« La France est formidablement intéressante », s’est enthousiasmé Michael O’Leary le 29 septembre. Le président de Ryanair n’attend en effet qu’une chose: pouvoir s’y renforcer. S’il considère que les obstacles à la réalisation de ce souhait sont multiples, il attend aussi patiemment son heure.
Aujourd’hui, la croissance de Ryanair en France est relativement stable. Malgré cela, la low-cost irlandaise est la troisième compagnie dans le pays, avec 31 aéroports desservis et 175 lignes assurées, qui devraient lui permettre de transporter 8,5 millions de passagers cette année. Rien qu’à Beauvais, elle exploite 43 liaisons et transporte 3,5 passagers par an, assurant de l’emploi pour 2 600 personnes.
Mais cette situation est condamnée à stagner pour le moment. En effet, dans le cadre de son programme Always Getting Better, la compagnie aimerait s’installer dans l’un des aéroports primaires parisiens (Orly ou Roissy). Mais les discussions n’avancent pas : « Aéroports de Paris n’a pas besoin d’être convaincu. Elle a toutes les compagnies chères, elle ne veut pas de notre activité. » De toute façon, les taxes aéroportuaires sont trop élevées. En revanche, « nous discutons avec les aéroports vers lesquels nous ne volons pas encore. Lyon par exemple. »
Quant à la réouverture d’une base en France, elle n’est pas pour tout de suite, même si le président de Ryanair l’appelle de ses vœux : « la France est l’un des rares pays où nous n’avons pas de base. Si nous en avions une à Beauvais, nous pourrions y amener 6 ou 7 millions de passagers. Et Marseille nous intéressait aussi. » Mais « nous ne pouvons pas ouvrir une base en France tant que le gouvernement irlandais et le gouvernement français ne se seront pas mis d’accord sur la législation. »
Se référant aux règles européennes, le gouvernement irlandais estime en effet que le personnel de Ryanair basé en Europe travaille dans des avions irlandais, au service d’une compagnie irlandaise et que Ryanair doit donc s’acquitter de ses taxes et charges sociales en Irlande. Or la France ne l’a pas entendu de cette oreille et a condamné la low-cost pour travail dissimulé, exigeant qu’elle paie ses cotisations en France. « Je n’ai pas peur des taxes en France. Mais si je dois payer des taxes en Irlande et en France, il ne restera plus rien. Nous sommes pris entre deux feux. »
La situation d’Air France, source d’opportunités
Mais tout développement n’est pas écarté, bien au contraire. « Quand la situation va changer, nous allons croître. Nous attendons la nouvelle restructuration d’Air France : elle va devoir chercher des solutions plus radicales pour le moyen-courrier. »
Michael O’Leary explique que jusqu’à présent Air France, et avec elle les autres majors européennes, gagnait suffisamment d’argent sur le long-courrier pour soutenir les pertes du réseau moyen-courrier. Mais avec la concurrence des pays du Golfe sur ce réseau long-courrier et la pression induite sur les prix, ce n’est plus le cas. Selon lui, Air France sera amenée à prendre la décision d’abandonner une partie de son réseau aux low-cost. « Air France pourrait déléguer 30 à 40% de son réseau moyen-courrier aux compagnies à bas coûts et conserver les plus grandes lignes de CDG. »
C’est d’ailleurs l’objet des discussions que Ryanair a actuellement avec Aer Lingus, IAG, TAP Portugal, Norwegian ou Virgin Atlantic. La low-cost envisage la possibilité de réaliser des vols d’apport pour les liaisons long-courrier de ces compagnies. « Ce ne sera pas une part importante de l’activité de Ryanair ou de ces compagnies mais ce peut être une solution. » Aucune négociation n’est toutefois en cours avec Air France – ni avec Lufthansa –, easyJet représentant une meilleure solution. Mais une place restera toujours à prendre sur le marché français lorsqu’Air France devra renoncer à ses lignes les plus déficitaires.









