Pour ce second épisode de l’histoire de l’armée de l’air, le Journal de l’Aviation s’est penché sur la Seconde Guerre mondiale et ses répercussions sur la toute jeune armée crée en 1934. Une période complexe et difficile et de nombreux défis à relever à la Libération.
En septembre 1939, lors de la déclaration de guerre à l’Allemagne, l’armée de l’air française n’aligne que 350 avions de chasse et 210 avions de bombardement, soit un ratio d’un avion français pour 2,5 avions allemands, selon l’historien Patrick Facon. Malgré les 400 aéronefs de la Royal Air Force, l’infériorité de la composante aérienne est flagrante, d’autant plus qu’elle est dans une position beaucoup plus défensive à « attendre » l’attaque allemande, contrairement à l’offensive de la Luftwaffe.
De plus, l’organisation complexe de l’armée de l’air ne lui permet pas de démontrer pleinement sa puissance lors de la « drôle de guerre » et de la bataille de France, de septembre 1939 à la signature de l’armistice en juin 1940. En effet, la loi du 2 juillet 1934 organisant l’armée de l’air prévoyait un délai de huit semaines pour passer du temps de paix au temps de guerre. Une organisation que les aviateurs avaient tenté de modifier en 1936, mais que l’armée de terre a finalement supprimée pour revenir aux dispositions de 1934, rendant donc « extrêmement compliquée » l’utilisation de l’aviation en 1940.
Enfin, des difficultés logistiques liées à la livraison des avions « bons de guerre » et à l’approvisionnement en pièces de rechange rend d’autant plus complexe la situation des aviateurs sur le front. Ainsi, lors de la campagne de mai-juin 1940, Patrick Facon rapporte que 60% des chasseurs, 60% des bombardiers et 86% des avions de renseignement sont indisponibles, « inutilisables au combat ». L’armée de l’air aurait également été « asphyxiée » si elle avait dû continuer le combat aérien après le mois de juillet.
A l’entrée en vigueur de l’armistice, l’armée de l’air connaît sa « première grande crise identitaire » et se retrouve scindée en deux entités : une armée de l’air « d’armistice » et les Forces aériennes françaises libres.
L’armée de l’air de l’armistice doit être désarmée et démobilisée, les avions ferraillés. Après négociations, les aéronefs seront entreposés dans des hangars et non détruits en totalité. Une partie de cette armée de l’air se retrouve également en Afrique du Nord. « Ceux qui sont en Algérie bénéficient en quelque sorte de l’attaque de Mers El Kébir le 3 juillet 1940 », explique Patrick Facon. « Quand les Anglais attaquent, les Allemands permettent aux Français de se réarmer pour se battre. Quand ils [les Allemands] se rendent compte que les Français défendent leurs colonies, ils décident d’assouplir les conditions de l’armistice. »
L’attaque du port de Dakar à l’automne 1940 et l’échec des Britanniques et des Français libres joue également en faveur de l’aviation française en Afrique du nord et en Afrique occidentale, et permet aux aviateurs engagés sur ces territoires de continuer à s’entraîner. Le débarquement allié en Afrique du nord en novembre 1942 entraîne le ralliement aux forces alliées des forces aériennes françaises présentes sur le territoire.
« Certains aviateurs n’admettent pas la défaite et partent en résistance. Ce sont eux qui sont à l’origine des Forces aériennes françaises libres (FAFL, ndlr)», détaille l’historien. Des aviateurs se regroupent autour du général De Gaulle en Grande-Bretagne, d’autres, basés en Syrie et au Liban, rejoignent les forces britanniques en Égypte. Les FAFL naissent officiellement le 1er juillet 1940, sous le commandement de l’amiral Muselier, faute d’officier au rang suffisamment élevé. Il sera remplacé en juillet 1941 par le colonel Martial Valin. Cette nouvelle entité se dote également de son emblème, qui orne le fuselage des avions : une croix de Lorraine sur fond azur. Les effectifs passent de 500 à 900 hommes en un an et les FAFL comptabilisent une soixantaine d’avions fin 1940, soit britanniques, soit français. Certains pilotes sont affectés au sein d’escadrons opérationnels et participent aux côtés des Britanniques aux bombardements contre la Luftwaffe. Les premiers groupes autonomes sont créés à l’automne 1941, les groupes de chasse « Alsace » et « Île-de-France » et le groupe de bombardement « Lorraine », suivis en janvier 1942 par le groupe de reconnaissance « Bretagne » et en septembre 1942 le célèbre groupe de chasse « Normandie ».
En 1943, après le débarquement anglo-américain en Afrique du nord de novembre 1942, co-existent trois armées de l’air françaises. « Une en France, sans avions, qui sert dans la défense du territoire, une « DCA ferroviaire », une autre engagée avec De Gaulle, une dernière en Afrique du nord qui sert sous les ordres du général Giraud, farouchement opposé à De Gaulle. » Les aviateurs français disposent d’avions britanniques et américains pour mener leurs opérations contre les forces de l’Axe.
Le Débarquement du 6 juin 1944 sur les plages de Normandie se joue également à l’aide d’aviateurs français. Ainsi, sept escadrons venant de Grande-Bretagne y participent, ainsi que deux régiments de parachutistes, qui, comme le précise Patrick Facon, sont « les premiers à sauter sur la France, en Bretagne, afin de semer la confusion sur les arrières des Allemands ». Pour le débarquement de Provence en août, ce sont quelques 250 avions de combat français, répartis dans une quinzaine d’escadrons, qui y participent pour le compte de l’armée de l’air, une histoire encore « peu connue ».
Une figure importante intervient dès 1943 et participe activement à la réorganisation de l’armée de l’air française, le général Bouscat, qui va « penser » l’armée de l’air entre 1943 et 1945. Prenant le commandement de l’aviation d’Afrique en juin 1943, lorsque De Gaulle et Giraud finissent par s’entendre, il assiste en juillet à la fusion avec les FAFL du général Valin, induisant de fait une nouvelle armée de l’air, qui doit encore être organisée. Il est nommé chef d’état-major général de l’armée de l’air dans la foulée et « obtient » l’indépendance des troupes qui constituent l’armée de l’air.
« Comme les Français se sont battus contre les Britanniques et les Américains, les Alliés se demandent si on peut leur faire confiance et comment réorganiser cette force aérienne nouvelle. Ils décident alors de mettre des éléments français dans les groupements de chasse et de bombardement et d’autoriser la création d’unités françaises lorsque leur loyauté sera prouvée », détaille Patrick Facon. « C’était très intelligent politiquement parlant, puisqu’on assiste, en octobre 1944, à l’organisation du premier corps aérien français, dans lequel seront regroupées des unités de chasse, de bombardement et de reconnaissance, qui opèrent d’une manière autonome. »
Anticipant la fin de la guerre, le général Bouscat « avait dans l’idée de créer une « tactical air force », qui aurait réuni tous les éléments de l’armée de l’air dispersés ». Une idée avortée en raison de la fin des hostilités, mais qui préfigure une armée de l’air « réunifiée et puissante », qui dispose de 150 000 hommes en 1945.
Se présentent alors de nouveaux défis pour l’armée de l’air post-guerre, qui doit se réorganiser, s’affranchir de la tutelle des Alliés et surtout se réarmer en relançant l’industrie aéronautique française.








