Le site industriel de Dassault Aviation à Bordeaux-Mérignac était véritablement à la fête durant cette soirée du 10 mars 2026. L’avionneur français a en effet dévoilé son très attendu Falcon 10X, nouveau jet d’affaires amiral de la gamme Falcon qui viendra rivaliser avec les appareils les plus prestigieux du marché, et les dépasser sur bien des aspects.
Jamais un avion civil de l’avionneur français n’avait été aussi ambitieux, de par ses dimensions extérieures, mais surtout avec son très long rayon d’action de 7500 nautiques (jusqu’à 13 890 km, 15 heures de vol) compatible avec les vols transpacifiques, sa haute vitesse de croisière (optimisée pour Mach 0.85 à 0.90, vitesse max de Mach 0.925), et tout simplement la plus vaste cabine de sa catégorie (hauteur de 2,03 mètres, largeur de 2,77 mètres et une longueur de 16,4 mètres, hors poste de pilotage et compartiment à bagages), un volume inédit pour un jet d’affaires.
Le roll-out du 10X s’est ainsi déroulé dans un nouveau bâtiment de 26000 m2 qui sera dédié à son assemblage final dans les prochaines années, en présence de quelque 400 invités et notamment des clients, des prospects et des partenaires industriels du programme. L’exemplaire présenté était l’avion numéro 2, deux exemplaires étant aujourd’hui pleinement assemblés et deux autres en cours d’assemblage. Ces deux derniers disposeront d’une cabine entièrement aménagée et participeront aux tests de systèmes de l’aménagement intérieur et de leur maturation durant une campagne de vols d’endurance aux quatre coins du monde, avant son entrée en service.
La date du premier vol n’a pas été précisée, mais elle devrait intervenir assez rapidement, les essais de roulage à grande vitesse étant programmés prochainement.
« C’est l’avion de tous les superlatifs. Le but de cet avion c’est d’aller très loin, avec une sécurité maximum, et que ceux qui voyagent beaucoup puissent réellement se reposer » a expliqué Éric Trapier, le PDG de Dassault Aviation. « C’est un avion pour des clients, des sociétés qui doivent voyager loin, en général vers l’Asie ». Il faut dire qu’avec son rayon d’action, Dassault Aviation dispose désormais d’un appareil capable de relier par exemple Los Angeles à Hong Kong ou Shanghaï à New York. Depuis l’Europe, le nouvel appareil peut atteindre toutes les destinations du globe à l’exception du sud de l’Australie, ce qu’aucun avion d’affaires ne peut de toute façon desservir.
Éric Trapier a également confirmé que le Falcon 10X avait déjà enregistré des commandes. Quant à la date de sa mise en service, le PDG de Dassault Aviation s’est voulu assez conservateur au regard du durcissement des conditions de certification, particulièrement avec la FAA, et de l’évolution des réglementations. « Entre le moment où l’avion a fait son premier vol et le moment où il est livré, c’est entre 2 et 3 ans » a souligné Éric Trapier.
L’un des points forts du nouvel avion d’affaires de Dassault Aviation est incontestablement lié à la conception même de sa cabine, évidemment pensée pour les vols les plus longs et configurables en trois ou quatre zones de vie, très lumineuse (38 larges hublots 50% plus grands que ceux du Falcon 8X), avec cette « french touch » caractéristique quant au design et aux éléments intérieurs (sièges, meubles, chambre avec lit queen bed, salle de bain…). On a ici affaire à une cabine pensée véritablement comme un appartement, avec la volonté de créer ce sentiment d’appartenance, avec beaucoup d’aspects très étudiés au niveau de la physiologie, de la fatigue, du bruit à bord.
Le Falcon 10X vient ainsi directement s’attaquer aux G700/G800 de Gulfstream et aux Global 7500/8000 de Bombardier, mais avec une cabine encore plus spacieuse et des performances à basse vitesse inégalées (distance de décollage inférieure à 1829 mètres en conditions ISA et à MTOW, atterrissage sur moins de 762 mètres, l’appareil sera évidemment certifié avec les approches à forte pente comme celles du London City Airport). Tout cela est évidemment le fruit des travaux de conception de son bureau d’études et des capacités industrielles qui sont intimement liés au programme Rafale, notamment pour les commandes de vols, le recours à une voilure en composites, l’aérodynamique…
Le nouveau jet d’affaires de Dassault est par ailleurs motorisé par deux Pearl 10X de Rolls-Royce, le motoriste britannique (via sa filiale allemande spécialisée dans les moteurs d’avions d’affaires) faisant son entrée dans la gamme Falcon. Dérivé du moteur Pearl introduit par Rolls-Royce en 2018, mais spécifiquement conçu pour les besoins de Dassault, ce nouveau moteur pourra fournir une poussée supérieure à 18 000 livres (80kN) tout en affichant une consommation spécifique réduite de 5% par rapport à la génération actuellement en service.
Le Falcon 10X introduit par ailleurs un poste de pilotage de nouvelle génération, baptisé NeXus, dérivé de l’architecture EASy IV, mais entièrement repensé autour de grands écrans tactiles, d’une automatisation poussée et de deux HUD compatibles avec le système système de vision FalconEye, qui combine vision synthétique et améliorée pour les opérations par mauvaise visibilité. La manette de gaz du nouvel appareil est particulièrement révolutionnaire, avec un Smart Throttle unique, qui commande les deux moteurs à partir d’un seul levier, via le système de commandes de vol numériques (DFCS).
Le Journal de l’Aviation reviendra plus en détail dans les tout prochains jours sur de nombreuses innovations qui accompagnent le Falcon 10X, alors que les préparatifs du premier vol vont s’accélérer. À suivre…




















