Le projet semblait avoir du plomb dans l’aile depuis quelques temps, c’est désormais officiel : EADS et BAE Systems mettent fin à leurs négociations pour le projet de fusion. Les deux groupes industriels avaient jusqu’à ce soir pour annoncer leur décision, mais un communiqué conjoint a été publié en début d’après-midi, annonçant l’arrêt des discussions en raison de divergences inextricables entre les gouvernements concernés, Allemagne, France, Grande-Bretagne.
Les deux CEO Ian King et Tom Enders ont rappelé dans leur communiqué que l’alliance des deux groupes représentait une « opportunité unique », mais les discussions avec les gouvernements n’ont pas permis d’aboutir à un accord satisfaisant. Ils annoncent toutefois qu’ils avaient réussi à se mettre d’accord notamment sur les termes commerciaux de la fusion, sur la structure légale, le système de gouvernance, le management consolidé, la stratégie globale et la politique de dividendes. Cependant, malgré tous ces points et malgré les négociations, les exigences des gouvernements allemand, britannique et français n’ont pas permis au projet de fusion d’être finalisé.
Ian King se dit « déçu » de ne pas avoir été « capable d’atteindre un accord acceptable avec les gouvernements », tandis que Tom Enders est « heureux » d’avoir tenté l’expérience, même si le projet n’a pas abouti. Les deux CEO regardent à présent vers l’avenir et disent vouloir travailler leurs développements stratégiques respectifs.
Depuis la fuite dans la presse d’une possible alliance entre BAE Systems et EADS le 12 septembre dernier, les spéculations et les rumeurs vont bon train. Depuis quelques jours, les dissensions s’étaient faites de plus en plus fortes et aujourd’hui, on s’accorde à dire que c’est l’Allemagne qui aurait fait capoter le projet. Le quotidien La Tribune, très virulent, accuse l’Allemagne d’avoir « torpillé » l’opération et fait endosser à Berlin la responsabilité de l’échec « du deal de la décennie ». Du côté britannique, le Guardian clame également que l’Allemagne est responsable, titrant « Pas de fusion BAE/EADS car Angela Merkel refuse d’approuver le deal ». En Allemagne, même son de cloche. La FAZ, la Süddeutsche Zeitung et le Spiegel se font l’écho des rumeurs dans l’entourage d’EADS qui accusent clairement le gouvernement allemand d’avoir fait échouer le projet de fusion.
Au Spiegel, on parle également d’une vidéoconférence vendredi 5 octobre, en présence des représentants des gouvernements, lors de laquelle le représentant allemand aurait demandé le transfert du futur siège à Munich, proposition rejetée par la France et la Grande-Bretagne. De plus, toujours selon le Spiegel, des discussions entre des représentants d’EADS et du syndicat IG-Metall sur la sauvegarde des emplois n’auraient pas abouti, ce qui sans doute également renforcé les réticences de l’Allemagne à ce projet.
Les sources citées dans les trois pays concernés exposent les doutes, le scepticisme et les inquiétudes de Berlin face au projet. En cause notamment, la parité franco-allemande dans l’actionnariat du futur géant de l’aéronautique et de la Défense, une parité voulue par l’Allemagne. Les divergences dans les exigences ont finalement été insurmontables.
Cependant, les doutes étaient également présents chez les actionnaires des deux industriels, dont certains ont à plusieurs reprises émis des réserves quant à cette fusion. Le dernier en date, Invesco, actionnaire de BAE, qui ne « comprend pas la logique stratégique de la fusion prévue ».
Il faudra le temps de digérer la nouvelle, puis l’avenir de l’industrie de la Défense et de l’aéronautique en Europe devra rebondir. En attendant, les spéculations sur l’association de BAE avec un groupe américain vont bon train, et l’échec de l’Europe de la Défense est à nouveau pointé du doigt
