Du support équipements à la maintenance prédictive, en passant par les reconfigurations cabine, la connectivité ou les upgrades, Airbus peut accompagner ses appareils tout au long de leur exploitation. Rencontré au salon MRO Europe à Amsterdam, Arnaud Demeusois, Head of Airbus Services Marketing, détaille l’expansion des services FHS, la nouvelle organisation de Skywise et les solutions destinées à améliorer la disponibilité et la performance des flottes.
Car la livraison d’un avion n’est clairement qu’une partie de la relation entre Airbus et ses clients. La formation des équipages et des mécaniciens, le soutien technique, l’approvisionnement en pièces, les modifications en service, la connectivité, les outils numériques et le customer care : toutes ces activités proposées par l’avionneur couvrent une large partie des besoins des opérateurs.
Cette offre repose sur les activités internes d’Airbus, mais aussi sur des filiales et des partenariats spécialisés. « Nous avons un écosystème assez riche, que ce soit de filiales ou de joint-ventures dans les différents métiers. Toutes ces activités participent à un ensemble qui permet aux avions de voler chaque jour », explique Arnaud Demeusois.
Une flotte de près de 2 000 appareils sous contrat FHS
Le développement de Flight Hour Services (FHS) illustre la montée en puissance d’Airbus sur le marché du support des composants. Cette offre de maintenance à l’heure de vol comprend les pièces de rechange, leur réparation et la gestion des stocks et de la logistique.
« Nous assurons aux clients une disponibilité de composants. Cela passe par des stocks, des pools répartis partout dans le monde, une capacité de réparation de ces composants et la gestion de toute la chaîne logistique. Lorsqu’un composant tombe en panne, ou que nous anticipons une panne, nous devons pouvoir disposer immédiatement d’un composant de rechange », explique-t-il.
« Nous sommes autour des 1 800 avions couverts, nous nous approchons des 2 000 avions sous contrat FHS avec Airbus », poursuit Arnaud Demeusois. Lancée il y a un peu plus de quinze ans, cette activité a gagné des parts de marché et profite également de l’expansion de la flotte mondiale. Il souligne qu’Airbus occupe une position de premier plan sur la plupart de ses programmes, mais avec une concurrence particulièrement importante sur la famille A320.
La nouvelle coentreprise constituée à parts égales entre Airbus et Air France pour le support des composants de l’A350, baptisée Alpha Component Solutions, participe de cette stratégie. Elle associe l’expertise du constructeur à celle d’AFI KLM E&M (Air France Industries KLM Engineering & Maintenance) dans une offre de maintenance à l’heure de vol.
« Ce que nous avons annoncé, c’est une joint-venture 50-50 avec Air France pour la maintenance à l’heure de vol des composants sur l’A350. Nous venons unir la force d’Airbus en tant qu’OEM avec celle d’Air France, qui est reconnue en tant que MRO », précise-t-il.
Les équipements concernés par cet accord sont notamment des unités remplaçables en ligne (LRU), des calculateurs de vol et des actionneurs. L’avionneur européen s’appuie par ailleurs toujours sur sa filiale Satair pour la distribution de pièces et sur son propre réseau de support.
Skywise : rapprocher la maintenance et les opérations aériennes
Autre grande évolution chez Airbus cette année, les services numériques. Depuis le 1er avril, Skywise est aussi le nom d’une nouvelle filiale d’Airbus qui réunit les solutions de la plateforme de données Skywise et les activités de Navblue, spécialiste des opérations aériennes.
« Nous nous apercevons que ce qui était auparavant des silos au sein des compagnies aériennes, avec la maintenance, les flight ops et les opérations au sol, est de plus en plus lié. Un événement dans l’un de ces domaines impacte l’ensemble de l’opération de l’avion. La clé, c’est de pouvoir partager les données entre ces différents acteurs, pour qu’ils disposent de la même information sur l’état d’un avion ou d’une flotte et puissent prendre les meilleures décisions », explique Arnaud Demeusois.
Airbus entend d’ailleurs poursuivre son rôle d’intégrateur dans le numérique, à l’instar de la Digital Alliance qui associe Delta TechOps, Collins Aerospace, Liebherr et GE Aerospace pour développer des applications de maintenance prédictive.
« J’aime bien prendre cette image : nous sommes en train de refaire dans le monde digital ce que nous avons fait dans le monde physique. Pour assembler un avion aujourd’hui, nous avons besoin de plusieurs partenaires, chacun spécialisé sur différentes parties de l’appareil. Airbus joue ce rôle d’intégrateur dans le monde physique et nous commençons à reproduire cela dans le monde digital, en impliquant différents partenaires », souligne-t-il.
