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Le Journal de l'Aviation » Industrie aéronautique » En vol dans les bras de Morphée

En vol dans les bras de Morphée

Helen Chachaty Helen Chachaty
7 décembre 2015
dans Défense & Espace

BA 125 d’Istres, 13h25. Un C-135FR de l’armée de l’air décolle avec à son bord une trentaine de personnels, douze brancards – dont deux configurés pour accueillir des patients nécessitant des soins intensifs – des réserves d’oxygène ainsi que du matériel médical. La mission de l’après-midi consistera à prendre en charge un personnel blessé par balles, un autre nécessitant une injection de morphine, un troisième souffrant d’un manque d’oxygène. L’équipe embarquée va ainsi mettre en œuvre le module MORPHEE, un MOdule de Réanimation pour Patient à Haute Élongation d’Évacuation.

L’exercice semestriel doit permettre de « faire prendre conscience des difficultés liées au milieu aéronautique » à des personnels susceptibles d’être déployés sur ce type de mission, comme l’explique le médecin-chef Laurent, rejoint par le major « Jeff », formateur : « C’est plus un accompagnement qu’une évaluation, ce ne sont pas les compétences techniques qui sont évaluées, on est bien plus dans un processus de réflexion sur l’adaptation des connaissances et des compétences à une prise en charge dans un environnement hostile, un espace restreint ».

Ainsi, il s’agit moins d’évaluer de manière formelle les médecins anesthésistes-réanimateurs, infirmiers, infirmiers-réanimateurs et autres personnels médicaux, mais bien plus de les préparer à une éventuelle évacuation, voire de « recycler » leurs compétences et leurs connaissances dans le domaine. Ils sont ainsi mis en situation afin d’analyser leurs capacités d’adaptation, de communication, de leadership. « On n’y met pas des newbies [des nouvelles recrues, NDLR] », précise le major Jeff, « c’est une formation d’expert », les gestes et techniques à mettre en œuvre étant d’autant plus compliqués à effectuer dans un avion en vol.

Les stages Morphée ont lieu deux semaines par an et comprennent en général deux vols par semaine. Pour la session d’automne de cette année, le premier vol a eu lieu avec sept personnels de la Luftwaffe, trois médecins et quatre infirmiers, pour la seconde fois depuis 2012. Une occasion supplémentaire de travailler l’interopérabilité et la coopération internationale : « Dans le cadre de l’EATC [European Air Transport Command, NDLR], il est arrivé qu’il y ait parfois des équipes mixtes, mais ça peut aussi être assez utile si on doit transporter un blessé allemand par exemple », précise le médecin-chef Laurent.

Si l’Allemagne a pour sa part un A310 MRTT entièrement dédié aux évacuations aéromédicales, la France doit quant à elle « monter » le module Morphée à bord d’un C-135, en fonction des besoins. Kits de climatisation, oxygène supplémentaire, modules de réanimation, brancards, matériel médical, tout doit être chargé, intégré, fixé dans la soute du ravitailleur.

Une heure après le décollage, les différentes équipes reçoivent les informations sur les missions qui les attendent. Les visages sont concentrés et attentifs. Pendant que le tanker survole le Mont-Blanc, les personnels font le tour du matériel et se préparent.

Première mission : une évacuation « rôle 2 », cinq blessés par balles, des constantes relativement bonnes. Le mannequin de formation, « Jean-Jacques », est pris en charge par une équipe de trois personnels, dont une médecin. Les constantes baissent, l’équipe s’agite, cherche le matériel dans les nombreux tiroirs de rangement, le stress est palpable, malgré la précision des gestes. Le cas s’arrête, le patient est stabilisé.

Le débriefing se fait « à chaud », avec le formateur, « qui doit être extrêmement bienveillant », précise le major Jeff. « Ce n’est pas simple d’agir dans ces conditions, ce n’est pas une habitude de travail qu’on peut avoir dans les hôpitaux militaires, il n’y a pas le même espace, d’où l’intérêt de maîtriser le matériel et son emplacement. » Ce qui ressort de cette analyse de cas, c’est le problème de communication, qui a été omniprésent durant les 15 minutes qu’a duré l’exercice. « A l’hôpital, on se voit, on se comprend, là on n’entend pas tout, il faut être réactif et observateur, ce n’est pas évident », expose une « flight nurse ». Tout le monde est en effet équipé d’un casque, qui permet à la fois d’isoler le bruit, mais également de communiquer… quand l’acoustique est bonne. La médecin formule quant à elle d’autres difficultés : « On était peut-être trop nombreux, pas assez bien positionnés, on se marchait dessus et on était parfois plusieurs à parler en même temps ». Là encore, il s’agit de pointer du doigt les éventuelles gênes auxquelles il faudra faire attention sur une vraie mission.

