Avec une flotte mondiale en croissance constante et une tendance forte au renouvellement des flottes, le marché de la maintenance et du démantèlement d’avions a de beaux jours devant lui. Et Tarmac Aerosave également. Opérationnelle depuis 2009 sur l’aéroport de Tarbes, la société a étendu ses activités en Espagne augmentant ainsi sa capacité de stockage avions et son implantation géographique. Et depuis, elle ne cesse de développer ses installations pour soutenir son expansion, jusqu’à envisager de trouver un nouveau site. Philippe Fournadet, son président, dresse le portrait de cette jeune société.
Comment présenteriez-vous Tarmac Aerosave en quelques mots ?
La société a été créée en 2007 et nous avons démarré notre activité début 2009. Nous avons choisi l’aéroport de Tarbes pour sa piste de 3000 mètres qui peut recevoir tous types d’avions et y avons alors construit un premier bâtiment capable d’accueillir les plus gros porteurs. Nous avions au départ un agrément de maintenance EASA Part 145 relativement limité et nous l’avons fait évoluer à plusieurs reprises. Aujourd’hui, nos agréments nous permettent de traiter tous les avions Airbus, Boeing – à l’exception du 787 -, ATR et CRJ 100/200. D’ici la fin de l’année, nous devrions aussi intégrer les ERJ 170 et 190. Nous disposons également des agréments ISO 9001, 14001, EN 9110 et EN9120… Tout cela pour dire que nous avons un agrément qui a évolué au fil de notre développement.
Nous avons développé deux activités principales : une activité de stockage et maintenance avions, c’est aujourd’hui 80% de notre activité, et une activité de recyclage des avions, qui représente 20%. Depuis 2013, nous avons développé l’activité de démontage de moteurs. Elle ne porte que sur les CFM56 mais couvre toutes les versions.
Nous avons aussi lancé un agrément Part 147 au mois de juillet pour devenir centre de formation, l’objectif étant principalement de former nos employés. Nous employons 200 personnes sur deux sites – car nous avons également une activité en Espagne, Tarmac Aragon, qui a démarré son activité en fin d’année 2013, à Teruel, dans le désert d’Aragon. La particularité de cette filiale est qu’il s’agit d’un centre de production déporté disposant d’une capacité d’accueil de 250 avions.
Quelles sont les problématiques en termes de logistique ?
Dès lors qu’on parle de pièces détachées d’avions, il y a d’abord un vrai sujet de traçabilité. Il faut justifier ce qui est déposé, de quel avion, de quel client, pour assurer la maîtrise de la sécurité du marché. Quand nous démontons un avion, nous déposons les équipements, nous les inventorions, les photographions, les étiquetons puis les emballons. Nous pouvons aussi, sous certaines conditions, réémettre des documents libératoires, ainsi, prendre un équipement et le réinstaller sur un autre avion… On se doit à tout moment de pouvoir notifier d’où vient un équipement, de quel avion, où il est et ce qu’il a vécu. C’est tout cela la logistique.
Nous augmentons aussi nos services dans ce domaine et nous avons beaucoup d’équipements chez nous car le stockage des équipements est une priorité pour nos clients. Ils ont montré leur intérêt de pouvoir positionner du stock en Europe. Il y en a certains dont nous sommes devenus le stockiste : nous louons la surface et la prestation logistique, la gestion, la coordination de transport, la douane…

© Tarmac Aerosave
Tarmac Aerosave a récemment reçu son 400e avion et ne cesse d’agrandir ses installations. Quelles sont les prochaines étapes de cette croissance ?
Nous avons fait beaucoup de travaux pour agrandir. En 2008, nous avions un bâtiment capable d’accueillir l’A380. En 2012, nous avons construit un bâtiment logistique pour les moteurs. En 2014, nous avons construit un nouveau bâtiment capable d’accueillir tous types d’avions sauf l’A380. Pour donner quelques chiffres, nous avons aujourd’hui 11 000 m² de stockage logistique. Nous avons reçu 400 avions sur les deux sites, nous en avons démantelés un peu plus de 80 et nous avons traité un peu plus de 80 moteurs. Donc, 400 reçus, 80 démontés, une centaine stockée aujourd’hui, le reste est en vol. Nous sommes capables de recycler jusqu’à 90% de la masse des appareils démantelés. En ce qui concerne notre expansion, nous avons validé les extensions de parking à Tarbes : nous allons pouvoir accueillir une vingtaine d’avions supplémentaires, de très grand gabarit, à partir de mi-2017.
Nous allons aussi construire un bâtiment peinture capable très gros porteurs; c’est un nouveau service que nous développons car les clients ont manifesté leur intérêt à voir leur avion déposé quelque part où ils n’auraient pas besoin de le bouger pour réaliser cette prestation. Nous avons commencé petitement avec nos moyens de l’époque puis l’activité a pris de l’ampleur jusqu’à justifier la réalisation de cette salle dédiée strictement à cette tâche et aux opérations de modifications diverses et variées, comme les transferts d’avions – lorsqu’un avion arrive d’une compagnie A et qu’il faut modifier la cabine avant sa re-livraison à une autre. Ce hangar sera opérationnel en fin d’année 2017.
A Teruel, nous avons un nouveau bâtiment capable moyen-courrier, qui sera terminé au premier trimestre 2017, en février. Et nous prévoyons un nouveau bâtiment logistique de 5 000 m² pour la fin 2017.

© Tarmac Aerosave
Et à plus long terme ? Pourriez-vous envisager de chercher un nouveau site de stockage ?
Nous analysons le marché… Si on se projette dans le temps, si nous faisons confiance aux experts, on voit que le nombre d’avions neufs va augmenter, que la flotte mondiale va augmenter et que, parallèlement, le nombre d’avions à déconstruire va aussi augmenter. Donc nous regardons ce qu’il est possible de faire.
Le marché est mondial et nous avons des atouts. Notre implantation géographique est bonne : l’Europe, même sa partie ouest, est proche de l’Afrique, du Moyen-Orient et est même plus proche pour les compagnies asiatiques que l’ouest des Etats-Unis. Les clients asiatiques ont donc intérêt à venir chez Tarmac plutôt que d’aller aux Etats-Unis. Il n’y a que le Japon pour qui l’Europe est plus loin. Au-delà de ces paramètres de distance franchissable, il y a aussi des paramètres de conditions climatiques à prendre en compte. Les Etats-Unis sont connus pour le désert, un désert sec, mais la chaleur n’a pas que des avantages et les avions sont stationnés dans des conditions différentes…
En revanche, l’évolution des flottes et de la technologie ne va pas nécessairement dans le sens de la création de nouveaux centres de maintenance d’avions d’occasion en Europe.
Pourtant, les experts pensent qu’il y a de la place pour tout le monde dans le secteur de la maintenance.
Cela n’engage que ceux qui le disent. Nous sommes une petite structure, une jeune structure et surtout nous ne sommes pas tout seuls. Mais c’est aussi un choix de notre part, de ne pas aller sur le terrain des grands centres de maintenance français tel qu’Air France Industries ou Sabena Technics…

© Tarmac Aerosave









