L’aviation commerciale va vivre une petite révolution dans les prochaines années. L’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC) avait en effet décidé en 2012 de généraliser l’utilisation des collimateurs tête haute (HUD) à bord des avions de ligne de ses compagnies au cours de la prochaine décennie. Cette mesure permettra notamment d’accroître les capacités des aéroports chinois qui connaissent déjà de nombreux retards et déroutements liés aux mauvaises conditions de visibilité. La problématique des minima en Chine a encore été illustrée il y a une quinzaine de jours avec une multitude de vols en circuit d’attente autour de Pékin à cause du « smog », un appareil de China Eastern se voyant même refoulé consécutivement par trois aéroports différents dans la région.
Ces problèmes vont encore s’accentuer avec l’arrivée massive de nouveaux avions dans les 10 ans pour répondre à la forte croissance du transport aérien chinois. Selon les déclarations de l’administrateur de la CAAC, Li Jiaxiang, la flotte d’avions commerciaux du pays va plus que doubler d’ici 2020 pour atteindre 4200 appareils. Un appareil sur trois produits par les grands avionneurs mondiaux sera même destiné à l’empire du Milieu à horizon 2025.
La feuille de route de la CAAC concernant les collimateurs tête haute se décompose en trois étapes. 10% de la flotte en opération au sein des compagnies chinoises devra être équipée d’au moins un HUD à la fin de l’année prochaine. La moitié de la flotte devra ensuite être équipée en 2020 et la totalité en 2025. Si l’utilisation des HUD permet de réduire les minima requis lors des approches de précision, elle permet aussi de réduire la visibilité requise lors des décollages, améliorant ainsi les opérations des compagnies aériennes. Freinée par d’interminables batailles d’experts au niveau mondial depuis plus de 20 ans, l’utilisation généralisée des HUD qui s’annonce dans l’un des marchés les plus dynamiques au monde offre de formidables perspectives pour les fabricants d’équipements avioniques et notamment pour Thales, fournisseur exclusif des collimateurs tête haute pour tous les appareils Airbus, de la famille A320 à l’A380 en passant évidemment par le nouvel A350 récemment certifié.
« Nous prévoyons d’équiper 2 000 appareils pour la Chine d’ici 2025, aussi bien en première monte qu’en retrofit » nous a indiqué Daniel Malka, Vice Président en charge des activités Services Avioniques de Thales, précisant aussi que « les compagnies chinoises sont même plutôt en faveur d’une configuration à double HUD ». On sait qu’Airbus va d’ailleurs faire certifier sa famille de monocouloirs A320 avec deux collimateurs tête haute compatibles avec les approches RNP avant la fin de l’année, « à la demande de clients chinois » ajoute Daniel Malka. Les parts de marché des avionneurs pour la Chine affiche aujourd’hui un léger avantage en faveur d’Airbus avec plus de 1070 avions en service dans le pays.
Daniel Malka nous a également indiqué qu’au-delà de 2025, les autorités chinoises pourraient même aller jusqu’à imposer l’utilisation de HUD aux compagnies aériennes étrangères desservant son territoire, en particulier en Asie. Les sociétés de leasing chinoises sont tout aussi concernées et « auront tout intérêt à équiper ou à pré-équiper leur flotte » pour faciliter leur placement au sein des compagnies de la région.
Thales a évidemment une très longue expérience dans les collimateurs tête haute pour l’aviation commerciale. Sextant Avionique certifiait dès les années 80 ses premiers collimateurs sur Douglas en STC a rappelé Daniel Malka. Les premiers avions de ligne au monde équipés d’origine ont été les Mercure de Dassault opérés par Air Inter. La compagnie intérieure française réitérera d’ailleurs son choix en équipant ses Airbus A320 de HUD dans les années 90, juste avant d’être absorbée par Air France.
Daniel Malka nous a également précisé que les collimateurs tête haute de Thales livrés aux compagnies aériennes chinoises pourront être directement entretenus dans le nouveau centre de services régional de Thales qui a déménagé à Pékin l’été dernier. A noter que cette entité dédiée à la réparation d’équipements est détenue à 100% par l’électronicien français, ce qui est suffisamment rare en Chine pour être souligné.

Le nouveau centre de services régional de Thales à Pékin. Photo © Thales


