Johan Lundgren était en France au début du mois pour inaugurer la septième base d’easyJet dans le pays. L’occasion d’évoquer auprès du Journal de l’Aviation les grandes questions qui agitent le transport aérien en ce moment. Entretien
Vous venez d’ouvrir une base à Nantes avec trois avions, comment se développer dans un aéroport si congestionné ?
Nous ne sommes pas nouveaux à Nantes : nous volons ici depuis 2008. Nous pensons qu’il y avait une opportunité, grâce au soutien que nous avons eu des autorités, des entreprises locales et le 1,3 million de passagers que nous avons transporté l’année dernière. Nous pensons qu’il y a assez de places et nous espérons même passer à quatre avions.
En augmentant notre présence, nous sommes aussi plus présents dans l’esprit des consommateurs, nous attirons davantage de passagers et nous entrons dans un cercle vertueux où nous avons de meilleurs taux de remplissage et des tarifs plus attractifs.
Au sujet de la congestion, je voudrais ajouter que nous sommes client de l’A321, qui a une capacité de 235 sièges. Nous avons donc l’opportunité d’augmenter nos capacités sans forcément faire venir plus d’avions. C’est aussi quelque chose que nous pouvons faire ici, à Nantes. Cela nous donne la possibilité d’aller plus loin.
Quels sont vos projets pour la France ?
Nous ne donnons pas de prévisions sur le long terme mais c’est un sujet très important vu la position de la France dans notre activité. En 2019, nous allons augmenter notre offre de 10%. Nous voulons transporter 22 millions de passagers cette année, ce qui représente un quart de la capacité d’easyJet.
Etes-vous soucieux du retour de Ryanair en France avec l’ouverture de bases ?
Nous avons prouvé que nous pouvions lutter contre n’importe qui, low-cost ou compagnies traditionnelles, donc cela ne nous empêche pas de dormir. Nous avons un modèle qui fonctionne, nous respectons les conditions locales, nous fournissons un service fantastique… Mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers et nous travaillons à rester toujours aussi attractifs, voire plus.
Quelles sont les innovations sur lesquelles vous travaillez ?
Nous investissons beaucoup dans le digital et les données. C’est une façon unique de créer une relation avec nos clients sur une base individuelle. Il faut bien sûr rester dans le cadre des RGPD et des lois sur la protection des données mais avoir un outil qui nous permet de savoir ce que vous avez fait avant et dans lequel vous nous autorisez à proposer des produits qui vous correspondent au moment où vous faites votre réservation, c’est une chose sur laquelle nous allons continuer de travailler bien plus. Nous allons aussi continuer à personnaliser les offres auxiliaires, par exemple le fast track à l’aéroport, avoir un bagage cabine garanti à bord pour les voyageurs d’affaires… Nous pouvons aussi faire plus pour les gens partant en vacances, comme les mettre en relation directe avec des chaînes d’hôtel adaptées.
Sur le plan industriel, nous avons un partenariat avec la société américaine Wright Electric, qui travaille sur les batteries et les avions hybrides. Ils espèrent lancer un avion hybride de neuf places cette année, qui est dans les temps, et devrait évoluer vers un avion de cinquante places. A terme ils visent un avion tout électrique. Nous croyons fermement que cela va arriver, ce n’est qu’une question de temps. Professeurs et experts croient bien plus en ce type de développement qu’il y a encore deux ans car les développements vont beaucoup plus vite aujourd’hui. Nous devrions commencer à voir des versions hybrides d’avions commerciaux en 2030 ou 2035.
En attendant, nous avons beaucoup de discussions avec Airbus, nous investissons beaucoup dans les technologies durables pour nous assurer que l’aviation peut poursuivre sa croissance sans nuire à la planète et avoir moins d’impact sur l’environnement.
Subissez-vous durement les problèmes de congestion en Europe ?
C’est le plus grand challenge opérationnel pour l’industrie dans son ensemble. La situation est inacceptable. Des inefficacités dans la gestion du trafic aérien causent perturbations, retards, annulations. C’est nous, en tant que compagnie, qui devons rembourser les passagers à cause de la résolution 261 alors que dans la majorité des cas ces perturbations n’ont rien à voir avec nous. Nous devons prendre soin de nos passagers, c’est vrai, mais la Commission doit reconnaître que les choses doivent changer. Eurocontrol est de notre côté.
Le problème, c’est le manque de personnel dans plusieurs centres de contrôle, parce qu’il n’y a pas eu d’investissements dans la technologie, parce que cela prend du temps de former un contrôleur et parce qu’une fois que vous devenez contrôleur, vous êtes affecté à une région spécifique et vous n’en bougez plus. Chez les avionneurs et chez les compagnies, les choses ont évolué de façon tellement plus efficace. Un cockpit est fondamentalement différent d’il y a quarante ans. Dans un centre de contrôle, cela a à peine changé. Il y a toujours trop de fonctions manuelles, de procédures manuelles. Tout le monde s’accorde à le dire mais maintenant nous attendons la volonté politique de passer à l’action. C’est ce sur quoi nous travaillons avec A4E.
Quel impact craignez-vous en cas de Brexit sans accord ?
Les vols vont se poursuivre. Le Royaume-Uni a accepté de signer la proposition de la Commission sur le maintien des vols entre le Royaume-Uni et l’Europe. Le danger d’un no-deal est plutôt l’impact qu’il aura sur la demande des consommateurs et sur les économies, car il risque d’affecter la confiance des passagers. Si vous avez un modèle inefficace à la base, il vous sera encore plus difficile d’avancer. Ce n’est pas le cas d’easyJet. De façon ironique, nous avons toujours fonctionné plus efficacement quand les temps étaient durs.
Pensez-vous qu’un retournement de cycle se profile dans l’aviation ?
Il y a une certaine incertitude autour de cette question du Brexit mais aussi des prévisions pessimistes concernant les économies principales, l’Allemagne, l’Italie et la France : les économistes ont une approche plus prudente et cela affecte la demande. Mais les acteurs forts, comme nous, vont rester forts dans ce type d’environnement.








