[Romain Guillot à Istanbul] Les conflits ferment des espaces aériens parfois en quelques heures, les brouillages ou spoofing GNSS peuvent perturber la navigation à plusieurs centaines de kilomètres de leur source, les cyberattaques menacent des infrastructures critiques et une crise sécuritaire dans une région peut immédiatement se répercuter sur des réseaux opérant à l’échelle mondiale. Les compagnies aériennes doivent de plus en plus souvent prendre des décisions opérationnelles majeures dans des délais extrêmement courts et avec des informations très parcellaires. Lors du World Safety and Operations Conference (WSOC) de l’IATA à Istanbul le 6 octobre, Turkish Airlines, SunExpress, l’EASA, Global Aerospace et l’IATA ont brossé le portrait d’un transport aérien confronté à une incertitude géopolitique devenue permanente. La priorité commune est d’améliorer le partage du renseignement en temps réel.
« Aucun de ces événements ne commence dans l’aviation, mais ils finissent tous par affecter l’aviation », a résumé Katherine Kaczynska, en charge de la communication corporate à l’IATA, en lançant un panel consacré aux conséquences du risque géopolitique sur les opérations lors du premier jour des conférences à Istanbul. La différence n’est pas seulement la multiplication des crises, mais surtout la vitesse avec laquelle elles évoluent.
Rachel Barrie, la Présidente du groupe britannique d’assurance aéronautique Global Aerospace, rappelle que le transport aérien a déjà traversé le 11 Septembre 2001, la guerre en Irak, la crise financière, le Covid ou encore la guerre en Ukraine. « Le véritable changement de ces dernières années est la vitesse à laquelle les choses évoluent », a-t-elle expliqué. Pour le monde de l’assurance, le secteur est progressivement passé d’une succession de perturbations ponctuelles à une modification beaucoup plus systémique du risque. Pour les compagnies aériennes, cette nouvelle réalité produit une difficulté extrêmement concrète, à savoir prendre une décision de sécurité très rapidement alors que personne ne possède nécessairement une vision complète de la situation.
Ahmet Olmuştur, le PDG de Turkish Airlines qui accueille cette année les conférences WSOC, considère ainsi que l’incertitude géopolitique est progressivement devenue une « nouvelle normalité ». « Prendre la bonne décision au bon moment est aujourd’hui ce qu’il y a de plus difficile », a-t-il expliqué. Il faut dire que la compagnie porte-drapeau turque est aux premières loges pour ce qui est des problématiques géostratégiques au niveau mondial, avec plus de 340 destinations desservies dans plus de 130 pays aujourd’hui, un record.
Après plus de 25 années passées au sein de Turkish Airlines, Ahmet Olmuştur constate ainsi une accélération considérable des changements auxquels les équipes opérationnelles doivent faire face, que ce soit avec la fermeture d’un espace aérien, les interférences GNSS ou l’apparition soudaine d’un nouveau risque sécuritaire. Le PDG de la compagnie turque a d’ailleurs livré un exemple particulièrement parlant sur la manière dont ces décisions sont prises …



