Alors que les grands organismes multiplient les niveaux de protection en aéroport et en vol pour tenter de redonner confiance aux passagers et les faire remonter dans les avions, il apparaît que le parcours sans contact pourrait être le meilleur moyen d’y parvenir. Plusieurs sociétés travaillent depuis des années sur ce type de solutions, qui devaient initialement servir un objectif de « confort » en facilitant le passage en aéroport. Aujourd’hui, Ces solutions existent et le nouvel objectif qu’elles pourraient servir, la sécurité sanitaire, les rendent encore plus attractives. Collins Aerospace a constaté ce regain d’intérêt, notamment pour les produits de sa suite ARINC. Tony Chapman, son directeur Global Product Management and Strategy, Information Management Services, nous explique ce que la société américaine peut proposer, quelles sont les problématiques et comment les développements se sont accélérés.
Quelles sont les solutions de Collins Aerospace pour préserver autant que possible le passager des risques sanitaires durant son parcours en aéroport ?
L’objectif aujourd’hui est de rendre le parcours passager aussi « sans contact » que possible. Pour y répondre, nous avons déjà une solution, qui permet de passer tous les points critiques en utilisant son téléphone portable. Il suffit de s’inscrire sur la solution avant de partir et d’associer sa carte d’embarquement avec ses documents de voyage. A aucun moment le passager n’a besoin de montrer quelque document que ce soit dans l’aéroport et il utilise la reconnaissance faciale pour déposer son bagage, passer la sécurité etc. Notez que la reconnaissance faciale fonctionne avec le masque : le système peut se baser sur les yeux et deviner malgré tout la position du nez. Le système reste très efficace car on ne cherche pas quelqu’un dans une foule mais on essaie de le reconnaître à un point d’arrêt.
Pour les passagers qui préfèrent passer par une borne automatique, nous développons une solution sans contact : au lieu d’appuyer sur les boutons de l’écran, ces boutons sont reproduits sur le téléphone portable et tout peut être contrôlé de celui-ci. Il y a toujours la possibilité de devoir scanner le passeport ou de présenter un document à un agent mais il est possible de simplement les montrer et sans nécessairement les faire changer de mains.
Il ne faut pas perdre de vue cependant qu’il y aura toujours des gens qui auront besoin de voir un agent, qui ne sauront pas utiliser ces outils. La question est de savoir comment rendre leurs interactions les plus courtes possibles, avec le moins de contact possible. On peut toujours demander au passager de passer lui-même son passeport dans le lecteur par exemple…
Chaque solution apporte un niveau de protection. Chacune séparément ne permet pas éliminer tous les contacts mais en les combinant, on les réduit drastiquement. Et cela permet également de protéger les agents des compagnies aériennes, qui seront moins en contact avec des documents qui pourraient être contaminés.

© Collins Aerospace
Et quels types de solutions sont en développement aujourd’hui dans ce domaine ?
Nous travaillons très sérieusement sur un concept d’étiquette bagage permanente, qui permet d’éliminer l’utilisation de ses étiquettes jetables. La technologie existe mais le service serait payant donc il y a une résistance des compagnies aériennes à le proposer et des passagers à le prendre en charge. Nous pourrions la surmonter en mettant la solution sous le contrôle total du passager.
A tous les points critiques, comme l’enregistrement, la sécurité, la porte d’embarquement, nous allons à très court terme ajouter un système de prise de température. Cela accroît la protection même si cela ne permet de détecter que 50% à 60% des passagers qui ont de la fièvre. L’objectif n’est pas de les empêcher de voyager mais d’alerter les autorités et de diriger un voyageur potentiellement malade vers un professionnel médical, voire de combiner ce premier examen avec d’autres comme une prise de tension, un contrôle du taux d’oxygénation, ce qui le rend plus fiable.
Le problème ne se pose pas encore mais lorsque le trafic aura retrouvé un certain niveau, comment gérer les flux de façon à maintenir la distanciation sociale en aéroport ?
