Le Journal de l’Aviation a profité du salon MRO Asia-Pacific organisé début novembre à Singapour pour s’entretenir avec Thierry Tosi, vice-président et directeur général de la division Service Solutions de Rockwell Collins. L’occasion de revenir en détail sur les activités MRO de l’équipementier américain en Asie et sur sa vision concernant les évolutions dans la région. Entretien.
Quelle est la présence de Rockwell Collins en Asie-Pacifique au niveau des services ?
Rockwell Collins a une présence très importante en Asie-Pacifique, avec plus 200 personnes travaillant au niveau des services. Nous avons notre centre de Singapour, notre hub pour les réparations dans la région. Nous avons aussi une joint-venture avec China Eastern à Shanghaï, qui s’occupe des réparations pour les besoins du marché chinois. Nous disposons aussi d’un autre centre de réparation à Sydney, mais celui-ci est principalement dédié aux produits utilisés pour les besoins militaires australiens. Le centre de Singapour réalise aussi des réparations pour la défense, mais l’essentiel de son activité est tournée vers l’aviation commerciale.
Quelles sont les évolutions que vous avez constatées pour votre activité en Asie ?
Nous avons beaucoup d’activité liée aux besoins du transport aérien bien sûr, avec un marché en pleine croissance en Asie. Au premier semestre 2017, le trafic passager progressait de 11%, soit plus du double du PIB de la région projeté à 5.6% pour 2017. Nous observons évidemment de fortes évolutions du trafic passagers mais aussi de fortes évolutions au niveau du trafic cargo dans la région et notamment en Chine avec le développement des livraisons des colis à domicile avec les commandes par Internet. Des sociétés comme Amazon connaissent une très forte croissance aux États-Unis, mais ce secteur connait aussi une très forte croissance en Chine, avec des taux de croissance de l’ordre de 20% via des services comme Alibaba par exemple.
Ces forts taux de croissance, tant du côté transport de passagers que du côté fret, génèrent pour nous une croissance correspondante dans la région au niveau des services. Plus les avions volent et plus les matériels ont évidemment besoin d’être réparés ou upgradés. En parallèle, nous avons constaté une utilisation accrue des avions d’affaires, également liée aux bonnes performances économiques de la région. Au niveau mondial, la croissance n’avait été que de 1% en termes de taux d’utilisation des avions d’affaires en 2016, alors qu’elle affiche une croissance de 4 à 5% fin 2017.
Cette augmentation de l’utilisation des avions d’affaires implique aussi une augmentation des services, que ce soit pour remplacer des « boites » sur avion, des réparations, ou des upgrades. Il y a par exemple de nombreux opérateurs d’avions d’affaires en Asie qui, pour pouvoir se rendre aux États-Unis, doivent rendre leurs avions compatibles avec la réglementation ADS-B. Tout cela créé une activité particulièrement dynamique dans la région.
Nous voyons aussi une hausse des besoins du côté militaire liée à des contextes géopolitiques instables, par exemple avec la situation autour de la Corée du Nord en Asie. Les différents gouvernements s’équipent de matériels, par exemple des bancs de test, pour être plus indépendants en cas de conflit. Ils font aussi plus voler leurs avions pour avoir des pilotes qui sont prêts au combat. Tout cela, combiné avec une baisse de cours du carburant, entraîne une augmentation des besoins en maintenance.
Le taux de pénétration de Rockwell Collins est-il particulièrement important sur la flotte en Asie ?
Oui, nous avons une part de marché importante en Asie. Tout d’abord en équipant de nombreux appareils long-courriers, avec une forte présence sur le Boeing 787. Nous avons aussi une très forte présence sur l’A350 qui a été commandé par de nombreux clients asiatiques, dont Singapore Airlines par exemple avec qui nous avons signé récemment un accord de maintenance. Il s’agit d’un programme baptisé Dispatch 100 qui couvre les réparations et les pièces détachées, le tout facturé à l’heure de vol. Nous fournissons aussi, bien sûr, du support engineering et du management de programme pour nous assurer qu’il y a toujours des pièces de rechange au bon endroit pour leurs appareils. Nous sommes aussi présents sur la maintenance des B787 de la flotte de Scoot et nous avons de très nombreux contrats en Chine avec différents opérateurs. En ce qui concerne les appareils moyen-courriers A320 et B737 MAX pour lesquels les équipements sont davantage BFE, c’est à dire au choix des clients, nous avons aussi un taux de capture très important en Asie, supérieure à 75%. Cela fait que nous sommes représentés auprès de presque toutes les compagnies aériennes de la région.
Singapour et aujourd’hui le plus important cluster de maintenance dans la région, mais d’autres projets apparaissent aussi en Malaisie, en Thaïlande ou en Indonésie. Cela intéresse Rockwell Collins ?
Nous regardons évidemment tous ces projets, mais notre hub maintenance c’est Singapour. Notre centre de réparation dispose de techniciens hautement qualifiés, très professionnels. Ce centre est parfaitement dimensionné et est très bien chargé en termes de volume d’équipements qui rentrent et qui sortent. Le taux d’activité de ce centre est très bon et nous n’avons pas aujourd’hui l’intention de changer d’endroit. C’est aussi un hub qui est très bien positionné au niveau logistique et c’est notre quartier général pour l’Asie-Pacifique. Nous avons aussi notre joint-venture en Chine, ce qui nous permet de couvrir toute la région de façon très efficace. Nous disposons aussi, à Singapour, de l’un de nos trois pools mondiaux pour couvrir les besoins de compagnies aériennes qui sont implantées dans toute la région. Cela permet d’offrir un service de proximité combiné avec un service de maintenance intégré pour ceux qui choisissent ce type de contrat avec nous.
Le centre MRO de Shanghaï va t-il lui aussi être amené à se développer ?
Oui bien sûr, au fur et à mesure que les avions de nouvelle génération arriveront en Chine, notre joint-venture avec China Eastern évoluera en fonction des besoins en réparations. Nous avons aussi d’autres joint-ventures en Chine, mais qui sont positionnées sur des développements de produits, par exemple pour le C919 de COMAC, dans les HUD ou dans le domaine de la simulation et du training. L’Asie est une région stratégique pour Rockwell Collins. C’est celle qui affiche le plus fort taux de croissance. C’est un marché en pleine évolution qui n’a pas fini de nous surprendre, en notamment en Chine. Pour nous, l’objectif est de garder notre part de marché, nous étendre à de nouveaux clients, tout en maintenant un niveau de satisfaction client exceptionnel. En terme d’Indice de satisfaction clientèle, nous sommes d’ailleurs classés numéro un chez Boeing et numéro deux chez Airbus, tout en étant aussi en première position dans le Customer Support. Nous sommes aussi numéro un chez Bombardier. Et bien sûr nous combinons cette qualité de service avec des résultats opérationnels qui sont très bons. C’est quelque chose d’assez unique.








