Inquiets face à la dégradation de l’état du transport aérien français, huit syndicats ont décidé de s’unir pour interpeler le gouvernement. L’intersyndicale a adressé une lettre au Premier ministre le 10 avril, appelant Manuel Valls à se pencher sur la situation et à prendre des mesures pour rétablir un environnement concurrentiel juste. Geoffroy Bouvet, président de l’APNA, et Pascal Mathieu, administrateur salarié d’Air France, ont détaillé le 11 avril les menaces qui pèsent sur l’existence des compagnies aériennes du pays.
« Le transport aérien mondial fait 3% de marge globale. Si vous avez une distorsion de concurrence même sur quelques pour cents du PIB qui vous paraissent relativement faibles, cela mange toute la marge et vous empêche de vous développer », explique Geoffroy Bouvet.
Or, les postes de surcoûts s’accumulent. L’intersyndicale cite tout d’abord le cas d’Aéroports de Paris, dénonçant notamment le principe de « double caisse ». En effet, les bénéfices des aéroports parisiens sont nourris à la fois par les redevances et par les achats en boutique. L’intersyndicale demande à ce que la « caisse commerciale » serve à atténuer le montant des redevances. Or celles-ci ont augmenté de 30% par rapport à 2005 pour une inflation de 12%.
Les syndicats dénoncent également le financement de la DGAC et de la sûreté aéroportuaire. Selon eux, les compagnies aériennes fournissent 120% du budget de l’administration. Par ailleurs, la sûreté aéroportuaire est également à la charge du passager puisqu’elle est financée par une taxe figurant sur le billet d’avion – qui coûte un milliard d’euros par an. Or il s’agit d’une mission régalienne, qui devrait donc être prise en charge par l’Etat. De même, si elle prenait la forme d’une redevance et non d’une taxe, les compagnies pourraient économiser entre 100 et 150 millions d’euros.
L’autre point principal de mécontentement est la taxe Chirac, qui atteint 80 millions d’euros en France (dont 70 millions payés par Air France). Sans remettre en question son existence, l’intersyndicale dénonce son augmentation récente et le fait que le TGV, principal concurrent sur le réseau domestique, ne soit pas concerné.
Elle cite enfin comme entrave le montant des charges sociales, la taxe carbone et son augmentation planifiée, les subventions des collectivités locales pour attirer les low-cost, l’augmentation de la TVA sur les vols intérieurs qu’elles ne paieraient pas, le soutien des gouvernements du Golfe à leurs compagnies, la taxe sur les nuisances sonores…
« Nous n’avons pas de réponse facile », indique l’intersyndicale. Elle demande à rencontrer le gouvernement pour reprendre chaque sujet où elle voit une distorsion de concurrence et pour « supprimer les surcoûts qu’a le transport aérien français par rapport aux compagnies européennes déjà. »
Elle rappelle que les compagnies aériennes françaises ne font pas de bénéfices depuis plusieurs années, à quelques rares exceptions près, qu’elles perdent 8% de parts de marché par an et que 15 000 emplois ont été supprimés en cinq ans. Or le secteur représente 500 000 emplois directs et induits et 4% du PIB. S’appuyant sur le rapport Abraham, elle souhaite mettre en garde le gouvernement dans l’esprit duquel « le transport aérien est immuable » selon Pascal Mathieu.
Geoffroy Bouvet et Pascal Mathieu ont également expliqué la genèse de l’intersyndicale, dont la création aurait été poussée par les salariés inquiets. Soulignant que, une fois n’est pas coutume, les syndicats travaillaient pour leur direction, ils ont toutefois déploré que celle-ci ne soit « pas assez virulente » et que la « position de l’entreprise ne soit pas à la hauteur des enjeux. »
Si l’intersyndicale veut engager la discussion et surtout éviter de creuser davantage la tombe du transport aérien français, « le collectif ne s’interdit pas d’avoir des actions plus marquées, en tout cas plus visibles, et associant le personnel », prévient Geoffroy Bouvet. Mais pour Pascal Mathieu, il faut agir rapidement : « on ne veut pas avoir dans quelques mois à aller dans la rue pour éviter un sort à la Alitalia. »







