Suite à la demande officielle de la Turquie à l’OTAN pour le déploiement de systèmes de défense sol-air Patriot à la frontière turco-syrienne, les réactions ne se sont pas fait attendre.
Moscou, par le biais du porte-parole du ministère des Affaires étrangères Alexandre Loukachevitch, s’est dit « préoccupé » par cette demande, arguant que l’installation du Patriot serait susceptible d’envenimer le conflit au lieu de l’apaiser. Ce serait même un « signal alarmant ». Alexandre Loukachevitch a déclaré à la presse : « Nous conseillons à nos collègues turcs non pas de montrer les muscles au risque d’aggraver la situation, mais de peser de tout leur poids sur l’opposition syrienne pour mettre en place le plus vite possible un dialogue national dans ce pays ».
Une vision qu’on pourrait qualifier d’idéaliste, tant la Russie est « pro-Syrie », soutenant le régime répressif de Bachar el-Assad. Le soutien russe a d’ailleurs plusieurs fois empêché l’ONU d’appliquer des résolutions contraignantes à l’égard du gouvernement syrien.
En Allemagne, susceptible de fournir des systèmes Patriot PAC-3, l’opinion publique est plutôt contre le fait de le déployer pour le compte de la Turquie. D’après différents sondages, environ 60% des Allemands seraient contre, environ 30% pour. En revanche, le gouvernement se dit tout à fait prêt à aider Ankara, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle ayant déclaré que ce serait « une erreur de refuser un soutien défensif à un membre allié de l’OTAN ». Par ailleurs, un porte-parole du parti socialiste (SPD), Rainer Arnold, aurait enjoint le ministre de la Défense Thomas de Maizière (parti chrétien-démocrate) à déployer le système de reconnaissance AWACS en plus du Patriot, afin de pouvoir collecter des données qui seraient ensuite utilisées par le Patriot.
Le Bundestag doit également statuer sur un éventuel envoi de forces armées pour le soutien des Patriot. Il s’agirait d’envoyer environ 80 militaires en soutien, afin d’assurer le bon fonctionnement des systèmes de défense. La décision devrait être prise en décembre.
La Syrie a – naturellement – déclaré que la demande de la Turquie était une « provocation », et l’Iran a renchérit en parlant de mesure « contreproductive ». Selon l’agence de presse iranienne Fars News, le porte-parole du parlement iranien Ali Larijani se serait rendu en Turquie et se serait entretenu avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Il aurait tenté de convaincre la Turquie que le déploiement du Patriot était une erreur. Il aurait également plaidé pour une rencontre à Téhéran entre des responsables syriens et turcs, afin de résoudre le conflit par le dialogue.
Les relations entre Ankara et Damas sont très tendues et le potentiel déploiement du système Patriot à la frontière entre les deux pays ne va pas arranger les choses. Sur les six derniers mois, divers évènements ont contribué à exacerber les tensions.
En juin 2012, un RF-4E Phantom de l’armée de l’air turque a été abattu par les forces syriennes au large de ses côtes, considérant que l’avion avait pénétré dans son espace aérien sans autorisation. Les deux pilotes sont décédés dans l’accident.
Nouvel épisode mi-octobre, lorsqu’un Airbus A320 de Syrian Air a été forcé de se poser en Turquie, après l’interception par deux F-16 turcs. L’appareil était soupçonné de transporter du matériel à destination des forces armées de Bachar al-Assad. Il avait re-décollé quelques heures après son immobilisation.
Suite à cela, la Syrie et la Turquie se sont mutuellement fermé leurs espaces aériens civils. Dernier épisode en date donc, la demande officielle de la Turquie à l’OTAN pour installer des systèmes de défense aérienne anti-missiles balistiques à la frontière avec la Syrie.
Information de dernière minute : Selon l’AFP, repris dans les médias français, un chasseur syrien (vraisemblablement un MiG) aurait bombardé une localité proche de la frontière turque. L’attaque visait un bastion de rebelles, mais n’aurait pas fait de victimes, selon la journaliste présente sur place.








