AIDC (Aerospace Industrial Development Corporation), principal groupe industriel aéronautique de Taïwan, veut continuer à développer ses activités civiles à destination des grands donneurs d’ordres mondiaux. Si 90% de ses activités étaient tournées vers le militaire lors de sa transformation en 1996 en tant que société d’État indépendante du Ministère de la Défense nationale, la part du civil représente aujourd’hui plus de 60%.
« La majeure partie de nos investissements vise aujourd’hui l’aviation commerciale » nous a indiqué Nan-Juh Lin, Senior Vice President et porte-parole Corporate du groupe taïwanais. « Nous visons les 70% dans le civil d’ici deux ou trois ans » poursuit Nan-Juh Lin qui rappelle qu’AIDC développe des compétences clés lui permettant de multiplier les contrats en tant que fournisseur de rang 1 pour les grands avionneurs et équipementiers mondiaux. Le groupe industriel collabore notamment avec Airbus, Alenia Aermacchi, Boeing, Bombardier, Sikorsky, GE, Rolls-Royce, GKN mais aussi avec le groupe Safran et avec Latécoère en France.
AIDC a ainsi créé un centre spécialisé dans les structures composites il y a cinq ans, le TACC (Taiwan Advanced Composite Center) qui fournit de nombreux équipementiers pour les programmes Airbus et Boeing, par exemple au niveau des nacelles de réacteurs. AIDC fournit également toutes les surfaces mobiles du nouvel avion régional MRJ de Mitsubishi, aussi bien composites que métalliques, à l’image du volet intérieur qui était présenté sur le stand d’AIDC durant le salon.
Nan-Juh Lin est par ailleurs revenu sur le contrat signé l’année dernière avec Airbus pour la fourniture de panneaux composites à destination du carénage ventral arrière de la famille A320 (et A320neo). « C’est un contrat modeste, mais ça nous a permis de monter en rang 1 chez Airbus » explique-t-il, rappelant cependant qu’AIDC avait déjà produit des tronçons de fuselage pour la version Corporate de l’A321 (section 16A).

Le volet composite intérieur destiné au programme MRJ ainsi que la poutre H (au-dessus) pour le programme 787. Image © Le Journal de l’Aviation – tous droits réservés
AIDC a également dévoilé qu’il travaillait avec Boeing sur une poutre de plancher en composite (H Beam) destinée au programme Dreamliner, dans l’éventualité où l’un des fournisseurs de l’avionneur américain venait à faillir. « Cette pièce doit encore être testée par Boeing et se destine aux 787-9 et 787-10 » précise l’un des ingénieurs présents sur le stand d’AIDC.
Mais AIDC n’abandonne pas pour autant ses activités historiques tournées vers le militaire, notamment en tant qu’avionneur.
Le programme du futur avion d’entraînement de la ROCAF en ligne de mire
Le Ministère de la Défense nationale de la République de Chine va prochainement se prononcer sur un appel d’offres portant sur le remplacement des avions d’entraînement de la Republic of China Air Force (ROCAF), à savoir les biréacteurs AT-3 Tzu Chung ainsi que les vénérables F-5F.
Nan-Juh Lin nous a indiqué qu’AIDC proposait trois plateformes, dont deux directement issues de ses propres programmes. La première, baptisée AT-3 Max, serait directement basée sur l’ancien appareil d’entraînement produit par AIDC il y a vingt ans. « C’est un bon appareil, mais il doit être profondément modernisé » précise Nan-Juh Lin qui indique aussi que la propulsion devrait être remplacée pour atteindre les 10 000 livres de poussée requises par la ROCAF (2 x 5000). Sa structure devra aussi être renforcée pour répondre à l’augmentation de sa masse et le nouvel appareil devrait être doté d’un glass-cockpit.
La deuxième plateforme est quant à elle une variante du chasseur supersonique F-CK-1 Ching-Kuo en service depuis 1993. Baptisé « XAT-5 », cet appareil serait modifié pour accroître ses capacités carburant (+15 à 20%) et son train d’atterrissage sera renforcé, nous a indiqué Shie-Chun Du, le Directeur de la stratégie d’AIDC, qui ajoute aussi que les réacteurs F124 pourraient être dépourvus de postcombustion.
AIDC sera enfin présent sur le M-346 d’Alenia Aermacchi, l’industriel taïwanais souhaitant une participation de 50% sur ce programme pour les avions destinés à la ROCAF.
Nan-Juh Lin a par ailleurs rappelé que le marché des avions d’entraînement de la ROCAF était de très exactement 66 appareils, le Ministère de la Défense nationale devant se prononcer dans les deux ans. « On n’en saura sans doute davantage d’ici la fin de l’année » a-t-il ajouté. Shie-Chun Du a par ailleurs rappelé que la flotte de chasseurs F-CK-1 était actuellement en cours de modernisation, notamment au niveau de l’avionique, des logiciels et du radar. La 1ère phase est déjà terminée et l’ensemble des modifications sur la flotte aura été apporté en 2018.

Les trois propositions d’AIDC pour le futur avion d’entraînement de la ROCAF. Image © Le Journal de l’Aviation – tous droits réservés

