Si la BAP (Base aérienne projetée) évoque plutôt des terrains d’opérations lointains tels que la Jordanie, c’est pourtant bien à quelques kilomètres de Paris qu’une telle base a commencé à « sortir de terre » dès la mi-octobre, afin d’assurer la partie aérienne du dispositif de sécurité de la COP21. Le DPSA (Dispositif particulier de sécurité aérienne) est ainsi effectif depuis le 30 novembre et ce, jusqu’au 13 décembre prochain, 24h/24. Il s’agit ainsi de protéger de toute menace l’ensemble des bâtiments qui abritent la COP21, mais aussi plus largement toute une zone d’engagement, qui s’étend sur une grande partie de l’Île-de-France et au-delà.
Un total de 650 personnels est mobilisé pour mettre en œuvre ce DPSA, 60% d’aviateurs, des personnels de l’armée de terre, ainsi que quelques marins. A titre d’exemple – parlant -, 60% des personnels des escadrons de défense sol-air sont engagés sur le dispositif, avec 35% de leur matériel. Une preuve supplémentaire de la tension qui règne sur les effectifs, qui travaillent d’ailleurs « en bordée », comme ils l’ont expliqué au chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, venu visiter la BAP avec le CEMAA le général André Lanata.
Les moyens matériels déployés par l’armée de l’air comprennent entre autres un avion de détection et de commandement aéroporté E-3F AWACS, des avions Epsilon, « un certain nombre d’hélicoptères en alerte », des avions de chasse, ainsi que des moyens de défense sol-air type Crotale NG et SAMP/T, « des moyens d’intervention adaptés à toute menace », selon comme l’indique le général Borel, à la tête du CDAOA (Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes). Si l’AWACS n’est pas présent de manière permanente et opère selon des « créneaux d’efforts », les chasseurs ont quant à eux été « un peu, voire beaucoup rapprochés » de la zone. En revanche, pas de drone MALE Harfang, en raison de la mauvaise météo. Des drones de la police et de la gendarmerie ont en revanche été déployés pour l’occasion.
La zone d’engagement comprend également plusieurs sites sur lesquels sont mis en place les moyens de défense sol-air, ainsi qu’une dizaine de postes de guet à vue pour la détection de drones, armés de fusils d’une portée d’une centaine de mètres. Deux « cercles » ont été formés pour la détection, un cercle « périphérique » pour l’alerte avancée, un cercle « périmétrique » pour la détection et l’intervention, afin de permettre de réduire la menace des drones au maximum.
Pour la partie aérienne à proprement parler, une cellule de coordination de l’activité aérienne est en relation avec la préfecture, en charge de la protection au sol, mais également avec la DGAC et le CNOA. « C’est un gros dispositif de coordination, pas toujours simple à gérer, notamment car les aéroports restent ouverts et qu’il y a donc tout le trafic aérien civil à prendre en compte sur la zone », expose le général Borel.
Les 650 militaires déployés sur ce DPSA ont eu accès à un bâtiment désaffecté du CFA des métiers aériens, cependant largement insuffisant pour abriter toute la partie soutien. Des douches et des sanitaires de campagnes ont été mis en place à l’extérieur, ainsi que des machines à laver et des tentes d’hébergement en nombre important. La partie restauration se trouve dans un ancien hangar de Thales, qui fournit chaque midi et chaque soir 500 repas servis… dans des assiettes en plastique. L’effet COP21 s’arrête là où commencent les contraintes matérielles, qui n’ont visiblement pas permis de mettre en place un système de vaisselle satisfaisant.
Le dispositif fait véritablement appel à des compétences et une mise en place qu’on retrouve habituellement sur les terrains d’opérations extérieures. Les personnels du GAAO (Groupement aérien d’appui des opérations) et du service du commissariat des armées sont à pied d’œuvre depuis le mois d’octobre. « On entre toujours en premier et on repart toujours en dernier », explique le capitaine Thierry, du détachement GAAO. « Ça nous apporte de bons RETEX, pour être encore plus réactifs sur un théâtre extérieur. C’est aussi l’occasion de s’aguerrir, de confirmer les compétences. » Egalement déployés en amont, les personnels SIC de la base d’Evreux sont présents depuis le 2 novembre, accompagnés d’un marin de la DIRISI. « Le plus long, c’est la définition de l’architecture », explique l’un d’eux. Un travail important de mise en place de réseaux de communication salué par un CEMA qui a reconnu « qu’on ne remercie jamais assez les SIC-men ».
Les personnels du 25ème RGA (Régiment d’artillerie de l’air) ont aussi apporté leur concours, notamment pour l’installation de tapis de stabilisation sur les terrains qui accueillent les équipements sol-air. Plombiers, électriciens, motoristes, pompiers, médecin, infirmier, autant de métiers indispensables au bon fonctionnement de la BAP, siège d’une véritable « opération intérieure » (OPINT), qui dure de deux semaines à deux mois, en fonction des métiers.
Si le déploiement et la mise en place de la BAP a débuté un mois et demi avant le lancement du DPSA avec une vingtaine de personnels, le démontage devrait quant à lui être beaucoup plus rapide. Une trentaine de militaires vont être affectés au rangement et au démontage des installations, avec l’objectif de quitter le terrain pour le 18 décembre, « histoire d’être de retour pour les fêtes », comme l’indique un aviateur. Un défi logistique, qui sera notamment rendu possible par l’utilisation de la base de Creil comme « base de transit », afin d’y stocker les matériels qui pourront être rapatriés un peu plus tard.








