Une nouvelle page de l’histoire de l’aviation commerciale est en train de s’écrire. À seulement quelques jours de la livraison du premier Airbus A320neo de série et alors que le premier prototype du Boeing 737 MAX vient d’effectuer son roll-out à Renton, les deux avionneurs semblent faire profil bas et éviter toute grande fête, alors que les deux nouvelles familles ont déjà été commandées à plus de 7 400 exemplaires fermes.
Jamais en effet des appareils commerciaux n’auront été autant attendus, dans les deux sens du terme, même si le cours du carburant est aujourd’hui redescendu à un niveau relativement confortable et qui permet notamment aux compagnies aériennes de revenir dans le vert dans pratiquement toutes les régions du monde, comme en témoigne la dernière réunion de l’association IATA à Genève la semaine dernière.
Les carnets de commandes d’Airbus et Boeing vont mettre beaucoup de temps à se résorber, plus de sept ans, et malgré les très ambitieux programmes d’augmentation des cadences qui, grâce à une profonde mutation de l’ensemble de la supply chain, permettront de produire à eux deux plus de 1300 monocouloirs par an à la fin de la décennie contre moins d’un millier aujourd’hui, un gage nécessaire pour garantir l’existence de nouveaux contrats.
Pourtant, les A320neo et 737 MAX ne sont que des familles de monocouloirs remotorisés, chacune héritant encore respectivement de technologies mises en place dans les années 70 ou dans les années 80. Seuls leurs nouveaux réacteurs, le PW1100G-JM de Pratt & Whitney et le LEAP de CFM International, qui promettent des gains de consommation en carburant de l’ordre de 15%, ont nécessité de très lourds investissements, avec leurs risques associés.
Fabrice Brégier, le patron d’Airbus a rappelé à maintes occasions qu’il avait fait économiser des milliards de dollars à son concurrent Boeing en se lançant dans l’aventure de la remotorisation de l’A320 en premier, pressant Boeing à réagir vite et évitant ainsi le lancement d’une famille entièrement nouvelle sur ce segment de marché.
Le succès est en effet bien là pour les deux avionneurs, même si l’on sent bien qu’avec l’augmentation croissante des capacités moyennes des appareils sur le marché des moyen-courriers, une nouvelle voie toute tracée sera déjà d’actualité au milieu de la prochaine décennie.

