Lorsque le groupe Daher rachète le groupe AAA en 2023, la décision n’a pas de conséquences que sur le plan purement industriel. Elle provoque également un bouleversement auprès des structures de travail temporaire qui faisaient partie de chacun d’entre eux, respectivement Taman et APPI, à qui une fusion s’imposait logiquement. Les dirigeants de ces deux sociétés, Jean-Claude Mazzocco et Franck Saul, y voient l’occasion de construire un projet entrepreneurial commun et choisissent d’assumer ensemble la reprise de la nouvelle entité. Ils racontent la genèse de cette société devenue indépendante et heureusement baptisée APPIMAN.
Avant APPIMAN, il y avait APPI et Taman. Quelles étaient ces deux sociétés ?
Franck Saul : APPI était une entreprise de travail temporaire spécialisée dans le milieu aéronautique. Elle a été créée en 2008 et avait pour actionnaire la société AAA. Au moment de la fusion, elle avait donc seize ans d’existence, un chiffre d’affaires d’environ 15 millions d’euros, une petite quinzaine de permanents et plusieurs sites en France. Elle était spécialisée à 100 % dans l’aéronautique. Nous intervenions un petit peu en Europe et nous avions une petite activité dans le MRO.
Jean-Claude Mazzocco : Taman est né en 2019. C’était également une structure de travail temporaire dédiée au secteur aéronautique, filiale du groupe Daher, qui faisait environ 7 millions d’euros de chiffre d’affaires et comptait une douzaine de permanents. Nous avions une signature : « Travail temporaire, digitalement humain ». Nous avons rapidement intégré des outils digitaux dans les méthodes et les process de recrutement. Nous avons notamment développé un outil d’évaluation comportementale appelé Attitudes, qui existe toujours aujourd’hui chez APPIMAN. Dans notre métier, la simple définition du métier ne suffit pas. Les compétences sont essentielles, et les comportements aussi. Il fallait définir une cible client puis évaluer les candidats sur leurs compétences et leur comportement pour obtenir le matching le plus précis possible. L’objectif était de faire de la qualité.
Franck Saul : APPI était très « business au quotidien » et peu innovant sur la partie technologie, c’était un choix. C’est là que le lien avec Taman est intéressant : Taman avait un côté beaucoup plus techno que nous. Ce sont deux cultures qui se sont rencontrées et qui permettent aujourd’hui à APPIMAN de bénéficier des deux.
Vos parcours semblent également très complémentaires…
JCM : Franck et moi avions deux expériences différentes et complémentaires. Le mot est choisi. En ce qui me concerne, je suis un pur produit de l’aéronautique. J’ai passé plus de trente ans dans l’aéro, depuis mes débuts à l’Aérospatiale, avec des fonctions en gestion de production, programmes, commerce ou direction commerciale, dans différentes structures partout en France. Cela m’a donné une compréhension de ce qu’est la réalisation d’un avion : les métiers, les matériaux, les organisations industrielles. C’est cette culture que je mets aujourd’hui à la disposition d’APPIMAN.
FS : De mon côté, je suis un pur produit du travail temporaire. J’ai démarré en 1988 dans un groupe qui s’appelait Ecco et qui est devenu Adecco. Je suis arrivé dans ce métier par hasard, et c’est devenu une passion. J’ai rencontré l’aéronautique également par hasard, lorsque le groupe a racheté une entreprise spécialisée dans ce secteur. J’ai découvert cette filière et surtout rencontré des gens exceptionnels. Mon métier consiste à travailler à la mise à disposition de compétences et non de comprendre comment vole un avion.
C’est exactement pour cela que nous sommes complémentaires. Jean-Claude apporte sa connaissance de l’aéronautique, des métiers et des clients. Moi, j’apporte ma culture du travail temporaire spécialisé.
Comment le rapprochement entre APPI et Taman s’est-il dessiné ?
JCM : L’événement qui nous rapproche est indépendant d’APPI et de Taman. Il est lié à deux groupes aéronautiques, Daher et AAA. En 2023, Daher rachète AAA. Dans ce contexte, les deux structures de travail temporaire, APPI et Taman, se retrouvent dans le même ensemble. Au premier semestre 2023, nous recevons la visite des interlocuteurs des deux groupes, qui nous expliquent qu’ils ont fait le choix de fusionner les deux structures de travail temporaire, plutôt que de maintenir deux structures indépendantes dans le même groupe.
