Nous avons profité du salon JEC World pour aller à la rencontre de Benjamin Saada, CEO et fondateur de Fairmat. Cette pépite de la deeptech française vient en effet s’attaquer à l’immense marché potentiel du recyclage des matériaux composites. La jeune société que nous suivons régulièrement depuis sa création, vise une capacité initiale de 5000 tonnes de matériaux recyclés par an. Mais Fairmat se tourne maintenant vers les pièces en composites des appareils en fin de vie, avec un important contrat de R&D signé avec Tarmac Aerosave qui pourrait bientôt se transformer en accord commercial. Entretien.
Vous avez annoncé un certain nombre de contrats liés au secteur aéronautique durant le salon JEC World ?
Le salon du JEC est un salon très important pour nous. C’est un véritable jalon pour la société Fairmat, car nous y avons annoncé une série de contrats dans l’aéronautique. Nous avons commencé avec des contrats de collaboration R&D avec Dassault Aviation, pour leur site de Biarritz qui est spécialisé dans les composites, avec Duqueine Group qui est une société implantée dans la région Rhône-Alpes et qui est un sous-traitant aéronautique pour les composites, et nous avons officialisé un accord avec Tarmac Aerosave pour traiter les pièces en composites issus du démantèlement des avions lors de leur fin de vie.
Avec Tarmac Aerosave, la fin de vie est une nouvelle direction pour vous après les chutes industrielles ?
La mission de Fairmat, c’est d’apporter une solution globale au problème mondial des déchets en fibre de carbone. Ces déchets, nous les retrouvons dans deux sources principales. D’abord par le canal lié aux chutes de production. Il faut savoir que l’industrie des composites génère des chutes, à l’image du secteur du textile. Il y a ensuite le canal lié à la fin de vie, qui représente en fait 90% des déchets composites pour les 50 prochaines années. Dès le début de la société, nous avons travaillé sur les deux thématiques. Certes, il y en a une qui est arrivée plus vite que l’autre, avec les déchets industriels, mais la problématique de la fin de vie n’est pas nouvelle pour nous. Et cette problématique est à l’honneur avec la signature du contrat avec Tarmac Aerosave pour mettre place la filière avec une solution qui permettra de traiter d’une manière écologique les déchets en fin de vie. Tout l’enjeu n’est pas de recycler le carbone et de traiter la fin de vie, mais de le faire de façon écologique.
Les besoins au niveau du recyclage des pièces d’avions en composites se font de plus en plus pressants ?
Tarmac Aerosave est positionné comme un démanteleur d’avions commerciaux de premier rang et a une politique environnementale très élevée. C’est une société qui est issue de trois grands groupes renommés, Airbus, Safran et Suez, avec le but d’avoir une réponse à la hauteur des attentes au niveau de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Et pour l’aéronautique, il y a des hautes attentes. Tarmac Aerosave est une entreprise très impressionnante, car elle a mis son approche RSE au coeur de ses opérations. Et pour ce qui est des composites, elle n’avait pas de solution industrielle pour le traitement des déchets. Cela a été naturel pour nous, et je pense pour eux aussi que nous ayons eu cette discussion pour donner naissance à ce contrat très rapidement finalement, dans le but de recycler leurs produits.
La crise a malheureusement définitivement cloué au sol un certain nombre d’A380, est-ce aussi l’une des raisons ?
Ce qui est sûr, c’est que la crise aéronautique a accéléré la transition vers des avions moins polluants. De toute façon, les générations d’avions précédentes, et c’est tant mieux pour la planète, risquent d’avoir une durée de vie plus courte, car le cours du carburant augmente, mais aussi parce que les passagers sont aussi de plus en plus attentifs à l’empreinte environnementale de leur transport. La crise vient accélérer la mise au rebut d’un grand nombre d’appareils, souvent pour des raisons économiques, mais éventuellement aussi pour des raisons écologiques. Le besoin d’avoir des solutions durables et écologiques pour la fin de vie de ces appareils est d’autant plus grand que le nombre d’avions à recycler va être important. L’A380 est l’un des premiers programmes commerciaux à utiliser de façon significative la fibre de carbone, certes avec une moindre proportion que pour l’A350, mais c’est déjà énorme en volume. Effectivement, nous sommes ravis d’être un rouage de la solution du traitement de ces avions.
Certaines de ces pièces peuvent représenter de gros volumes, et de très grandes dimensions. Est-ce que cela pose des défis ?
Fairmat est une société qui recycle. Pour nous, le défi, c’est de récupérer des pièces ou des matériaux à base de fibre de carbone et de les transformer de manière écologique dans un nouveau matériau qui est utilisable par diverses industries. Le volume des matériaux à recycler depuis 30 ans est largement supérieur à ce que pourrait supporter une industrie en circularité réduite comme l’aéronautique. Ce sont des volumes beaucoup plus importants. Et ça c’est le métier de Fairmat. La problématique des pièces de grande dimension en revanche, ça c’est la problématique des sociétés de démantèlement comme Tarmac Aerosave. Elles veulent récupérer les pièces et les valoriser sous la forme d’upcycling, de downcycling, puis vient ensuite le métier de découper, séparer les matériaux pour que chaque filière puisse venir récupérer la matière qui la concerne. Le découpage, la mise au format, la logistique, c’est en effet un challenge, mais c’est un challenge de filière. Nous nous situons en fin de chaîne. Pour ce qui est de la taille des pièces, nos machines pourront accueillir des éléments avec une dimension caractéristique pouvant aller jusqu’à 1,5 mètre.
Le démantèlement va également engendrer une diversité de pièces d’origines très différentes…
Nous ne sommes pas une société de collecte ni un démanteleur, mais en revanche, traiter la complexité d’une pièce en fibres de carbone, avec le fait qu’il puisse y avoir une dizaine de plis différents, des fibres de carbones différentes, des technologies de dépose différentes, ça c’est notre métier et c’est là où nous sommes excellents. Nous le faisons par des méthodes d’apprentissage. Nous choisissons des technologies de robotisation, commandes et asservissement, qui sont capables d’apprendre et de progresser en autonomie, et de reconnaître les pièces et leur complexité au fur et à mesure. C’est vraiment notre métier.
Pourquoi avez-vous choisi d’implanter Fairmat en région Loire-Atlantique ?
Nous avons choisi Bouguenais pour plusieurs raisons. La première, c’est que le site que nous occupons a malheureusement dû fermer à cause du covid, avec la baisse des cadences du programme A350. Il nous a semblé tout à fait naturel que nous commencions à recycler l’usine dans laquelle nous allions ensuite recycler les matériaux. Ensuite, la région Pays de la Loire est évidemment stratégique pour le composite. Nous y avons l’industrie aéronautique bien sûr, mais aussi l’industrie nautique et de nombreuses start-ups industrielles dans d’autres secteurs comme le vélo. De plus, nous sommes aussi assez proches géographiquement des zones portuaires, ce qui nous permet d’envisager différents échanges à l’international à partir de ce site.









