Au terme d’un mois de février mouvementé pour le transport aérien français, Luc Bereni, directeur commercial d’XL Airways est revenu pour Le Journal de l’Aviation sur le retour aux bénéfices de la compagnie et la nouvelle concurrence de Norwegian sur ses liaisons transatlantiques. Non sans regretter l’affaiblissement continu du pavillon français…
XL Airways a réussi à dégager un bénéfice net positif de 3,5 millions d’euros. Etes-vous satisfait de ce résultat et dans quelle mesure la baisse des prix du pétrole a-t-elle eu un impact ?
Nous sommes satisfaits bien sûr, dans la mesure où l’on évolue dans un environnement terriblement contraint, avec une pression sur les coûts qui ne cesse de se renforcer. Car, malgré tous les efforts que nous faisons, nous n’arrivons pas toujours à les réduire. Je pense aux augmentations diverses de charges, de taxes, de redevances… tout ce qui fait que les compagnies aériennes et leurs passagers sont vraiment considérés comme des vaches à lait bonnes à boucler le budget de nombreuses entités. C’est quand même très injuste.
C’est par la productivité et par l’augmentation de cette productivité qu’on arrive à s’en sortir. On parle surtout de la productivité de la flotte et de la pertinence de nos programmes de vols qui consistent à toujours positionner des capacités sur les axes où y a une demande qui correspond à notre offre.
En ce qui concerne la baisse du pétrole, nous n’en avons pas bénéficié à plein puisque, comme toute entreprise gérée avec prudence et sagesse, nous avions des couvertures – lesquelles auraient pu s’avérer fortement bénéfiques en cas de fluctuation des prix dans l’autre sens. D’autre part, il est vrai que les taux de change ont pesé puisque nous sommes dans une activité où plus de 50% des charges sont en dollar. Comme on ne peut pas se targuer d’avoir 50% de nos recettes qui soient en dollar malgré le succès de nos lignes américaines, nous avons forcément relâché d’une main les gains que nous avions quand même faits d’une autre main sur le carburant non couvert.
Qu’avez-vous tenté pour sauver le moyen-courrier et pourquoi ne pas avoir rompu plus tôt les contrats de leasing sur les 737 ?
On a fait de nombreuses tentatives, en régulier, en charter, en mixant les risques avec les TO, y compris avec les tour-opérateurs maisons que sont Héliades et Crystal. Mais l’actualité récente prouve bien que le pavillon français moyen-courrier est en très grande difficulté et que les compagnies qui en font ou qui en faisaient disparaissent ou ne dégagent plus de bénéfices depuis longtemps. Il n’est plus compétitif et est aujourd’hui poussé dehors par des opérateurs étrangers, soit d’origine plus ou moins britanniques ou des pays de l’est pour ce qu’il reste du pur charter.
La sortie des derniers 737, échelonnée entre cette année et l’an prochain, est le fruit d’une renégociation avec les lessors. Nous avons quand même réussi à raccourcir les contrats de leasing qui avaient été conclus par nos feus actionnaires britanniques pour des durées plus longues. Ceci en tenant compte des engagements pris avec certains TO, notamment Thomas Cook à Lille pour qui nous volons encore toute cette année.
Envisagez-vous une évolution de votre flotte ? Qu’en est-il de l’idée d’ouvrir une base aux Etats-Unis évoquée par Laurent Magnin à la fin de l’année dernière ?
Je n’ai pas à ce jour d’information précise sur l’ouverture d’une base XL à New York. C’est une idée qu’il a évoquée ; nous en avons beaucoup des idées mais on ne les réalise pas toutes.
Il y a toujours quatre avions en ligne hormis les trois mois les plus creux qui sont octobre, novembre et décembre. Le quatrième est loué à Air Transat l’hiver et Hifly l’été. Naturellement le plan de charge actuel de la compagnie pourrait justifier un quatrième A330 puisque nous avons déjà l’activité pour. C’est un choix qu’il faudra qu’on fasse mais il n’y a pas d’urgence à passer du mode actuel à un quatrième avion. L’activité est stabilisée comme ça. D’autre part, les avions extérieurs que nous avons sont très customisés XL Airways, aux couleurs XL Airways, avec des PNC XL Airways donc en termes de produit nous sommes très semblables à ce que nous avons sur nos trois autres avions.
Norwegian vient d’annoncer le lancement de vols long-courriers au départ de Roissy qui concurrencent toutes vos lignes vers les Etats-Unis, comment réagissez-vous ?
Comme toujours nous sommes attentifs à la concurrence. Nous observons, nous avons des instruments de monitoring et de benchmarking qui nous permettent de nous positionner. Nous n’avons pas la prétention de bénéficier d’une quelconque protection ; nous sommes dans un marché libre et nous en bénéficions, il n’y a pas de quoi être offusqué ou paniqué par l’arrivée d’un énième opérateur, ce n’est qu’un de plus. En revanche, notre président et nos juristes seront très attentifs à tout ce que Norwegian pourra faire qui ne serait pas dans la légalité, que ce soit dans sa communication, notamment parce qu’il peut y avoir quelques omissions dans certains éléments du produit, ou bien sur les conditions juridiques et sociales liées au personnel, navigant notamment. On ne dit pas qu’il y a des pratiques qui ne sont pas légales, mais nous serons attentifs. Nous vérifierons certaines choses, pour voir si Norwegian opère non pas à 97 ou 98% de la légalité mais à 100%.