FS : Avec Jean-Claude, nous nous rendons compte que nous sommes chacun patron de notre société et que nous avons tous les deux envie de le rester. Au lieu de nous résoudre à ce que l’un prenne le dessus sur l’autre, nous avons choisi de faire connaissance pour voir si nous étions alignés professionnellement et si nous avions envie de travailler ensemble. Nous nous sommes rencontrés régulièrement pour échanger, nous avons pris le temps de nous écouter et de nous comprendre… Nous avons fini par arriver à une conclusion : soit nous acceptions la volonté du groupe nouvellement constitué, soit nous pilotions notre avenir. Nous avons choisi la deuxième option. Autant pour nous que pour nos collaborateurs qui nous accompagnaient depuis plusieurs années, nous voulions leur proposer une suite cohérente.
Comme le travail temporaire n’était pas le cœur de métier d’un groupe aéronautique, nous leur avons proposé de racheter la future structure fusionnée.
Cette fusion et ce rachat ont-ils été difficiles à mener ?
JCM : Cela n’a pas été un long fleuve tranquille. Au deuxième semestre 2023, nous portons officiellement notre candidature. La fusion intervient ensuite en octobre 2024, puis nous acquérons la majorité des actions en janvier 2025. Il y a eu des hauts, des bas et beaucoup de résilience.
FS : Fusionner, ce sont des ressources internes, des permanents, des fournisseurs, des outils de gestion, des clients, des plateformes, des méthodes à intégrer. Nous avons passé des mois à tout harmoniser, entre février et août 2025. Cela a été d’autant plus ardu que le Bourget a eu lieu dans ce laps de temps et que préparer un tel salon demande aussi beaucoup de ressources et d’organisation. Nous voulions que ce premier Bourget soit le point de départ d’APPIMAN pour nos clients, nos salariés intérimaires, nos collaborateurs permanents, nos confrères et que cela soit une belle fête !
En septembre, nous avons senti qu’il se passait quelque chose, une nouvelle énergie. Les bases étaient de nouveau en place, les planètes étaient alignées. Toute l’énergie et le savoir-faire des équipes pouvait enfin s’exprimer, avec une vraie cohésion d’équipe, qui s’est construite sur l’année.
Comment avez-vous choisi l’identité APPIMAN ?
FS : Dans une fusion, la question du nom est importante. Il fallait que les équipes puissent se retrouver dans une identité commune. Nous ne voulions pas qu’une entreprise prenne le dessus sur l’autre. APPIMAN nous a semblé le plus naturel. C’est la réunion des deux histoires et le nom véhicule un message positif.
APPIMAN est né officiellement le 31 octobre 2024 avec la fusion et a vraiment pris son ADN à partir du 1er février 2025.
Qu’est-ce qu’APPIMAN aujourd’hui ?
JCM : APPIMAN est une société de travail temporaire et de recrutement dédiée au secteur aéronautique, spécialisée, voire experte sur certains métiers. Nous sommes sur un marché de niche, pas sur un marché de masse. Notre objectif est de servir nos clients avec la meilleure qualité possible. APPIMAN représente aujourd’hui environ 21 millions d’euros de chiffre, d’affaires, plus de 350 collaborateurs intérimaires, avec 22 permanents et quatre implantations : Paris-Orly, Toulouse, Bordeaux et Marseille.
FS : Nous disposons aujourd’hui d’une base de données de plus de 34 000 candidats, constituée depuis 2008. Plus de 9000 personnes présentes dans cette base a déjà travaillé pour nous. Ce ne sont pas seulement des fichiers : ce sont des gens que nous connaissons.
Depuis la fusion, nous sentons que le marché réagit. Nous avons eu un beau quadrimestre en fin d’année 2025 et l’activité n’a pas ralenti avec le début d’année 2026. De nouveaux clients viennent à nous sans même que nous les sollicitions, nous en avons déjà eu plusieurs ces derniers mois. Notre client historique, Daher, est important dans notre activité, nous avons par ailleurs une cinquantaine d’autres clients actifs aujourd’hui qui sont appelés à se développer et à prendre une part de plus en plus importante dans notre activité.









