Face à la baisse des subventions étatiques, les organisations syndicales de l’Office National d’Études et de Recherches Aéronautiques (ONERA), réunies en intersyndicale (CFDT, CGT, CTC, CFE-CGC), ont voulu alerter sur la situation financière délicate de leur établissement, le 11 décembre dernier. Depuis plusieurs années, ce financement provenant du ministère de tutelle, le ministère de la Défense, ne cesse de diminuer : 124 millions d’euros en 2010, 96 millions d’euros en 2014, 114 millions d’euros en 2015 et 105 millions d’euros prévus dans le cadre du Projet de loi de finances 2016.
Pourtant, l’ONERA doit se moderniser pour rester compétitif, notamment par rapport à la recherche aérospatiale allemande. L’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) a besoin de nouveaux équipements de pointe ou encore de remettre au niveau son parc de douze grandes souffleries, dont huit sont considérées comme hautement stratégiques par les industriels. Parmi elles, la soufflerie transsonique S1 de Modane-Avrieux (S1MA), en Savoie.
Pour fonctionner normalement et éviter tout plan social, le fleuron français de la recherche aérospatiale aurait besoin de 120 millions d’euros de subvention étatique, assurent les organisations syndicales, en plus de ses revenus tirés de son activité contractuelle.
S1MA en grand danger
Construite en 1946, cette soufflerie est la plus ancienne des 12 souffleries de l’ONERA et la plus grande soufflerie transsonique au monde. Depuis 2009, elle subit un affaissement du terrain sur le lequel elle est construite. Une situation qui s’est aggravée l’été dernier avec l’apparition de fissures. « Cinq millimètres de plus, c’est l’effondrement », alertent les organisations syndicales. Pour empêcher un tel scénario catastrophique qui peut survenir à n’importe quel moment et entraînerait la perte de 190 emplois, le centre a besoin, « au plus vite », de 20 millions d’euros.
Mais cette somme, que l’ONERA est dans l’impossibilité de financer en propre, a été demandée à l’État qui tarde à la débloquer. Le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, ministre de tutelle du centre de recherche, attend l’élaboration d’un contrat d’objectifs et de performance pour la période 2016-2020 qui ne sera pas finalisé et signé avant le premier trimestre 2016. À cette date, il sera peut-être trop tard. Des amendements présentés par des parlementaires sur la majoration de 15 millions d’euros du budget 2016 initial de 105 millions d’euros auraient pu permettre d’engager les travaux, mais ces derniers ont été rejetés en première lecture.
« En cas d’effondrement de la soufflerie S1, 300 millions d’euros seront nécessaires pour la remettre sur pied. Sa reconstruction, elle, coûtera 700 millions d’euros », préviennent les syndicats.
Si S1MA ferme, « les autres souffleries de Modane-Avrieux, pourtant stratégiques pour la France, ne suffiraient pas, à elles seules, à assurer l’équilibre budgétaire du site. La France perdrait une compétence unique au monde pour la recherche et le développement de l’aéronautique civile et militaire ainsi que dans le domaine spatial », concluent les organisations syndicales.

