C’est une petite pépite française qui contribue efficacement à la sécurité des vols. La société SixFoisSept, spécialisé dans la Data science et l’intelligence artificielle (IA) vient quotidiennement en appui de l’OSAC (Organisme pour la Sécurité de l’Aviation Civile) pour la surveillance de la navigabilité de la flotte française. Les algorithmes de SixFoisSept viennent ainsi analyser une centaine de sources de données de l’OSAC pour scorer le risque de non-conformité des aéronefs de l’aviation commerciale et de l’aviation générale immatriculé en France, priorisant les inspections selon les profils de risque plutôt que de contrôler les aéronefs selon des cycles fixes. De plus, l’IA de SixFoisSept note également 300 organismes de maintenance, 200 sites de production et 130 structures CAMO (Continuing Airworthiness Management Organisation).
« Nous ne surveillons pas, mais nous scorons, c’est plutôt de l’aide à la décision » nous annonce Erwan Prud’homme, fondateur et PDG de SixFoisSept qui nous explique que cela permet de raccourcir la fréquence, la périodicité de l’inspection ou à l’inverse de pointer le risque pour un aéronef, par exemple avec des changements de propriétaire, en prenant en compte les REX (retours d’expérience), l’outillage pour des MRO, les effectifs… « Notre outil indique que celui qui va avoir le plus d’écart est vraisemblablement celui-là » poursuit-il. SixFoisSept fournit ainsi un véritable tableau de bord complet avec des profils de risque dynamiques par organisme et par aéronef en croisant des données hétérogènes (maintenance, historiques d’incidents, retours d’inspection) pour les transformer en scores de risque directement exploitables.
Et le résultat par le calcul du risque de non-conformité est extrêmement parlant. « Nous avons détecté 45% d’anomalies en plus à effectifs constants, donc, il y a un vrai gain » annonce Erwan Prud’homme.
Évidemment, les algorithmes de SixFoisSept n’ont rien à voir avec les fameux LLM qui se sont démocratisés depuis quelques années. Erwan Prud’homme adore d’ailleurs citer Étienne Klein, physicien et philosophe, qui dit qu’il faut toujours garder en tête que l’IA générative ne comprend pas un seul traître mot de ce qu’elle génère. « Nous ne pouvons pas les utiliser parce qu’elles sont auto-apprenantes, parce qu’on ne maîtrise pas toujours le résultat, parce que l’explicabilité est très complexe » explique-t-il. « Nous sommes très bons en data science pour simplifier des phénomènes complexes et pour prédire un phénomène et estimer le risque » ajoute-t-il. « C’est de l’algorithmie complexe et nous sommes audités » rassure-t-il. Erwan Prud’homme indique d’ailleurs qu’il est statisticien de formation, avec de nombreuses années d’expériences dans le domaine du data mining, notamment pour les besoins de l’industrie pharmaceutique ou de la finance, et avec la création et la revente de plusieurs sociétés à succès. Aujourd’hui, SixFoisSept est d’ailleurs une filiale à 50% du groupe Apave depuis 2021, l’OSAC étant elle-même une filiale d’Apave.
Pour l’OSAC exerce les missions de contrôle technique de l’aviation civile pour le compte de la DSAC (Direction de la Sécurité de l’Aviation civile). À ce titre, elle délivre, suspend et retire les agréments des organismes de production, de maintenance, de gestion de la navigabilité et de formation à la maintenance. Il émet également les documents de navigabilité des aéronefs et décerne les licences de mécanicien aéronautique en France.
Pour la petite histoire, les équipes de SixFoisSept avait remporté un appel d’offres de l’OSAC alors que l’EASA avait identifié le fait que le pilotage des inspections allait devenir extrêmement complexe au moyen des seuls experts face l’accroissement du trafic aérien, ce qui a logiquement mené l’OSAC à s’orienter vers une surveillance basée sur le risque (Risk Based Oversight). Le contrat a ainsi été signé en 2017 et la première version de l’application est en production en 2019. « Au départ, nous avions une base de données plus réduite, mais aujourd’hui c’est une centaine de sources de données, des gros volumes de données » souligne Erwan Prud’homme qui nous annonce que ses algorithmes vont maintenant s’étendre aux enjeux de la cybersécurité pour affiner ses calculs de risques de non-conformité.
Mais Erwan Prud’homme voit plus loin et envisage déjà deux importants axes de développements futurs pour ses activités. Le premier, et non des moindres est de pouvoir s’attaquer à l’Europe, soit en signant directement avec l’EASA, soit avec d’autres grands pays européens. « Évidemment se sont des cycles de décisions longs, mais nous avons néanmoins des discussions avancées » précise-t-il, ajoutant qu’il a déjà présenté les avantages de sa solution durant les EASA Artificial Intelligence Days. « L’avantage, c’est que nous sommes déjà reconnus, car nous sommes estampillés, avec un programme d’inspection validé par une autorité ».
Le second axe de développement est logiquement le secteur de la défense, avec ses propres critères au niveau de la navigabilité. « Ce qui est très intéressant dans la défense, c’est que même si l’aéronef n’est pas complètement navigable, et si la mission est d’intérêt supérieur, il doit décoller. Il faut donc contrebalancer la navigabilité avec la mission qui prime » explique-t-il, indiquant au passage qu’il a déjà présenté son application Sémaphore Risk Monitoring à l’OTAN pour prioriser les contrôles et renforcer l’efficacité des interventions. À suivre…










