Le Journal de l’Aviation a rencontré Todd Donovan, vice-président chargé de la Stratégie de Thales au niveau de l’Air Traffic Management (ATM), lors de la dernière édition du Singapore Airshow qui s’est tenue la semaine dernière. L’occasion de revenir sur les différentes annonces de Thales concernant ses systèmes de gestion du trafic en Asie, une région qui dominera bientôt le transport aérien mondial. Entretien.
Après Pékin et Shanghaï, Thales vient de remporter un nouveau contrat pour la gestion de l’espace aérien de Canton. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La région de Guangzhou est évidemment un espace aérien très saturé, avec la croissance du transport aérien chinois. Nous travaillons avec l’ATMB (Air Traffic Management Bureau of Civil Aviation of China) depuis des décennies et c’était vraiment une belle opportunité pour les aider à étendre les capacités de l’ATC pour la TMA de Canton (Guangzhou TMA) face à l’augmentation du trafic qu’ils connaissent.
Spécifiquement, comment allez-vous y parvenir ?
Le projet consiste en la création d’un nouveau centre de contrôle au niveau des approches. Historiquement, le Bureau de l’aviation civile de Chine chargé de l’ATM au centre-sud avait déjà un centre de contrôle qui gérait le trafic en route ainsi que les approches, mais avec la croissance du trafic, celui-ci sera désormais complètement dédié à la navigation en route. Pour nous, le contrat est de venir équiper le nouveau centre de contrôle d’approche avec des systèmes d’automatisation du trafic aérien, avec le séquencement des approches et des arrivées afin de mieux gérer le trafic à l’arrivée et au départ de l’aéroport de Guangzhou Baiyun.
L’aéroport international de Guangzhou, très fréquenté*, est en plus entouré d’autres aéroports très proches, comme ceux de Shenzhen, Zhuhai, voire ceux de Macao et Hong Kong…
Oui, nous allons devoir gérer le trafic de l’ensemble de la TMA (Terminal Maneuvering Area) mais nos outils sont adaptés à cet environnement complexe, avec toutes les manoeuvres effectuées dans cette zone.
Vous êtes particulièrement bien implanté au niveau de la gestion du trafic aérien chinois…
Oui, la Chine est un marché clé pour Thales. Nous collaborons avec l’ATMB pour leur fournir des outils de gestion de trafic depuis très longtemps. Aujourd’hui 60% de l’espace aérien chinois est géré par des systèmes d’automatisation du trafic fournis par Thales. Nous disposons aussi en Chine de centaines de radars et de balises d’aide à la navigation, ainsi que de nombreux systèmes destinés à soutenir la communauté aéronautique chinoise.
Vous venez d’annoncer un autre contrat à Singapour avec CAAS ?
Nous avons signé un protocole d’accord (MoU) avec CAAS dans le but de collaborer et d’explorer de nouveaux concepts opérationnels et des futures technologies qui pourraient être nécessaires, ici à Singapour, dans les prochaines années. L’idée est de venir soutenir la croissance du trafic au niveau de l’aviation commerciale, mais aussi d’intégrer des systèmes sans pilote à l’intérieur de l’espace aérien, de les faire bien cohabiter. Il y a une forte attente, quand nous regardons l’avenir, pour les technologies modernes comme la prise de décision centrée sur les données (data-centric decision making), l’intelligence artificielle ou d’autres moyens. Bien sûr, pour l’ATM, la sécurité joue un rôle essentiel. Nous allons donc devoir étudier comment injecter ces nouvelles technologies dans ce type d’environnement critique, comment les certifier, comment les utiliser d’une façon sûre…
L’aéroport de Changi est en train de se transformer aussi et Thales est évidemment très présent au niveau de l’espace aérien singapourien. Quelles retombées peut-on attendre pour Thales ?
Nous considérons CAAS comme l’un de nos clients clés et évidemment, nous sommes là pour les aider, de quelque façon que ce soit, avec les dernières technologies dont ils pourraient avoir le besoin. Changi a été une incroyable success-story en réussissant à gérer la croissance de son trafic, tout en le faisant avec une approche particulièrement tournée vers le passager. Ce que nous voyons, c’est que CAAS s’est toujours placé au-devant de l’innovation, comme un moteur du changement dans la région et en utilisant Changi et son espace aérien pour le faire.
Sur quels autres grands projets travaillez-vous en Asie ?
Nous avons un certain nombre de projets qui sont en cours d’implémentation en Asie; en Thaïlande, au Laos, aux Philippines, en Malaisie…Nous venons d’ailleurs d’annoncer un contrat pour la modernisation d’un centre de contrôle à Kota Kinabalu. C’est notre premier contrat en Malaisie pour la gestion du contrôle aérien depuis une quinzaine d’années et c’est vraiment une étape importante pour nous.
(*) L’aéroport international de Guangzhou Baiyun, deuxième plateforme aéroportuaire chinoise, accueille plus de 80 millions de passagers par an. Cela représente près de 1 300 mouvements chaque jour.










