L’Union européenne a reconnu que le transport aérien était vital pour son économie. Par la voix de la commissaire européenne aux Transport Violeta Bulc, elle a présenté le 7 décembre sa stratégie pour renforcer le secteur et retrouver une position de leader. Une ambition saluée par les acteurs mais qui doit encore se concrétiser.
La Commission européenne est en effet pleine de volonté. Son premier objectif est de rétablir la place des compagnies européennes dans l’aviation mondiale et de leur assurer « des conditions de concurrence équitable ». Elle souhaite donc que soient négociés au niveau européen des partenariats avec les autres régions du monde afin d’y obtenir un meilleur accès et de poser un cadre réglementaire clair et juste. Elle vise notamment les pays du Golfe, de l’Asie Pacifique, la Turquie, la Chine, le Japon et le Mexique.
Son deuxième but est de libérer l’aviation de ses entraves. Au sol, il s’agit d’optimiser l’utilisation des capacités aéroportuaires en remaniant les règles d’attribution des créneaux, en travaillant sur les infrastructures et en rendant plus efficaces les contrôles de sûreté par le recours à une technologie plus avancée. Problème soulevé depuis plusieurs années déjà, les contraintes sur les capacités aéroportuaires en Europe pourraient menacer 818 000 emplois et ralentir la croissance du secteur.
Pour la dimension « vol », la Commission appelle à achever la mise en ouvre du Ciel Unique Européen, afin d’optimiser la gestion du trafic et rendre les routes plus directes, donc les vols plus rapides, plus économiques et moins polluants. Elle estime que la fragmentation du ciel entraîne un surcoût de 5 milliards d’euros et le rejet de 50 millions de tonnes de CO2 supplémentaires par an.
Par ailleurs, l’UE s’engage à maintenir des normes élevées en matière de sécurité, sûreté, environnement, politique sociale et droits des passagers et souhaite travailler à un cadre réglementaire plus efficace sur ces sujets, notamment sur la sécurité en donnant à l’EASA les moyens de superviser les politiques de sécurité des Etats. Enfin, elle veut progresser dans les domaines de l’innovation et des technologies numériques – avec un investissement de 430 millions d’euros par an dans SESAR jusqu’en 2020 notamment. En ce qui concerne les drones, elle envisage un cadre juridique leur permettant d’évoluer en préservant la sécurité des vols.
Plusieurs associations ou groupes ont immédiatement réagi à la présentation de cette stratégie pour l’aviation, saluant l’initiative et son esprit mais regrettant le manque de mesures concrètes. Ainsi, Air France, IAG, Lufthansa, easyJet et Ryanair, qui s’étaient associées cet été pour pousser l’Union européenne à l’action, ont applaudi la présentation mais prévenu : « nous devons agir maintenant – grands monopoles aéroportuaires, charges élevées, taxation, manque d’efficacité caractérisent la chaîne de fournisseurs du transport aérien. Nous devons nous concentrer sur des actions durables et mesurables. »
L’European Cockpit Association regrette quant à elle « le manque de mesures concrètes sur la dimension sociale du transport aérien » et s’inquiète que certaines propositions puissent encourager le dumping social. Rejoignant l’opinion de l’EBAA (European Business Aviation Association), elle conclut : « sur un certain nombre de problèmes, nous devons aller plus loin que décrire ce que nous savons déjà. »