Nous pouvons faire beaucoup en matière de gestion des ressources. Aujourd’hui, les aéroports n’opèrent pas à 100% de leur capacité et ils ont des portes libres. Ils peuvent les utiliser pour évacuer les passagers ou réduire les rassemblements.
Pour le moment précédant le départ, nous avons des concepts de dépose bagage et d’enregistrement en amont de l’aéroport, en centre ville. En gérant tout cela avant, on réduit la congestion en aéroport et le parcours est plus agréable et sans contact. Au débarquement, au moment de la récupération des bagages, les tapis peuvent être organisés par pays ou région plutôt que de choisir le premier disponible.
En aérogare, nous ne pouvons pas contrôler les gens qui se rapprochent trop mais pouvons détecter quand des queues se forment et alerter les responsables de l’exploitation quand il y a congestion. Nous développons également un outil qui permettra de détecter les gens qui ne portent pas de masque par exemple, et de leur faire passer le message qu’il faut le porter.
Les aéroports étudient différentes solutions. L’un des endroits où les queues se forment, c’est à la sécurité. Certains aéroports étudient donc la « queue virtuelle » : on vous donne un numéro, par exemple au moment de l’enregistrement, et on vous appelle quand c’est votre tour. Cela peut réduire les queues en permettant au passager de gérer son arrivée au point de sécurité. D’autres préfèrent laisser les passagers attendre à l’extérieur, ce qui ne fait que déplacer le problème. D’autres encore s’interrogent sur le fait de contrôler le moment d’arrivée à l’aéroport, ce qui changerait de nouveau les habitudes des passagers après leur avoir conseillé pendant des années d’arriver trois heures à l’avance. Ce serait un changement social en même temps qu’un changement technologique. On pourrait demander au passager d’arriver quatre heures en avance à cause des nouvelles procédures, mais cela augmenterait le monde dans le terminal. Quelle est la bonne approche ? Il y a beaucoup de questions à débattre en ce moment.
Sentez-vous un accroissement de l’intérêt pour toutes vos solutions technologiques ?
Oui, nous sommes très sollicités, notamment pour tout ce qui concerne nos solutions biométriques et le parcours sans contact. La biométrie est la clef et l’IATA ou l’EASA l’ont dit aussi. Le tout est de savoir comment mettre en place ces solutions et par où commencer. Les changements nécessaires dépendent des régions du monde. En Europe par exemple, les passagers sont principalement des passagers internationaux, ils voyagent avec leur passeport dans la main. En Amérique du Nord, c’est différent, les passagers sont principalement sur le réseau domestique et voyagent avec un permis de conduire. Il est beaucoup plus difficile de vérifier une identité avec un permis de conduire qu’avec un passeport. En Amérique latine, nous travaillons sur des outils pour répondre à la demande des autorités pour que les gens associent un certificat médical à leur carte d’identité pour pouvoir entrer dans le terminal. Cela représente encore des besoins particuliers au niveau de la vérification de l’identité.

© Collins Aerospace
Et chez Collins Aerospace, la recherche et le développement se sont-ils accélérés ?
Oui, les développements se sont vraiment accélérés. Nous avons des équipes qui travaillent sur la mise en place des idées existantes, l’accélération de cette mise en place, et les nouvelles idées à développer. Nous avons affecté un budget additionnel en interne pour accélérer les programmes de R&D et apporter nos solutions bien plus vite que nous ne comptions le faire initialement, et nous avons accès à des ressources plus variées, qui apportent de nouvelles idées, de nouveaux concepts, de nouvelles solutions. Cela concerne tous les domaines, pas uniquement les opérations passagers ou les opérations aéroportuaires.
Les nouveaux concepts de voyage font l’actualité tous les jours maintenant et pour rassurer les passagers, nous devons leur montrer que tout le moment considère ce sujet avec le plus grand sérieux. Nous devons vraiment penser à toutes les étapes du parcours et de l’expérience passager. Et Collins Aerospace, en tant que prestataires de services, peut fournir des outils aux aéroports et aux compagnies qui permettent de faire respecter la distanciation sociale et de proposer un environnement sans contact.









