Les Ateliers de l’armée de l’air, organisés par le Centre d’études stratégiques aérospatiales le 12 juin, ont mis à l’honneur les militaires ayant participé à l’opération Serval au Mali. Certains sont venus témoigner et on ainsi pu livrer leurs impressions, ainsi que partager les enseignements tirés des premiers mois d’opérations sur le territoire malien.
Pour le général de brigade aérienne Jean-Jacques Borel, commandant de la composante aérienne de Serval, l’opération est différente de celles qui ont précédées. Contrairement à Harmattan et à Pamir, Serval est une opex nationale, ce sont uniquement les autorités françaises qui ont demandé l’engagement des forces au Mali. Serval se caractérise également par son organisation, qui fait intervenir l’ensemble des trois armes et la totalité des capacités, au contraire d’Harmattan, basée uniquement sur de la sécurisation de l’espace aérien et de « l’air interdiction » ou encore Pamir, qui repose essentiellement sur l’appui des troupes au sol. Enfin, dans l’emploi de la composante aérienne, l’opération Serval se distingue par la réactivité « extrêmement forte » et une coopération interarmées importante.
L’opération Serval a mis en œuvre des moyens importants, qu’il s’agisse de moyens de soutien, d’attaque, de renseignement ou des forces spéciales. A cet égard, elle se positionne comme une « vitrine » du savoir-faire de l’armée française, capable d’agir vite et loin.
Le général Borel tire cinq enseignements majeurs de cette opération et brosse un portrait positif de l’armée française :
– l’efficacité des chaînes C2 (command and control) des opérations aériennes,
– l’appréciation autonome de la situation,
– la réactivité de l’armée de l’air et la capacité à réagir à partir des bases françaises ou prépositionnées,
– la capacité de projection avec le ravitaillement en vol et le transport tactique et stratégique,
– le niveau de formation et d’entraînement.
Pour le général de corps aérien Patrick Charaix, commandant des forces aériennes stratégiques, le bilan (provisoire) est plutôt bon aussi. En effet, malgré le manque criant de ravitailleurs qui ont dû être « épaulés » par des avions étrangers, le taux de disponibilité des avions est de 98%, un score honorable pour une flotte quinquagénaire de C-135 qui devrait être remplacée à terme par des A330 MRTT. La capacité à entrer en premier sur un théâtre d’opérations et à opérer des missions longues sont un gage de crédibilité, notamment aux yeux des alliés internationaux. « On nous demande « mais comment vous avez fait ? » », affirme le général Charaix. Le commandant des FAS martèle que la priorité numéro 1 de l’armée de l’air, ce sont les MRTT. Un appel du pied…
Les militaires venus apporter leur témoignage offrent un éclairage au plus près des réalités du terrain. Le lieutenant-colonel Sotty, JFACC (Joint Force Air Component Command), décrit un niveau d’intégration interarmées « jamais atteint avant » : « Il s’agissait de tirer la quintessence de tous les effets militaires capables […] avec des moyens restreints ».
Ce que confirme l’adjudant A., fusilier parachutiste de l’air affecté au CPA20, qui a notamment participé aux opérations de Diabali. Il parle d’une continuité entre les différentes composantes, des ATL2 de la marine nationale déployés pour des opérations de surveillance ou de guidage, aux forces spéciales et aux chasseurs pour les frappes en profondeur, qui permettent de préparer le terrain pour les régiments arrivant « à pieds ».
De son côté, la capitaine D., convoyeuse de l’air, parle de l’équipage du CASA destiné aux MEDEVAC, qui mettait « la main à la pâte » et « outrepassait ses compétences » pour venir en aide aux personnels de l’escadrille aérosanitaire.
En clôture, le CEMAA, le général Mercier a rappelé que la réactivité était « le cœur de métier de l’armée de l’air » et que seule une armée formée et entraînée permettait à la France d’avoir cette capacité de réaction immédiate. Sur les lacunes constatées – transport, ravitaillement, ISR – le CEMAA a assuré qu’elles feraient l’objet des priorités de l’armée de l’air.








