Pratt & Whitney a lancé fin avril une nouvelle marque destinée à promouvoir l’ensemble de ses services. Le Journal de l’Aviation s’est entretenu avec Eva Azoulay, vice-présidente Engine Services du motoriste à l’occasion de l’officialisation d’EngineWise, l’occasion de découvrir comment l’analyse des données moteurs va améliorer les opérations des flottes des loueurs et des compagnies aériennes.
Qu’est ce qu’EngineWise et que vient-il apporter sur le marché ?
Pour nous, EngineWise c’est vraiment une façon de rapprocher notre passé, notre présent et notre futur, avec pour fils conducteurs la connaissance, l’expertise et l’intelligence. Il nous fallait lier tout ce que nous faisons chez Pratt & Whitney pour apporter de la valeur à nos clients, en étant plus prédictif, plus réactif et générer des capacités techniques et d’innovation qui rendront l’ensemble de l’industrie meilleure, plus intelligente et plus capable.
Toute la gamme de vos moteurs est concernée ?
Absolument, toute la gamme des nos réacteurs commerciaux. Cela va de nos moteurs déjà en service depuis quelques années comme les PW4000, le V2500 d’IAE, mais aussi les nouveaux GTF. L’idée est de mettre sous une marque commune les améliorations et les évolutions de nos capacités, en les rendant plus visibles et en montrant comment elles s’articulent pour être encore meilleures dans le soutien et les services aux clients.
Que cela va-t-il changer concrètement pour vos clients ?
Il y a beaucoup d’avantages pour les clients, notamment dans le domaine de l’analyse prédictive. Nous avons déjà acquis une quantité très importante de données sur les moteurs d’anciennes générations, mais notre approche est désormais double. D’abord sur les nouveaux réacteurs qui disposent de plus de capteurs et fournissent plus de données. Par exemple, pour les GTF c’est 40% de données en plus. Donc avec l’accroissement du nombre de moteurs, nous allons recueillir beaucoup de données et développer nos connaissances. Ces connaissances vont nous permettre de créer plus d’algorithmes prédictifs.
Mais nous ne voulons pas seulement nous concentrer sur les réacteurs de nouvelle génération, car nous avons une très importante flotte en service ; plus de 10 500 moteurs. C’est pourquoi nous avons développé la solution baptisée « eFAST », un boîtier d’acquisition et de transmission de données qui peut aussi bien servir au recueil de données instantanées, ce qu’utilisent les compagnies aériennes aujourd’hui, mais aussi toutes les données concernant l’ensemble du vol. Nous avons ainsi travaillé sur des outils pouvant prévoir et planifier les déposes moteurs pour accroître le taux de disponibilité des avions. Cela nous a permis de créer de nouveaux algorithmes et de nouvelles capacités prédictives.
Nous avons par ailleurs lancé cette année l’UTC Digital Accelerator à Brooklyn [à New York, ndlr], ce qui va nous permettre d’amener de la rapidité dans nos évolutions, avec une équipe de 250 scientifiques et analystes de données qui seront dédiés à UTC. Cela va permettre de développer de nouvelles offres et de nous adapter aux nouveaux besoins des clients.
La flotte d’avions motorisés par des GTF ne cesse de grossir. Comment sont déjà utilisées les données aujourd’hui ?
Nous avons désormais plus de 150 avions en services équipés de GTF, des A320neo et les CSeries. La technologie eFAST est déjà installée sur les CSeries et nous recueillons toutes les données de vol de la flotte. Pour l’A320neo, l’approche est un peu différente, car nous collaborons avec Airbus pour la collecte des données. Mais nous commençons aussi à en recevoir beaucoup.
Combien de personnes sont actuellement dédiées au support et aux services chez Pratt & Whitney ?
Plus de 5000 salariés sont aujourd’hui dédiés. Nous avons un réseau de 18 centres, aussi bien en pleine propriété que par le biais de joint-ventures. Nous avons aussi un réseau beaucoup plus large comprenant nos partenaires et des compagnies aériennes avec qui nous collaborons, des sociétés MRO… Pour l’ensemble de Pratt & Whitney, nous allons connaître une croissance significative avec le recrutement de 25 000 personnes sur 10 ans. Beaucoup seront liés à des départs en retraite qu’il faudra remplacer, mais un nombre significatif sera aussi lié à la croissance de nos activités.
D’ailleurs, EngineWise prend ici aussi beaucoup de sens. Avec toutes les nouvelles personnes qui vont venir nous rejoindre, nous devrons leur fournir toutes nos bases de connaissances, des données, des outils, des capacités pour qu’ils soient compétents très rapidement. Aujourd’hui, l’expérience moyenne dépasse les 25 ans. Nous n’avons hélas pas 25 ans pour la montée en puissance de nos recrutements, donc il nous faut tirer parti des connaissances de nos équipes actuelles, mais aussi utiliser les nouvelles technologies et les innovations pour pouvoir recruter aussi vite que possible et avec le niveau de compétence dont nous bénéficions aujourd’hui.
Ces nouveaux recrutements représentent-ils un challenge pour Pratt & Whitney ?
Pour l’instant nous avons bien réussi, même si évidemment cela représente un challenge, car tout le monde est en train de grossir au même moment. Mais Pratt & Whitney est une société attrayante, les gens y sont passionnés par l’aviation. Nous continuons aussi à travailler très étroitement avec de nombreuses universités et pour l’instant tout va bien.









