L’exercice interarmées et interallié de l’OTAN Embow 14 s’achève ce vendredi 28 mars sur la BA 120 de Cazaux. Organisé tous les deux ans environs, Embow a pour objectif de « tester l’efficacité des systèmes de leurrages face aux auto-directeurs infrarouges ». L’exercice doit permettre d’évaluer les performances des équipements de détection de départ de missile, des contremesures infrarouges et des concepts de brouillage de missiles infrarouges, comme l’explique l’ingénieur navigant d’essai Pierre-Henri Papelard de la DGA Essais en vol (DGA EV) et « trial manager » sur l’exercice. En clair, Embow XIV est l’occasion de tester, dans un cadre international, l’efficacité des contremesures des aéronefs face à des menaces type « manpads ».
Se tenant sous l’égide du Sous-groupe 2 de l’Air Capability Group de l’OTAN, l’exercice existe depuis plus de vingt ans. Il a été initié suite à l’éclatement du bloc soviétique et à la prolifération des menaces du type « manpads » (Man-portable air-defense systems), des missiles sol-air de très courte portée comme les SA-7, SA-14, SA-16 ou SA-18. D’un coût abordable, ces manpads menacent aussi bien les aéronefs civils que militaires. Pour les contrer, les industriels se sont ainsi attachés à élaborer des solutions pour « détourner » les missiles de leur cible initiale. Dans le cas des leurres infrarouges, les « flares », il s’agit de « tromper » les auto-directeurs des missiles sol-air, de créer une source de chaleur différente, qui dévie le missile de sa trajectoire.
La menace représentée par ces systèmes – particulièrement pour les aéronefs volant plus lentement et à basse altitude – a amené l’OTAN à se saisir du problème et à organiser un tel exercice tous les deux ans environ. Embow XIII avait ainsi eu lieu en septembre-octobre 2011 sur la base de Cazaux, Embow XV se tiendra en septembre 2015 en Allemagne.
La France et l’Allemagne étaient cette année les pays leaders de l’exercice, qui a rassemblé 14 « équipes sol » (Allemagne, Australie, Canada, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Norvège, Pays-Bas, Suède, Turquie, ainsi qu’une équipe OTAN et un pays « mystère), dont onze ont amené des moyens aériens sur la BA 120 de Cazaux. Le ciel du sud-ouest a ainsi accueilli pas moins de 34 aéronefs : Gripen (République Tchèque), Tornado (Italie), Mirage 2000 (France), F-18 (Espagne), F-16 (Norvège, Pays-Bas, Turquie), C-130 (Belgique, Italie, Pays-Bas, Suède), C-27J (Italie), C295 (République Tchèque), Super Puma, NH90 et Tigre (France), CH-47 (Italie, Espagne), EH101 (Danemark), Bell 212 (Italie), UH-60 (Suède).
Concrètement, l’exercice se divise entre la partie au sol et celle en vol. Les équipes au sol gèrent les autodirecteurs, les menaces et analysent les données recueillies, tandis que la partie en vol consiste à faire passer les différents aéronefs à proximité des menaces, puis à tirer les leurres, afin de vérifier leur efficacité.
Car la séquence typique d’engagement d’un manpad se fait dans un temps très court. Ainsi, le délai de tir est de 10 à 12 secondes, pour un temps de vol de 3 à 10 secondes, après les séquences de détection visuelle (T0), l’identification visuelle (3 secondes), l’activation du système (1 à 2 secondes), la mise en rotation gyro (3 secondes), l’acquisition IR et le tir (3-4 secondes).
Trois types de leurres étaient évalués, spectraux, cinématiques et propulsés, vingt nouveaux leurres par rapport à Embow XIII. Selon la DGA, les leurres amenés par la Grande-Bretagne étaient particulièrement « intéressants », sans toutefois rentrer plus dans le détail. Des solutions qui s’avèrent cruciales pour le développement de nouveaux systèmes. « La connaissance de nouveaux leurres, de nouvelles menaces revêt de plus en plus d’intérêt, afin que nous puissions réfléchir à des solutions de leurrage et de brouillage face aux menaces futures ».
L’exercice a aussi permis d’évaluer un nouveau DIRCM (Directional infrared counter measure), fabriqué par Selex et embarqué à bord d’un CASA C212 banc d’essais de la DGA. Celui-ci est encore en cours de développement et est surtout utilisé en complémentarité du leurrage. Lors d’Embow XIII, c’est un DIRCM de la société Indra, le Manta, qui avait été testé.
Sur les trois semaines d’exercice, Embow comptabilise 4 000 leurres et 1 350 passes de tir. Les résultats obtenus lors des essais vont être mis en commun par les nations participantes et serviront de base à l’OTAN pour mener des études plus poussées sur l’amélioration des mesures d’autoprotection, que ce soit contre des menaces déjà rencontrées en opérations comme celles qui se profileront dans un avenir plus ou moins proche.








