Ce n’est un secret pour personne. La problématique de l’emploi est désormais omniprésente dans toute la filière aéronautique alors que le secteur se prépare à augmenter ses cadences. Le site de Collins Aerospace de Saint-Ouen-L’Aumône, spécialisé dans la production de servo-commandes pour l’aviation commerciale, a reçu la visite du ministre des Solidarités, Jean-Christophe Combe et de la ministre chargée des personnes handicapées, Geneviève Darrieussecq à l’occasion de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées et de la journée DuoDay. Durant cette rencontre, l’équipementier a ainsi pu présenter ses différentes actions en faveur des personnes handicapées, alors que plus d’une trentaine de personnes dans cette situation ont été embauchées, aussi bien au niveau de la production que dans des fonctions support administratives.
Interview croisée avec Jean-Christophe Combe et Geneviève Darrieussecq pour mettre la lumière sur une plus grande inclusion des personnes en situation de handicap face au grand défi des pénuries de talents…
Vous avez choisi de venir dans une entreprise aéronautique pour célébrer la journée DuoDay, est-ce parce que l’industrie, et en particulier l’aéronautique, est un modèle en matière d’emploi et d’inclusion des personnes en situation de handicap ?
Geneviève Darrieussecq : Dans l’industrie, il y a des besoins de main-d’oeuvre qui ne sont pas tous satisfaits. Le DuoDay était là aussi pour faire connaître aux personnes handicapées les différents métiers. Si nous sommes venus dans cette entreprise, c’est parce qu’elle mettait justement en oeuvre une politique de recrutement en ouvrant son sourcing et en allant chercher aussi, pour ses besoins, des personnes en situation de handicap qu’elle connaissait peut être mal avant, et qu’elle connaît mieux maintenant. Et l’entreprise, et ses dirigeants se sont rendu compte qu’il y avait des talents et des compétences qui étaient tout à fait adaptés à leurs besoins. Ils sont ainsi entrés dans un cercle vertueux de formation-recrutement de personnes en situation de handicap et c’est donc pour cela que nous sommes venus les rencontrer.
Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre en général et en particulier dans l’industrie, voyez-vous une plus grande ouverture des industriels pour l’emploi de personnes en situation de handicap ?
Jean-Christophe Combe : Le DuoDay c’est d’abord une journée de sensibilisation et de lutte contre les préjugés en matière d’emploi des personnes en situation de handicap. Ce qui est assez remarquable dans le secteur, c’est que des employeurs se sont pris en main pour s’engager, pour inclure des personnes en situation de handicap dans une industrie de pointe telle que l’aéronautique. Je trouve que l’image est pour nous extrêmement parlante. Je pense qu’elle parle d’ailleurs aussi à tous les employeurs d’autres secteurs que l’on pourrait penser mieux adaptés à l’inclusion des personnes en situation de handicap. Et pour les personnes elles-mêmes, se dire que l’on peut entrer dans un secteur aussi spécifique et aussi pointu, et venir exercer ses talents et ses compétences dans des métiers qui, a priori, laissaient à penser qu’ils n’étaient pas adaptés aux personnes en situation de handicap. C’est vraiment l’exemplarité que l’on est venu chercher dans un secteur et dans une entreprise, ici chez Collins qui est vraiment engagé dans le secteur.
L’industrie aéronautique est très fortement éparpillée sur l’ensemble du territoire. Est-ce un avantage ou une faiblesse pour l’embauche des personnes handicapées ?
Geneviève Darrieussecq : C’est selon moi un grand avantage, car le handicap n’est pas cantonné à certains territoires. Il y a des personnes handicapées qui veulent travailler dans des territoires ruraux, dans des territoires semi-ruraux, dans des petites ou des villes moyennes, et le fait que l’industrie aéronautique soit disséminée par des entreprises de taille intermédiaire et des PME, sur l’ensemble du territoire français, est une réelle plus-value. Ce sont de vraies opportunités à saisir, aussi bien pour les travailleurs handicapés que pour les entreprises partout en France.
Menez-vous des actions spécifiques pour orienter davantage les jeunes handicapés vers les métiers de l’industrie, et plus particulièrement vers l’aéronautique ?
Jean-Christophe Combe : De façon générale nous travaillons avec l’éducation nationale et avec l’enseignement supérieur pour pouvoir orienter, mais aussi lever tous ces préjugés, toutes ces idées reçues, pour des secteurs d’activité dont on pense qu’ils ne semblent pas à même de recruter des personnes en situation de handicap. Nous conduisons des campagnes de communication et nous invitons aussi tous les espaces de formation à orienter les élèves vers l’industrie et vers de métiers techniques. C’est une priorité de donner envie et d’accompagner les jeunes vers ces métiers.
Donc, au regard des importants besoins en recrutement, c’est une chance ?
Geneviève Darrieussecq : C’est une chance pour les personnes en situation de handicap, d’autant qu’il y a des pénuries dans beaucoup de domaines. Cela va du montage jusqu’aux métiers du numérique, aux ingénieurs, aux techniciens supérieurs. Et il y a chez les personnes en situation de handicap toutes les capacités qui sont présentes, c’est un avantage. Les personnes en situation de handicap sont aussi une opportunité et une chance pour ces entreprises qui doivent élargir leur spectre, penser différemment, aller chercher vers des publics auxquels elles n’avaient pas pensé avant, parce que ce sont des personnes qui ont une grande conscience professionnelle, qui ont une grande fidélité à l’entreprise. La productivité des entreprises n’en est absolument pas affectée et bien souvent, les entreprises le disent ; le climat social y est quelquefois transformé.
Jean-Christophe Combe : C’est une chance. Cela permet de lever les verrous et de donner envie aux entreprises de s’intéresser à ces personnes en situation de handicap. Une fois que l’on en intègre, on se rend compte des bienfaits pour l’entreprise, pour le dialogue social, la productivité… On a alors levé tout un tas de préjugés et c’est assez merveilleux.








