Désormais présents sur quatre appareils de la gamme de Gulfstream, les systèmes de commandes de vol électriques conçus par Thales sont en train de se faire une place remarquée dans le petit monde de l’aviation d’affaires. Michel Grenier, Vice-Président et Directeur général Avionique de Thales Canada revient sur les récents succès de cette activité qui semble promise à un bel avenir.
En moins de deux semaines, Thales a annoncé avoir été retenu par Gulfstream pour fournir les commandes de vol électriques des nouveaux jets d’affaires à fuselage large et à long rayon d’action G500 et G600, ainsi que la version à rayon d’action étendue de 500 nautiques du G650, le G650ER. L’électronicien était déjà présent sur le G650 depuis 2008. Thales fournira ainsi deux calculateurs numériques et une unité de secours (BFCU) pour chaque appareil. Thales est aussi responsable de l’ « imput voting », de la gestion de la redondance, des drivers des logiciels de bases ainsi que du système d’exploitation des calculateurs et de ses mises à jour. Thales intègre également une petite partie du pilote automatique, la boucle courte, qui est désormais directement présente dans les commandes de vol des G500 et G600. Par rapport au G650 et G650ER, toutes les lois de contrôle ont ainsi été revues. « On a aussi fait de l’optimisation dans l’organisation du logiciel, avec une réduction du temps d’exécution, et optimisé le code pour certains aspects du calculateur ».
« Il s’agit d’une évolution assez importante, mais toujours basée sur la même plateforme hardware » nous a précisé Michel Grenier, qui ajoute que le système Fly-by-wire possède un niveau d’intégration inégalée par rapport à ce qui se fait chez d’autres avionneurs. Thales a par ailleurs développé une suite d’outils qui permet de vérifier le bon fonctionnement des calculateurs et de leurs performances, qui sont paramétrables en vol, et qui aideront l’avionneur de Savannah à gagner du temps lors des prochaines campagnes d’essais en vol. « On est particulièrement fier de notre système » nous a confié Michel Grenier, qui rappelle que Thales est aujourd’hui le seul équipementier à proposer ce type de commandes de vols électriques aux avionneurs. Par exemple pour les Falcon, c’est Dassault Aviation qui est en charge des commandes de vol et elles sont développées entièrement en interne, tout comme chez Airbus aujourd’hui, même si Thales a été précurseur dans le domaine avec les premiers A320, et dans une certaine mesure, sur l’A310.
« Nous avons une longue expérience des commandes de vol chez Thales, et une quinzaine d’années au Canada avec notre présence sur les programmes Bombardier comme les Global Express 5000/6000, le Learjet 85 ou encore sur les commandes de vol secondaires des CRJ » a rappelé le Directeur général Avionique de Thales Canada. La filiale canadienne de Thales assure ainsi l’interface avec Gulfstream. Tout le développement logiciel est réalisé à Montréal, tout comme l’intégration du système et les relations avec l’avionneur de Savannah. Pour la partie hardware, « nous spécifions les besoins du calculateur à nos collègues du centre de compétences de Meudon. »
Le tout premier G500 présenté à Savannah le 14 octobre dernier, réacteurs en marche, est évidemment déjà équipé du nouveau système de commande de vols électriques fourni par Thales. « Nous sommes en phase finale de test pour le premier vol et Gulfstream est extrêmement satisfaits » nous a précisé Frédéric Elias, le directeur Ventes et Marketing de Thales Canada, se réjouissant aussi du fait « qu’ils en font aujourd’hui un véritable argument de vente pour leurs nouveaux jets ».
Thales espère bien bâtir à partir de ses récents succès en essayant de monter à bord de nouveaux programmes et convaincre de nouveaux avionneurs. « Avec nos relations avec Bombardier et Gulfstream, nous avons beaucoup appris ; c’est un facteur de dérisquage important pour de futurs programmes, car nous savons où sont les risques, les dangers et nous pouvons apporter beaucoup à ceux qui ne sont pas aujourd’hui en full Fly-by-wire » annonce Frédéric Elias qui a également rappelé que malgré une concurrence importante, Thales peut gagner des contrats en Amérique du Nord grâce à son implantation locale et à des solutions innovantes et compétitives.
Les avantages des commandes de vol électriques intégrales pour l’aviation d’affaires ne se résument d’ailleurs pas aux seuls aspects de réduction de masse des appareils ou pour la sécurité des vols. Selon Michel Grenier, « il est même aujourd’hui plus facile de faire certifier un avion en Fly-by-wire, de par les tests qui doivent être effectués par rapport aux avions à commandes de vol traditionnelles ». D’ailleurs, Michel Grenier et Frédéric Elias sont tous deux convaincus que les commandes de vol électriques vont continuer à se multiplier dans l’aviation d’affaires, notamment pour la catégorie des avions « Mid-Size » et « Super Mid-Size ». « Tout le monde y viendra, à terme, c’est le sens de l’histoire ».


