Le rapport final qui concerne l’accident de l’A320 d’Indonesia AirAsia l’année dernière agite une nouvelle fois la communauté aéronautique et notamment les pilotes de ligne. Bien sûr, comme dans la très grande majorité des cas, l’accident n’a été possible que par une succession de facteurs contributifs ; les fameuses plaques du « modèle de Reason ».
Un défaut sur l’appareil qui n’a pas été corrigé à cause d’une mauvaise procédure de suivi, le « bricolage » du Commandant de bord qui ne respecte pas les consignes écrites noires sur blanc au manex et qui engendre le désarmement du pilote automatique en croisière, la sortie de la loi normale et la perte de certaines protections… à ce stade, les événements successifs qui se sont déroulés dans le poste de pilotage auraient pu se conclure par le sentiment d’avoir passé une mauvaise journée au travail, et par un licenciement.
Ce qui est encore plus grave, c’est la réaction des pilotes après la déconnexion du pilote automatique. Il aura fallu neuf longues secondes au pilote assis en place droite pour commencer à prendre les commandes alors que la trajectoire avait déjà largement dévié vers la gauche. Ses actions conduiront ensuite directement au décrochage de l’appareil, comme si les différents paramètres importants affichés sur le PFD (vitesse, assiette, altitude et vario) n’avaient plus aucune signification pour lui. Il s’agit ici d’une différence fondamentale avec la catastrophe du vol AF447 où les données du PFD étaient perturbantes suite à la disparition du ruban de vitesse.
Sur le vol AirAsia, le Commandant de bord a, semble-t-il, fini par bien réaliser dans quelle situation se trouvait l’appareil et ses manœuvres étaient conformes à une volonté de sortir du décrochage, mais contrecarrées par celles du copilote qui continua, jusqu’à la mer, à manœuvrer son sidestick vers l’arrière. Le rapport de plus de 200 pages énumère l’ensemble des causes de cet accident, y compris une analyse détaillée des facteurs humains ainsi que des synthèses d’études sur le comportement et les actions des équipages face au stress ou face à la peur.
Les débats sur la non-conjugaison des manches, tout comme l’absence de formation aux procédures de sortie de décrochage étouffent les raisons qui ont amené l’appareil à sortir de son domaine de vol. Tout porte à croire que cet équipage n’avait pas sa place aux commandes d’un avion commercial.

