Les dirigeants des aéroports français continuent de se languir des niveaux de trafic de 2019. L’Union des aéroports français (UAF) a publié le bilan de ses membres le 25 mars et constate que l’industrie du transport aérien en France reste à la traîne par rapport au reste de l’Europe. Retrait stratégique d’Air France des régions, hausse de la fiscalité, perturbations du contrôle aérien, impréparation avant l’entrée en vigueur totale du système EES, les préoccupations se multiplient.
« La situation française est une anomalie en Europe. La France est l’un des rares pays à ne pas avoir retrouvé son niveau pré-covid, avec un trafic à -1,8 % par rapport à 2019, alors que le reste de l’Europe l’a dépassé de 5,5 % », avance Thomas Juin, le président de l’UAF. L’UAF est d’autant plus alarmée que la comparaison avec nos pays voisins est encore plus à son désavantage : « l’Italie est à +18,7 % de son niveau de 2019, le Portugal à + 22,6 % et l’Espagne, qui a une puissance touristique analogue à la France, à + 17 %. Mais apparemment, cela ne crée pas une interrogation très forte au niveau des pouvoirs publics. »
Thomas Juin regrette que son alerte au « risque de décrochage » du transport aérien français, lancée l’année dernière, ait été validée par les faits. Il s’inquiète également de constater que ce décrochage est silencieux. L’UAF continue en effet de comparer les performances annuelles avec celles de 2019 mais si les comparaisons se cantonnaient à celles avec l’année 2024, il passerait inaperçu. En effet, le trafic a enregistré une hausse de 2,3 % par rapport à 2024 (à mettre au regard de cette fameuse baisse de 1,8 % par rapport à 2019) et le nombre de mouvements a progressé de 2,2 %. L’emport moyen continue lui aussi de s’améliorer, atteignant 117 passagers par vol, contre 109 en 2005.
Les évolutions restent somme toute en ligne avec les précédentes années : les compagnies low-cost poursuivent leur progression en parts de marché – elles représentent 44,7 % du trafic en France métropolitaine, contre 35,1 % en 2019, 63,3 % si l’on exclut Paris-CDG – et la croissance est portée par le trafic international (+ 3,5 % par rapport à 2024 et +7,3 % par rapport à 2019), qui compense l’effondrement du trafic national (- 2,5 % par rapport à 2024 et – 26,6 % par rapport à 2019). Les aéroports les plus en difficulté sont donc toujours ceux qui sont les plus exposés au trafic intérieur.
Cependant, la hausse de la TSBA (taxe de solidarité sur les billets d’avion) risque également de déstabiliser les aéroports régionaux, très dépendants du trafic low-cost. « Depuis ce choc fiscal, les compagnies low-cost redéployent leurs nouveaux avions en priorité à l’étranger, là où la fiscalité est moins élevée », explique Thomas Juin. Pour appuyer ses dires, l’UAF a réalisé une enquête qui évalue l’impact prévu de la TSBA sur la connectivité à l’été 2026. Sept compagnies aériennes, principalement des low-cost et en premier lieu Ryanair, ont pris contact avec les aéroports français pour les avertir de suppressions de lignes ou de baisses de fréquences. Une trentaine de liaisons vont ainsi disparaître par rapport à l’été 2024, ce qui, associé aux réductions de fréquences, pourrait occasionner la perte d’un million de passagers potentiels et de 3 000 rotations.
Dans ces conditions, la potentielle crise énergétique qui pourrait résulter d’un prolongement de la guerre en Iran ne rassure pas l’UAF. Avec la hausse des prix du carburant, les compagnies aériennes devront supprimer leurs lignes les plus déficitaires pour maintenir leur rentabilité, et si la fiscalité n’évolue pas dans le bon sens, c’est en France qu’elles pourraient basculer le plus rapidement dans les pertes.