Pendant ce temps, à l’arrière de l’appareil, ça s’agite. Alors que le ravitailleur se trouve quasiment au-dessus de Paris, un patient, stabilisé, souffre néanmoins de douleurs importantes et doit recevoir une injection de morphine. Les gestes sont précis, mais compliqués, une fois de plus, par le manque de place et le fait d’être dans un avion en vol. Le débriefing met en avant le manque d’organisation et la recherche du matériel qui fait perdre du temps, tout comme l’adaptation parfois compliquée à l’environnement de travail, qui a même conduit les personnels à poser du matériel sur le brancard du dessous – une action impossible en cas de réelle évacuation.

« Tant qu’on n’est pas venu et qu’on n’a pas expérimenté, on ne se rend pas compte », analyse l’une des médecins présente pour la première fois. La difficulté, outre de s’occuper de « son » patient, est de « prendre les autres en compte et de ne pas les oublier ». Une de ses collègues, qui effectue le stage pour la troisième fois, note que les exercices sont devenus « beaucoup plus pratiques avec les cas concrets réalistes », avec une « vraie évolution en termes de formation ».

Le troisième cas concret met en scène un patient qui voit son taux de saturation en oxygène dans le sang baisser très rapidement, conduisant à une détresse respiratoire (=insuffisance respiratoire). L’affichage des constantes du mannequin est relié à la tablette de l’instructeur, qui peut ainsi changer les chiffres à sa guise. L’équipe va devoir mettre en œuvre un masque à oxygène, puis intuber, les constantes ne remontant toujours pas. Pendant que le « patient » se dégrade, un autre « faux blessé » s’agite et perturbe quelque peu le travail de l’équipe.

Le manque d’oxygène va conduire à une manœuvre plutôt périlleuse, une baisse subite d’altitude, afin de faire remonter le taux d’oxygène dans le sang. Le but de cet exercice est alors de faire prendre conscience de l’importance du travail d’équipe, qui doit ainsi parfois faire appel à une autre équipe, voire au directeur médical, qui sera lui chargé de prévenir l’équipage de l’avion de la nécessité d’effectuer une descente d’urgence.

Cette descente d’urgence permet « de récupérer rapidement une altitude où le corps humain est censé respirer normalement sans avoir besoin de masque à oxygène, une altitude où on ne risque pas d’aéroembolisme », explique l’un des pilotes du C-135FR. Il s’agit donc de descendre le plus rapidement possible, de passer d’un niveau 280-300 à un niveau 100. En termes de pilotage, il faut d’abord réduire la vitesse, puis sortir le train ainsi que les aérofreins. « La vitesse est réduite à 280 nœuds, avec les traînées sortis, l’avion a un taux de descente assez important, de l’ordre de 10 000 pieds par minute », détaille le pilote, qui ajoute que l’avion n’a pas pris la vitesse maximum, « pour ne pas fatiguer la cellule ». De même, la trajectoire a consisté à effectuer un « léger virage pour laisser le nez descendre et laisser l’avion accélérer vers sa vitesse maximale », sans pousser sur le manche. L’assiette peut atteindre les 15° en descente, qui diminue au fur et à mesure de la descente, pour rejoindre les 10°.

A la question de savoir ce qui change pour l’équipage du tanker déployé en mission Morphée, l’un des pilotes – qui a participé à la seconde d’entre elles en août 2008 suite à l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan – répond qu’il faut avoir une conscience plus aiguë du fait « qu’on a des gens qui ne sont pas en bon état derrière ». Le pilotage se fait de manière « la plus souple possible », notamment pendant les phases de décollage et d’atterrissage.

Le ravitailleur est de retour sur la base d’Istres en fin d’après-midi, après avoir survolé la France, des Alpes et du Mont-Blanc au Massif central, en passant par Genève, le lac Léman, Dijon, Paris et le Loiret. L’exercice s’achève par un débarquement d’urgence depuis les toboggans à l’arrière. Pour le major « Jeff », la formation s’est bien passée, « tous les objectifs ont été atteints », conclut-il. « Ils ont pris conscience du milieu, puisque maintenant ils l’ont vécu, ils ont également pris en compte les difficultés et les axes d’amélioration, c’est ce qui fait la force de cette formation ». Le temps de se rassembler, les personnels partent se reposer, avant une dernière journée de stage.

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