Le transport aérien turc souffrait du contexte au Moyen-Orient depuis plusieurs mois quand sont survenus l’attentat à l’aéroport d’Istanbul puis la tentative de coup d’état en pleine saison haute. Si ces événements ont donné un coup de frein à la croissance du secteur et notamment de Pegasus, celle-ci se poursuit malgré tout. Burcu Alin, directrice des ventes de la low-cost turque, et Sibel Karaman, directrice des ventes adjointe responsable des relations avec l’IATA, nous expliquent pourquoi puis Sanli Ture, directeur des ventes pour le charter, nous apporte un éclairage spécifique sur cette activité.
Comment expliquez-vous le succès de Pegasus ?
Pegasus a transporté 22,34 millions de passagers en 2015 et 13,46 millions sur le premier semestre 2016, en progression de 8,8%. Au premier trimestre, nous avons enregistré une croissance à deux chiffres, de 18,6% en nombre de passagers et de 19% en chiffre d’affaires, une croissance impressionnante qui se poursuit depuis que nous avons adopté un modèle low-cost en 2005. Nous étions les premiers en Turquie et nous y avons révolutionné le secteur aérien en offrant des vols à des tarifs accessibles, avec une qualité de service élevée, des investissements dans une flotte neuve et la technologie, en assurant d’excellentes connexions. Notre succès s’explique aussi par notre positionnement géographique central. Nous sommes basés à Istanbul, ce qui nous donne l’opportunité extraordinaire de transporter des passagers entre les continents.
Quelles sont les conséquences de la situation au Moyen-Orient et des événements de cette année en Turquie et en Europe sur l’activité et les projets de Pegasus ?
Cela n’a pas été une période facile mais nous avons décidé de continuer normalement les opérations et de maintenir les projets que nous avions faits avant l’été. Rien n’a été remis en question. Notre croissance restera la même, en termes de réseau et de flotte : nous nous développons en Europe, en Asie centrale, au Moyen-Orient et allons même jusqu’en Inde avec notre filiale Air Manas.
Bien sûr, nous avons accusé un ralentissement en juillet mais depuis la fin du mois de juillet, le trafic est reparti et reste plus important que l’année dernière. Nous nous attendons quand même à une baisse du nombre de passagers européens vers la Turquie. C’est pourquoi nous avons de vastes campagnes de promotion et nous essayons de promouvoir autant que possible notre réseau international.
Pourquoi avoir choisi Airbus alors que la flotte était tout Boeing ?
Airbus nous a fait une très bonne proposition et l’efficacité en termes de consommation carburant a été décisive. Nous avons commandé 100 A320neo en décembre 2012 [57 A320neo, 18 A321neo et 25 options, ndlr]. Aujourd’hui, nous avons 77 appareils dont seize Airbus, parmi lesquels quatre A320neo. Nous avons été opérateur de lancement de l’A320neo motorisé par le LEAP. L’objectif est que la flotte devienne tout Airbus en 2024.
La congestion à Sabiha Gokçen vous pose-t-elle problème ?
Depuis 2005, Sabiha Gokçen et Pegasus ont grandi ensemble. Mais aujourd’hui l’aéroport accueille 28,1 millions de passagers et il n’a qu’une seule piste donc il n’est pas utilisé au maximum de son potentiel. La capacité de la piste n’est pas non plus utilisée efficacement et nous demandons une révision des procédures, qui ne permettent d’accueillir que 32 mouvements par heure. La capacité pourrait être augmentée de 50% avec une réduction des altitudes d’approche – l’altitude d’approche minimale pour Atatürk est de 3 miles et pour Sabiha Gokçen de 8 miles – et avec des taxiways où une vitesse accrue serait permise. Elle pourrait être doublée avec une seconde piste.
Nous sommes donc un petit peu à l’étroit dans notre base donc nous attendons l’ouverture du troisième aéroport pour que cela libère de la place. En revanche, nous ne prévoyons pas d’y emménager. En attendant, nous regardons actuellement dans quelle mesure nous pouvons augmenter nos opérations dans d’autres bases en Turquie.

Sanli Ture, directeur des ventes de Pegasus pour l’activité charter © Pegasus Airlines
Sanli Ture a de son côté accepté de nous parler de l’activité charter, où les difficultés sont plus structurelles.
Comment se porte votre activité charter cette année ?
Cette année a été très difficile pour la Turquie. Les attentats en Europe et la tentative de coup d’état ont très fortement affecté notre activité charter. Il y a eu plus d’annulations que prévu et cela a concerné l’ensemble du réseau, pas seulement quelques destinations. Le secteur touristique a diminué de 20% en Turquie. Cela a affecté le tourisme de la France de presque 25-30% par rapport à l’année précédente.
En ce qui concerne la Russie, qui est l’une de nos destinations les plus importantes, nous avons également été très affectés par la catastrophe du Sinaï et les tensions politiques qui ont entraîné la suspension des vols pendant une très longue durée. Nous avons pu les relancer au début du mois d’août et l’activité est bien repartie mais bien sûr nous n’atteindrons pas les objectifs que nous nous étions fixés en début d’année.
Quelle est l’ampleur de la saisonnalité ?
Elle est différente selon les pays. Pour la Russie, la saison s’étend d’avril à août. Pour la France c’est moins long, les TO limitent la collaboration charter à juillet et août. C’est difficile pour nous de mobiliser un avion pour une si courte période, donc nous essayons de les louer à l’extérieur pendant la saison basse.
En France, le charter est en grande difficulté depuis quelques années. Qu’en est-il en Turquie ?
Il est vrai que, par principe, les Français ne prennent pas beaucoup les charters et préfèrent prendre des low-cost, qui ont une offre abondante. Donc nous n’avons pas prévu beaucoup de vols charters vers la France ces quatre ou cinq dernières années et nous nous sommes positionnés plus fortement avec l’activité low-cost.
Mais dans l’ensemble, l’activité charter n’est plus la même qu’il y a dix ans. Chaque année, nous perdons de la capacité sur le charter au profit des services réguliers car les compagnies opèrent davantage de services réguliers vers des destinations loisirs qu’il y a dix ans. Les tour-opérateurs ne veulent plus opérer des vols tout charter pendant toute une saison mais préfèrent réserver un certain nombre de sièges sur les vols réguliers : ils disposent d’une offre plus importante et prennent moins de risques. Ce n’est pas difficile uniquement pour la France et la Turquie mais pour toute l’Europe. C’est comme cela au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Allemagne. En revanche, il y a des pays qui ont développé très fortement leur activité charter vers la Turquie, comme la Pologne. L’offre de vols réguliers est très limitée en Pologne donc les TO peuvent assurer une pleine capacité sur les full-charter.
Je suis sûr que l’activité charter va continuer mais ce ne sera pas facile. Nous ne nous attendons pas à retrouver les capacités de ces dernières années, elles vont se réduire de plus en plus à l’avenir.










