Aegean a publié des résultats plutôt encourageants pour le premier semestre de 2018, avec un chiffre d’affaires en hausse de 1%, une augmentation de trafic de 7%, des pertes réduites et a signé une commande de premier ordre avec Airbus. Ceci en Grèce, un pays qui se remet difficilement d’une crise économique intense, et alors que les faillites de compagnies aériennes se multiplient en Europe. Alors qu’Aegean s’apprête à célébrer ses dix ans de présence en France (le 10 novembre 2018), Pierre-Emmanuel Duband, directeur des ventes en Europe centrale et de l’Ouest, nous explique comment la compagnie a su traverser ces puissants vents contraires.
Comment expliquez-vous la bonne tenue de vos résultats du premier semestre ?
Traditionnellement, le premier semestre est négatif. Notre réussite, c’est d’avoir diminué cet exercice traditionnellement négatif : nous étions à 20 millions d’euros de pertes l’année dernière, nous sommes à 13 millions cette année. Bien évidemment, nous ne pouvons pas fanfaronner mais l’exercice est sur douze mois et les mois importants – juillet, août, septembre, octobre – sont en ce moment. Compte tenu des réservations effectuées, nous savons que ce sera une belle période. L’année dernière, nous avons publié des bénéfices après impôts à 60 millions d’euros, soit 87% de plus par rapport à 2016. Je ne sais pas si nous atteindrons ce niveau mais nous serons clairement positifs cette année. C’est un exploit ! Aegean est une compagnie bénéficiaire depuis 2012 et j’insiste parce que ce n’est pas facile dans le monde de l’aérien et encore moins en Grèce.
Et justement, c’est parce que quand la crise grecque est arrivée, Aegean a tout revu de fond en comble : son management, ses services… Nous sommes malheureusement passés par des licenciements et des diminutions de fréquences mais nous avons maintenu notre présence partout, nous n’avons pas voulu arrêter de routes. Le marché français a été le seul marché important qui n’a pas baissé quand la crise est survenue. Sur l’Allemagne ou l’Angleterre, il y a eu de très grosses baisses. Le marché français a arrêté sa lancée, parce qu’il était en progression, mais il est resté stable. Et aujourd’hui, ça a repris.
Vous en parliez, le marché grec est très saisonnier. Comment compenser cette saisonnalité ?
Effectivement, en été, au départ de France, nous sommes à quasiment 90 vols par semaine au départ de douze villes. L’hiver, nous sommes à peine à une trentaine de vols depuis cinq villes. Pour essayer d’étendre la saison, nous travaillons avec certains tour-opérateurs allemands et hollandais à promouvoir la Crète l’hiver depuis 2017. Cet hiver, nous allons aussi faire un spécial focus « city break » Athènes. Il y aura des communications sur quatre marchés, dont le marché français. Notre force, c’est qu’il n’y aura pas que des vols directs au départs de Paris de proposés mais aussi Marseille, Bordeaux, Toulouse et Nice.
Et nous devons également travailler avec les équipes de l’office du tourisme pour faire comprendre aux Grecs que le tourisme ne s’arrête pas en novembre. Parce qu’à partir de novembre, tout ferme. Il ne faut pas uniquement placer un avion, il faut que les hôtels, les sites, les restaurants, les commerces restent ouverts pour prolonger la saison.
Quels sont les autres défis d’Aegean, surtout dans un contexte économique toujours très fragile en Grèce ?
L’économie grecque va un tout petit peu mieux : on parle aujourd’hui de 1%, 2% de croissance, le taux de chômage est redescendu au-dessous de 20%. Ce sont des signes positifs, d’autant que depuis le début de la crise la Grèce n’a été qu’en récession. Aucun autre pays industrialisé n’a vu son PIB tant décroître, c’était -8, -10%. La force d’Aegean, c’est d’avoir su parer à cela en se développant à l’international dès 2009-2010. Nous nous sommes tournés vers l’extérieur car nous savions que la croissance ne pouvait plus venir de l’intérieur, et à l’époque nous faisons plus de domestique.
Aujourd’hui, nous avons les mêmes défis que les autres : nous regardons de très près le prix du kérozène, nous surveillons la pénurie de pilotes. Mais nous sommes très réactifs et nous croyons en l’avenir : nous venons d’annoncer le renouvellement total de la flotte avec une commande de 42 Airbus A320/A321neo, c’est le plus gros investissement privé jamais réalisé en Grèce.
Quelles possibilités va vous ouvrir cette nouvelle flotte ? Comptez-vous ouvrir de nouvelles destinations plus lointaines ?
Les A320neo vont moderniser la flotte mais aussi augmenter les capacités. Et nous avons un contrat flexible qui nous garantit la livraison de dix A321neo mais nous permet de transformer des A320neo en A321neo. Les premiers appareils devraient arriver en 2020 et les livraisons sont étalées sur 5 ans.
C’est vrai que ce sont des avions qui permettent d’aller plus loin, on voit des compagnies les utiliser sur du Paris – New York. Mais ce n’est pas dans notre esprit, ni la logique de ce contrat : notre stratégie est de privilégier le moyen-courrier. D’autant plus que nous sommes membres de Star Alliance et que nous avons des accords particuliers avec Lufthansa donc beaucoup de vols sur l’Allemagne pour alimenter ses hubs long-courrier.
Pour nous, l’important est le taux d’utilisation. L’idéal, c’est d’utiliser l’appareil sur trois allers-retours : les slots 1 et 2, de jour, et un slot 3, de nuit. Et nous travaillons sur un nouveau produit cabine pour ces avions.
Et qu’en est-il d’Olympic, de sa flotte de dix Q100/Q400 et deux ATR ?
Aegean a acheté Olympic en octobre 2013, à 100%. Elle exploite de plus petits appareils qui sont essentiellement là pour desservir les îles et les Balkans. Nous regardons les opportunités pour renouveler cette flotte car certains de ces appareils ne sont pas optimum, en termes économiques, de consommation, de maintenance etc. Mais nous ne prendrons pas des avions de grosse capacité, tout simplement parce qu’il y a des îles qui ne le permettent pas, avec des pistes trop courtes.








