Le GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) organisait ses traditionnels voeux à la presse la semaine dernière. C’est à cette occasion que nous sommes allés à la rencontre de Patrick Daher, Président du Groupe des Équipements Aéronautiques et de Défense (GEAD) du GIFAS et président du conseil d’administration du groupe Daher. Patrick Daher est également le Commissaire Général du prochain salon du Bourget. Entretien.
Nous avons connu de très grands rapprochements chez les équipementiers l’année dernière, avec UTC-Rockwell Collins ou encore Safran-Zodiac. Pensez-vous que cette tendance va amener d’autres acteurs à faire de même en France ?
Nous avons vu de grands mouvements qui ont été faits sur de très grandes entreprises, Safran-Zodiac, même chose du côté américain. Ce sont des événements qui ont commencé à bouleverser très largement la supply chain. Nous-mêmes, avec le plan Ambition PME-ETI mené par le GIFAS pour aider ce type d’entreprises à réfléchir à leur vision stratégique, c’est-à-dire à réfléchir à ce qui est en train de se passer sur la supply chain. Ce plan doit aussi nous amener à augmenter les rapprochements possibles entre des acteurs dans le futur.
La supply chain française est la deuxième au monde après celle des États-Unis, mais c’est une supply chain ancienne, datant de l’après-guerre, et qui est géographiquement fragmentée. En face de nous, nous avons des pays émergents avec des industriels qui sont assez souvent largement subventionnés par leurs États et qui vont créer de toutes pièces une industrie. Cela veut dire qu’ils disposeront d’une industrie moderne et qui affichera l’inverse de cette fragmentation que nous connaissons en France, en créant des gros blocs.
Pour pouvoir nous maintenir à la deuxième place mondiale dans la chaîne des fournisseurs, il faut que nous préparions nos entreprises à cela. Et donc il va falloir que nous ayons un corpus de grosses ETI, plus importantes en nombre à ce que nous avons aujourd’hui. Ceci est bien entendu réalisé avec l’accord des donneurs d’ordre, avec le soutien des équipementiers, mais aussi avec l’accord des PME. Il faut que nous arrivions à avoir un corpus de grosses entreprises. Je parle ici d’entreprises affichant un chiffre d’affaires de l’ordre de 100 millions d’euros.
L’absence de nouveau programme pèse-t-elle toujours sur les prix au niveau de la supply chain ?
Alors comme dans tout verre, il y a le verre à moitié plein et le verre à moitié vide. Le fait qu’il n’y ait pas de nouveau programme, en dehors des remotorisations, etc…, fait que nous accélérons le transfert de l’industrie. Je vais utiliser le terme d’artisans pour définir ces entreprises qui sont en permanence en train de courir derrière l’innovation, derrière de nouveaux process et derrière de nouvelle technique, et donc qui n’ont pas acquis la maturité d’un secteur industriel. Nous accélérons ce phénomène de maturité industrielle et elle est indispensable. Si nous voulons nous inscrire dans le futur, il faut que nos entreprises aient des process industriels extrêmement robustes. Nous avons malheureusement constaté, avec les montées en cadences de ces 24 derniers mois, de gros accidents de parcours sur ce manque de maturité industrielle.
Mais cette maturité industrielle a aussi une contrepartie, et c’est le verre à moitié vide : toute industrie, lorsqu’elle devient mature, doit faire chuter ses coûts et redevenir compétitive. Nous équipementier, nous PME, nous ne nous demandons pas si nous sommes en train de nous transformer sur le plan industriel ou si nous sommes en train d’être forcés à baisser nos coûts, peu importe, c’est une tendance de fond et c’est une tendance normale et naturelle que nous acceptons, même si individuellement il peut nous arriver de râler en face de l’acheteur.
Nous constatons une demande forte émanant de certains pays, notamment la Chine et l’Inde, pour la création d’implantations locales pour la maintenance d’équipements. Pensez-vous que les équipementiers français vont répondre à cette demande ?
La réponse est oui, et pas que dans une logique de maintenance. C’est aussi vrai sur les équipements neufs. Nous avons d’immenses marchés comme la Chine et comme l’lnde que vous avez cités. Et nous, filière française, nous aurons besoin de nous installer dans ces pays, à la fois pour les équipements neufs, mais aussi pour assurer leur entretien.
Comment se présente cette nouvelle année pour Daher et son pôle aéronautique ?
Daher se porte bien. Nous devrions dépasser 1,2 milliard de chiffre d’affaires. Sur la partie Aviation avec la famille TBM, notre fleuron dans l’entrée de gamme de l’aviation d’affaires, nous avons réalisé trois exercices plutôt bons, assez largement supérieurs à ce que nous avions connu dans le passé et ceci grâce à de nombreuses innovations, avec pratiquement un nouveau modèle de TBM tous les deux ans. Ça marche pas mal. Nous en avons vendus encore cinquante l’année dernière.









