Le futur de l’armée française se joue principalement sur l’adéquation des objectifs opérationnels avec un budget et un personnel qui se réduit toujours plus. Il s’agit, selon les mots de l’amiral Guillaud, de « faire autant avec moins ». Les 54 000 suppressions de postes définies par la précédente Loi de programmation militaire sont en cours, il en reste environ 16 000 pour atteindre l’objectif fixé.
Le CEMA a énoncé trois impératifs pour le futur :
– Réfléchir non pas en termes d’équipements, mais de capacité, c’est-à-dire une combinaison entre l’équipement, le savoir-faire et le personnel.
– Posséder une capacité soutenable, en termes d’équipement, de rechange et de consommables, pour mener à bien les missions opérationnelles.
– Assurer à l’ensemble des personnels l’acquisition et l’entretien des savoir-faire nécessaires aux missions.
Les attentes de l’armée quant à la rédaction du futur Livre blanc sont les suivantes : un cap clair, un budget cohérent et une prise en compte de l’état militaire (moral notamment).
Le général Paloméros a également fait allusion à l’épineuse question des drones et révélé qu’ « il peut être intéressant d’acheter dans la zone dollar », pour équiper l’armée de l’air de drones MALE. Il fait ainsi allusion aux Predator de General Atomics, dont l’acquisition n’est toujours pas confirmée, malgré les rumeurs qui vont bon train. Le fait que la Grande-Bretagne et l’Italie en soient déjà doté pourrait peut-être faire avancer le processus de décision.
L’amiral Rogel a aussi abordé la lame de fond qui alimente les débats depuis des années : la construction ou non d’un second porte-avions. Sa réponse à la question a été plutôt claire : Il n’y en aura pas. « La décision devait être prise en 2012, mais je me vois mal aujourd’hui réclamer entre trois et cinq milliards à cet effet, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas indispensable ! » Il ajoute qu’il serait « inopportun de déséquilibrer la cohérence des trois forces armées pour acquérir cet équipement ».
Le futur de l’armée française se joue à la fois sur des décisions nationales, mais également internationales, et notamment européennes. Ainsi, le ministre de la Défense, le CEMA, le CEMAA et le CEMM sont tous d’accord pour mettre l’accent sur une coopération européenne renforcée en matière de Défense. Une mutualisation et un partage des capacités et des équipements, à défaut d’avoir un état-major européen disposant d’une armée propre.
A cet égard, les accords de Lancaster (franco-britannique) et le triangle de Weimar (franco-allemano-polonais) jouent un rôle crucial dans l’avancée des travaux de coopération.
L’amiral Rogel, qui regrette que la France et la Grande-Bretagne ne disposent pas des mêmes avions, plaide toutefois pour avoir au moins un groupe aéronaval à la mer en permanence. La construction des porte-avions HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales devrait marquer le début d’une coopération renforcée entre les deux nations. Le CEMM déplore également le grand nombre de versions différentes de l’hélicoptère de combat NH90 progressivement mis en service en Europe, arguant du fait que cela freine la mutualisation des moyens.
Du côté de l’armée de terre, le CEMAT, le général Ract-Madoux tempère « les espérances en matière de coopération », arguant du fait que celle-ci ne génère pas d’économies considérables, et que l’absence d’Europe politique limite la coopération dans le domaine de la Défense et du renseignement. Il annonce toutefois avoir évoqué la possibilité d’une formation commune d’équipages d’hélicoptères avec l’Italie.
Un des enjeux importants de l’armée de terre se situe au niveau du renouvellement des matériels de guerre, en particulier l’introduction des hélicoptères Tigre et NH90 Caïman. Selon le général Ract-Madoux, la coexistence entre les nouveaux et les anciens équipements (hélicoptères Puma notamment) remet en cause la cohérence de l’armée de terre, c’est pour cela que la transition doit se faire le plus rapidement possible. Le CEMAT renouvelle sa confiance au programme NH90, annonçant que leur mise en service opérationnel devrait avoir lieu en 2013.
Enfin, l’amiral Guillaud met en garde contre une vision erronée du « pooling and sharing » (Agence européenne de Défense) et de la « smart defence » (OTAN), qui sont des opportunités intéressantes, mais qui ne doivent pas être vécues comme une « excuse pour faire moins ensemble », mais plutôt comme un atout « pour faire plus ensemble ». L’industrie et les technologies de Défense nationales et européennes doivent être pleinement impliquées dans ce processus de mutualisation des capacités.
La coopération franco-britannique doit être poursuivie « avec détermination et réalisme », au vu des ambitions et du niveau comparables des deux armées. La coopération franco-allemande doit être renforcée et doit trouver un nouvel élan, notamment à l’occasion des 50 ans du Traité de l’Elysée, qui sera fêté en janvier 2013. L’Italie, l’Espagne et la Pologne sont également des pays avec lesquels la France se doit de mettre en place des coopérations. Enfin, l’amiral Guillaud souligne qu’il sera « nécessaire de passer du multi-bilatéral au multinational », que c’est « une affaire de volonté politique commune, pas une question militaire ». Un appel du pied aux institutions politiques.