Chaque membre de la Digital Alliance apporte ainsi son expertise pour développer des algorithmes d’anticipation des défaillances.
« Chacun vient apporter, sur son cœur d’expertise, un certain nombre d’algorithmes de maintenance prédictive. Nous mettons en commun ces algorithmes pour éviter les pannes sur l’avion, les anticiper et changer les pièces avant même qu’elles soient inopérantes. Nous n’estimons pas avoir la connaissance et l’expertise sur tous les sujets », précise Arnaud Demeusois.
Skywise compte ainsi environ 140 clients pour sa plateforme de données. Elle rassemble des informations provenant des appareils et des systèmes des compagnies, notamment leurs logiciels de gestion de maintenance. Ces données sont organisées et standardisées dans un environnement commun afin de faciliter leur exploitation.
« C’est ce que nous appelons l’ontologie de Skywise. Nous avons une standardisation de ces données et une capacité à les analyser. C’est cela, Skywise Core. Les analyses qui prenaient plusieurs personnes et plusieurs semaines auparavant prennent maintenant quelques clics : analyses de fiabilité, analyses de pannes, analyses de performance de la flotte », explique-t-il.
Les modifications en service, autre axe de développement pour Airbus
Les modifications en service demeurent un autre pilier de l’offre Airbus. Dans les cabines, l’avionneur observe deux mouvements complémentaires. « Il y a deux grandes tendances : la premiumisation et la segmentation. Nous observons une demande de plus en plus importante de sièges premium, de cabines premium et de premières classes qui reviennent très fort. Les compagnies nous demandent donc d’adapter les avions déjà en service. Nous voyons d’ailleurs la même tendance sur les avions que nous livrons directement de chaîne chez Airbus », indique Arnaud Demeusois.
Pour ce qui est des modificationsdes systèmes, certaines solutions sont capables de réduire la consommation en carburant. Airbus met par exemple en avant la fonctionnalité optionnelle « Single Engine Taxi Without Auxiliary Power Unit » (SETWA), qui permet, sur les appareils compatibles, de circuler au sol avec un seul moteur sans faire fonctionner le groupe auxiliaire de puissance.
« Quand on fait du single engine taxi, donc du roulage au sol avec un seul moteur, le groupe auxiliaire de puissance tourne généralement en même temps. Avec cette fonction, nous pouvons éteindre l’APU et réduire significativement la consommation de carburant. L’APU consomme de l’ordre de deux kilogrammes par minute de taxi. Il y a un peu de complexité derrière, mais c’est finalement relativement simple à mettre en œuvre », précise-t-il.
D’autres modifications portent sur les profils de descente et les régimes moteurs afin de réduire la consommation lors de cette phase du vol. Arnaud Demeusois évoque des gains pouvant atteindre environ 2% pour certaines optimisations.
La connectivité à bord n’est évidemment pas oubliée et Airbus poursuit le développement d’HBCplus, son architecture destinée à offrir davantage de souplesse aux compagnies dans le choix de leurs fournisseurs de services satellitaires.
« Il y a une demande forte des passagers pour être connectés à haut débit dans l’avion. Avec HBCplus, notre objectif est d’être agnostique, c’est-à-dire de transformer notre avion, un peu à l’image d’un smartphone, pour le rendre capable de se connecter à différentes constellations et à différents fournisseurs de services. Aujourd’hui, quand on change d’opérateur de téléphone, on ne change pas son smartphone », illustre Arnaud Demeusois.
Cette flexibilité accompagne ainsi la forte demande de haut débit à bord et l’évolution des offres satellitaires, en particulier avec le développement des constellations LEO (Low Earth Orbit).
L’essor de l’intelligence artificielle générative et l’arrivée des grands modèles de langage (LLM) constituent enfin un levier supplémentaire pour exploiter les données et développer plus rapidement de nouvelles applications, notamment autour de Skywise.
« Sur Skywise, c’est évident. C’est la capacité à manipuler plus vite de la donnée, à avoir plus vite des résultats, à développer plus vite aussi des applications. Comme partout dans le monde, il y a cette révolution qui est en marche. Mais nous cherchons surtout à augmenter les capacités des acteurs qui interviennent autour de l’avion. C’est cela, je pense, la révolution qui est en cours », explique Arnaud Demeusois.
Pour rappel, Airbus table sur un doublement du marché mondial des services aéronautiques dans 20 ans (Global Services Forecast 2026-2045) avec des dépenses qui devraient atteindre 422 milliards de dollars en 2045, contre 209 milliards cette année. Le segment regroupant le numérique et de la connectivité affichera la croissance la plus rapide pour atteindre 27 milliards de dollars, soit un triplement en valeur.