Confrontée à une baisse de son financement public, l’ENAC mise plus que jamais sur l’international pour se développer, en multipliant les projets d’implantation, de partenariat et d’ouverture de formations.
À l’heure où son budget de fonctionnement baisse (l’ENAC dépend du ministre des Transports), 100 millions d’euros en 2013, l’École Nationale de l’Aviation Civile a plus que jamais besoin de l’international pour se développer. Consciente de cela, l’école, créée en 1949, multiplie les projets à l’étranger. « Sans l’international, on deviendrait une école de second rang », explique Marc Houalla, son directeur. En Europe, l’ENAC est la première école aéronautique, en termes d’effectifs (1 000 élèves) et de budget (135 millions d’euros, dont 35 millions de ressources propres). Elle ambitionne de devenir une référence mondiale sur ses trois pôles d’activité : ingénierie aéronautique, pilotage avion et navigation aérienne.
Ses régions cibles de croissance sont l’Asie (la Chine et l’ASEAN), le Moyen-Orient, l’Amérique du Sud (Brésil) et l’Europe de l’Est (Russie). Dans tous ces pays, le transport aérien est en pleine ébullition. De nombreux projets sont en cours de réalisation.
L’école est déjà bien implantée en Chine, avec pas moins de neuf formations, dont six mastères spécialisés. Trois autres mastères spécialisés sont en projet d’ouverture dans les domaines de la navigabilité, la maintenance et le management aéroportuaire. « Sur la Chine, on a commencé à atteindre une taille critique. On se rapproche des 1 500 élèves l’année », précise Marc Houalla. Concernant la formation de pilotes de ligne, l’ENAC a un projet d’ouverture d’un cursus EPL dans le pays sous forme de franchise.
Comme en Chine, l’ENAC compte s’implanter durablement dans d’autres pays aéronautiques, comme Oman, où une école de pilotage doit ouvrir en mars 2014 en partenariat avec Oman Air. Les 120 élèves pilotes omanais formés chaque année réaliseront les cours théoriques dans leur pays avant de s’envoler pour Toulouse pour la formation pratique. Le pays accueille également deux mastères spécialisés en management aéroportuaire et en sécurité du transport aérien.
Par ailleurs, l’ENAC forme déjà des pilotes étrangers pour le compte de China Eastern et sa filiale Shanghai Airlines, Oman Air, easyJet et Lao Airlines. Un appel d’offres de 11 millions d’euros lancé par Air Algérie pour la formation de 200 pilotes en deux ans est attendu au premier trimestre. L’ENAC s’est allié à l’ESMA sur cet appel d’offres, afin d’augmenter ses « capacités de production ».
Le développement de formations à l’étranger est très rentable pour l’école. À titre d’exemple, un Executive MBA coûte 45 000 euros l’année et un mastère spécialisé 30 000 euros. « L’international est un moyen pour nous de faire rayonner le savoir-faire français à l’étranger, accompagner nos industriels, gagner en notoriété, y mener des actions de lobbying et enfin générer des ressources propres », indique Marc Houalla.
Ouverture d’une formation d’ingénieur en apprentissage à Montpellier
En France également l’ENAC poursuit son développement. Un cursus d’ingénieur en apprentissage vient de voir le jour à Montpellier, sur l’un des 10 campus français de l’école. La formation a été créée sur la demande de la région Languedoc-Roussillon, « qui manque d’ingénieurs », selon Marc Houalla.
La première promotion composée de 25 élèves a fait son entrée en septembre 2013. Tous ont été sélectionnés parmi 450 candidats. Un succès qui pousse l’ENAC à revoir ses objectifs, puisque l’école ambitionne à terme de former 40 étudiants chaque année. « On croit de plus en plus à l’apprentissage », indique le directeur de l’ENAC.
Ce cursus, qui existe déjà en voie normale, est entièrement financé par la région Languedoc-Roussillon.
Des contrats d’apprentissage ont d’ores et déjà été signés avec de grands industriels du secteur de l’aéronautique, à l’image de Safran, Airbus ou encore Air France Industries.
Avec le succès rencontré à Montpellier, cette formation pourrait prochainement être dupliquée à Saint-Yan et Grenoble, deux autres sites de l’ENAC.
150 élèves-pilotes actuellement au chômage
La conjoncture est telle en France, et en Europe en général, que les élèves-pilotes (EPL) de l’ENAC ne trouvent plus de travail à la sortie de leur formation. Chaque année, l’école forme une centaine d’EPL, dont 20 Français. Sur les sept dernières années, 150 EPL se sont ainsi retrouvés sans emploi à la fin de leur cursus, Air France ayant gelé ses embauches de pilotes et arrêté les cadets (une reprise n’est pour l’instant pas envisagée avant 2017, nous a indiqué un pilote de la compagnie aérienne).
Récemment, l’ENAC a signé un contrat avec easyJet ce qui a permis à 17 anciens EPL au chômage d’intégrer la low cost britannique. « Aujourd’hui, il existe deux types de compagnies aériennes, celles qui n’embauchent pas en dessous de 1 500 heures de vol [les EPL de l’ENAC sortent avec seulement 250 heures de vol, ndlr] et celles qui acceptent les cadets, c’est notamment le cas d’easyJet », analyse Marc Houalla.
Pour les élèves pilotes de ligne de l’ENAC au chômage, il leur reste une alternative. Intégrer une autre formation, puisqu’aujourd’hui leur cursus leur permet de s’inscrire directement en Master. D’ailleurs, l’ENAC crée de plus en plus de synergies entre ses formations à travers la mise en place de cursus communs. Il est par exemple possible pour un EPL de suivre une formation avec des élèves contrôleurs aériens ou ingénieurs.
Des effectifs en baisse
« Chaque année, entre 20 et 25 postes sont supprimés à l’ENAC », relève Marc Houalla. En cause, la baisse du budget de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC). Pour faire face à ses baisses d’effectifs, l’école externalise certaines de ses formations. C’est le cas des formations à la règlementation européenne et à la sûreté (200 personnes formées chaque année).








