Alors qu’un E-3F AWACS de l’armée de l’air effectue des missions de surveillance et de détection au-dessus du ciel irakien depuis une dizaine de jours dans le cadre de l’opération Chammal, le Journal de l’Aviation retrace pour son portrait métier du mois de novembre le parcours de la sergent-chef R., link manager sur l’avion de détection et de commandement aéroporté.
Au commencement, il y a un bac série économique. Puis un article dans Air Actualités. « Je suis tombée sur cet article qui parlait d’un œil volant, et je me suis dit que l’aboutissement de ma carrière ce serait d’être sur cet avion. » Mais la link manager – qui gère l’ensemble des liaisons de données tactiques à bord de l’AWACS – a commencé sa carrière au sol, en tant qu’opératrice de surveillance aérienne. « Je suis rentrée dans l’armée de l’air en sachant que je voulais d’abord être opératrice au sol et profiter au maximum de cette expérience, avant de monter à bord d’un AWACS, et de recommencer à apprendre en voyageant au maximum », explique-t-elle.
Après avoir fait ses classes à Rochefort, la future link manager enchaîne avec une formation au CICDA, le centre d’instruction du contrôle et de la défense aérienne basé à Mont-de-Marsan. Elle y apprend les bases, les protocoles, la réglementation, à chercher et à reconnaître la menace, les matériels. Elle fait ensuite ses premières armes sur la BA 901 de Drachenbronn, au sein du centre de détection et de contrôle (CDC). Elle se rapproche de son but, monter à bord de l’AWACS : « En centre de détection et de contrôle, je travaillais déjà avec l’AWACS, en liaison lambda d’abord, puis en liaison de données. » Et d’expliquer que l’aboutissement du travail d’un militaire, « c’est quand même d’être au cœur de l’action, que ce pour quoi il a été préparé pendant des années lui serve comme un réflexe un jour ».
Après huit années à Drachenbronn, elle passe les sélections et intègre l’EDCA 00.36 « Berry », basé à Avord, le seul escadron à opérer les quatre E-3F AWACS de l’armée de l’air. Les six mois qui suivent son affectation sur la BA 702 sont consacrés à une longue formation, l’apprentissage du système, l’intégralité des protocoles inhérents à l’avion. « Et après, on passe enfin à la formation en vol, afin de passer des qualifications, missions simples d’abord, puis « combat ready. » »
Concrètement, son rôle à bord en tant que link manager fait d’elle la « responsable des liaisons de données tactiques qui permettent à l’avion de transmettre et de transférer tout ce qu’il voit et d’échanger avec toutes les chaînes décisionnaires ». La sergent-chef est associée à trois autres opérateurs de surveillance aérienne. Ce qui lui plaît, c’est le caractère « indispensable » des liaisons de données : « Aujourd’hui, la guerre est en réseaux, elle se diffuse par tous les moyens techniques possibles et imaginables ». C’est « toucher cette pointe de technologie qui évolue sans cesse », excluant de fait toute notion de routine. « Il faut toujours être à la recherche, savoir comment on va travailler et s’adapter pour entrer en connexion. »
Les journées sans vol se décomposent en briefing, météo, plateforme, état de l’avion, avant que chacun ne regagne son bureau et s’attelle à ses tâches annexes. La sergent-chef R. fait partie de la cellule tactique, chargée de rechercher et de collecter la documentation relative aux prochaines missions. « Si nous avons un vol de prévu le lendemain, la journée précédente sera consacrée à la préparation, avec de nombreuses réunions pour se coordonner et avoir la vision la plus claire possible de ce qu’on aura à faire le lendemain ». Le jour du vol, le briefing se fait deux heures avant le décollage. (1) Une fois l’équipage embarqué, la sergent-chef refait un briefing sécurité et « après c’est parti ». Et quand les conditions sont optimales, « la mission peut être très longue », confie-t-elle dans un sourire.
La modernisation à mi-vie des AWACS va offrir un confort visuel accru pour la link manager. « Mon poste ne change pas fondamentalement, mais au niveau visuel ce sera plus agréable, notamment pour les missions longues ». Il va tout de même falloir se familiariser avec le nouveau système, d’autant que la sergent-chef est également chargée de former, elle va donc devoir s’auto-former afin de transmettre ses connaissances par la suite.
Affectée à l’escadron depuis trois ans, la link manager a encore « quelques belles années » devant elle. Si le temps moyen passé sur AWACS est d’environ sept ans, des évolutions restent possibles en passant du côté de l’instruction. « Sinon, je retournerai peut-être en CDC pour transmettre les connaissances que j’ai acquises sur l’avion. » La boucle serait alors presque bouclée.
(1) Voir à ce sujet l’article du 18 avril 2014, une journée avec l’EDCA 00.36 « Berry » : En vol avec un AWACS de l’armée de l’air








