La cérémonie officielle de réactivation du célèbre régiment de chasse Normandie-Niémen a eu lieu lundi 25 juin, à la BA 118 « Colonel Rozanoff » de Mont-de-Marsan, en présence du chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Jean-Paul Paloméros.
A cette occasion, le lieutenant-colonel François Tricot a pris le commandant du régiment de chasse, qui a été déclaré en service opérationnel. Le CEMAA a effectué un vol sur un Rafale biplace, piloté par le commandant du 2/30.
L’escadron de chasse avait été mis en sommeil le 3 juillet 2009 à la BA 132 de Colmar-Meyenheim. Les premiers pilotes, ainsi qu’une cellule de renseignement et une cellule administrative se sont installés à la BA 118 en août 2011. Les huit pilotes (3 originaires de Rafale, 2 de Mirage F1, 1 de Mirage 2000-5, 1 de Mirage 2000D et un jeune pilote) seront peu à peu rejoints par d’autres pilotes d’ici 2013.
La réactivation du « Neu-Neu » intervient alors que le régiment de chasse le plus connu de la Seconde guerre mondiale va fêter ses 70 ans cette année. L’occasion de revenir sur l’histoire de cette prestigieuse unité de l’armée de l’air, ayant combattu sur le front est au côté des soviétiques. Ses débuts remontent à septembre 1942.
En effet, à l’initiative du général Valin, en coopération avec le général De Gaulle et la Russie, le groupe de chasse n°3 est créé à Rayak, en Syrie, le 1er septembre 1942, le commandant Pouliquen à sa tête. Le groupe commence les vols d’entraînement en octobre, sur Dewoitine 520. Le « Normandie » s’envole pour la base aérienne d’Ivanov, au nord-est de Moscou, en novembre 1942 et débute les entraînements sur les Yakovlev Yak-1 et Yak-7.
Le commandant Tulasne prend le commandement de l’unité en février 1943, et les escadrilles Rouen et Le Havre renforcent le Normandie.
La première campagne a lieu du 22 mars au 6 novembre 1943. Le commandant Tulasne meurt en mission et est remplacé par le commandant Pouyade. Les missions consistent notamment à escorter des bombardiers Pe-2. Les premiers Yak-9 arrivent en juillet 1943. La première campagne se solde par la perte de 21 pilotes, mais des renforts arrivent rapidement. En décembre 1943, le Normandie acquiert le statut de régiment, composé de quatre escadrilles (Caen, Le Havre, Cherbourg, Rouen). C’est, à ce jour, la seule unité de chasse à porter l’appellation de « régiment ».
La seconde campagne dure de mai à novembre 1944. L’unité appuie l’offensive terrestre des soviétiques qui franchissent le fleuve Niémen le 23 juin 1944, et Staline nomme le Normandie « régiment du Niémen ». En août, les Yak-9 sont remplacés par des Yak-3. Cette seconde campagne distingue le « Normandie-Niémen », première unité française à poser le pied en Allemagne.
La troisième campagne s’étend de janvier à mai 1945. La dernière victoire du « Neu-Neu » est la destruction en avril 1945 d’un chasseur-bombardier Fw 190 allemand. Les pilotes reçoivent de Staline leurs appareils, en signe de récompense pour leur action lors de la guerre. Les 37 Yak du « Normandie-Niémen » se posent au Bourget le 20 juin 1945.
Au total, le régiment aura comptabilisé 5 240 missions, 4 354 heures de vol, 869 combats, 273 victoires officielles et 36 victoires probables. 42 pilotes ont été tués en mission, 7 blessés et 4 prisonniers. Il a été décoré de la Croix de l’ordre de la Libération par le général Charles de Gaulle en 1943, de la Croix de guerre, mais aussi de l’Ordre du drapeau rouge et de l’Ordre d’Alexandre Nevski en 1945.
Le groupe de chasse 3/5 « Normandie-Niémen » est transféré à Toussus-le-Noble en 1946, puis à Rabat-Salé en 1947, où il est transformé sur DH Mosquito. En 1949, le groupe de chasse est transféré à la base aérienne de Sidi Ahmed et reçoit des Bell P-63 Kingscobra. Le régiment est renforcé en Indochine par des Grumman F-6 Hellcat. Basé ensuite à Oran-La-Sénia, le « Normandie-Niémen » reçoit des Mistral, puis des Vautour II N. Ses missions en Algérie relèvent d’abord du maintien de la paix, puis se transforment à partir de 1957 en missions d’appui-feu.
Le « Neu-Neu » rejoint la BA d’Orange en 1962, après la proclamation d’indépendance de l’Algérie, puis Reims en 1967. Il passe sur Mirage F1C à partir de 1973 et se spécialise dans la défense aérienne. L’escadron de chasse rejoint la BA 132 de Colmar-Meyenheim en 1993. Il participe à de nombreuses opérations (Turquoise au Rwanda, Epervier au Tchad, Crecerelle en Bosnie, Almandin II en Centrafrique, Artémis-Mamba, Trident…). Le « Normandie-Niémen » reçoit la fourragère de l’Ordre de la Libération le 18 juin 1996. L’unité fusionne en 2008 avec le groupe de chasse 1/30 « Alsace », pour former le régiment de chasse 1/30 « Normandie-Niémen », jusqu’à sa mise en sommeil en juillet 2009.
L’hibernation aura duré à peine trois ans. Le régiment de chasse 2/30 « Normandie-Niémen » est le troisième escadron de l’armée de l’air à être équipé de Rafale au standard F3, après les escadrons de chasse 1/7 « Provence » et 1/91 « Gascogne » de la BA 113 de Saint-Dizier.








