparation proactive, les inspections avec l’envoi de personnels sur site, les réparations sous ailes avec parfois des personnes dédiées chez le client à temps plein. Le deuxième type de contrat comprend des solutions qui ne concernent que de la réparation. Enfin, nous proposons aussi des solutions d’asset management. Certaines compagnies aériennes n’achètent aucune pièce et ne veulent pas faire de stock pour des raisons d’optimisation de coût. Nous gardons alors la propriété du stock et nous proposons un accès en cas d’événement, avec la garantie par exemple d’avoir un matériel sous quatre heures. Aujourd’hui, la répartition de ces types de contrats est à peu près à un tiers-un tiers-un tiers.
Comment allez-vous procéder pour doubler cette activité d’ici 2022 ?
Les inverseurs de poussée et les nacelles sont des matériels « On-condition », à la différence des moteurs par exemple où les maintenances sont planifiées. Pour parvenir à doubler notre activité d’ici 2022, nous allons être davantage proactifs et démontrer aux clients tout l’intérêt de l’anticipation et de la prévention sur du matériel « on condition » car nous savons, en tant que concepteur et fabricant (OEM), quand une nacelle doit être déposée. Nous allons aussi déployer des outils plus performants de maintenance prédictive sur certains systèmes et les premiers retours exploratoires sont encourageants.
Le marché nous a aussi montré qu’il existe un grand nombre de comportements d’achat, surtout avec l’A320neo. Certaines compagnies aériennes ne veulent absolument pas entendre parler de maintenance et la délèguent à des sociétés comme la nôtre, d’autres au contraire font tout en interne et, entre les deux cas, le spectre est très large. C’est en cela que notre offre de services NacellesLife(TM) répond bien aux besoins des clients car elle est entièrement personnalisable.
Nous développons également de nouvelles gammes de services, poussés par le marché autour de l’asset management. Nous essayons par exemple de positionner des stocks un peu partout dans le monde : stocks de gros composants et de petits composants, stocks dédiés et pools partagés. Nous pouvons même avoir du pool chez le client pour la proximité.
Cela veut-il dire que vous envisagez par exemple un produit visant directement les compagnies low-cost ?
Nous avons segmenté le marché et nous sommes sur cette dynamique. Prenons l’exemple des interventions sur site. Le marché de l’A320neo est évidemment beaucoup plus dynamique que celui de l’A380 ou de l’A330. Il y a beaucoup plus de cycles, et donc plus de raisons pour qu’un client nous appelle pour que l’on envoie un expert à l’autre bout du monde dans les 48 heures à cause d’une alarme cockpit liée à un inverseur de poussée. Pour nous, c’est extrêmement important de pouvoir répondre à leur demande parce que cela alimente la relation de confiance avec le client. Nous avons ainsi adapté notre call center 24/7, afin de nous adapter aux exigences des compagnies aériennes low-cost. Des collaborateurs séjournent ainsi chez elles pour s’imprégner de leur mode si particulier de fonctionnement et connaître leurs attentes spécifiques.
Deux paramètres nous permettent de rester à jour et de gagner des parts de marché : la compétitivité d’une part, et l’innovation sur les services d’autre part. Nous avons lancé un service baptisé JetLife en octobre dernier, une application mobile qui permet aux opérateurs de visualiser en direct tous les Service Bulletins (SB) à réaliser, les bénéfices qu’ils génèrent sur leurs flottes s’ils les appliquent, et où ces modifications peuvent être implémentées. C’est un outil intéressant pour les compagnies aériennes qui disposent d’une flotte importante. L’application mobile est déjà déployée chez cinq compagnies aériennes et les retours sont très positifs. Cette offre fait aussi partie de NacelleLife(TM).
De plus, nous avons une équipe dédiée qui travaille en lien étroit avec les bureaux d’études Safran Nacelles afin d’identifier les améliorations que nous pouvons apporter sur le support de nos produits actuels et sur de futurs programmes. Par exemple, dès la conception d’une nouvelle nacelle, nous regardons comment nous pouvons donner un accès à certaines parties de l’inverseur de poussée sans avoir à le déposer dans le but de favoriser les opérations de maintenance. Nous intégrons aussi dans le monde de l’aérostructure et du système complexe d’inverseurs de poussée, davantage de digitale pour proposer de la maintenance prédictive et préventive. Là aussi les attentes clients sont élevées, et seuls les concepteurs fabricants sont à même d’apporter le meilleur support et service dans l’intérêt des opérations et de la réduction des coûts de maintenance.










