Il y a un an EDEIS faisait une entrée remarquée dans le monde aéroportuaire français en reprenant les activités de la société canadienne SNC-Lavalin. Jérôme Arnaud, directeur général adjoint d’EDEIS et responsable de la division Management d’Infrastructures, revient pour Le Journal de l’Aviation sur le chemin parcouru et expose les axes de développement pour 2018 et au-delà.
Lorsque EDEIS a repris les activités de SNC-Lavalin l’année dernière, Jean-Luc Schnoebelen avait expliqué que l’activité aéroportuaire était rentable et que l’objectif allait être d’améliorer encore cette rentabilité. Où en êtes-vous ?
Non seulement c’est engagé mais c’est réalisé. Nous avons connu une belle croissance du trafic – de 8% sur le trafic passagers sur tout le réseau (1,6 million de passagers) – et nous avons compté 255 000 mouvements en 2017. La croissance se fait surtout par l’innovation et la diversification des recettes. Par exemple, en 2017, nous avons beaucoup développé le volet événementiel qui est générateur d’importants revenus. C’est dans ce cadre que s’inscrit le partenariat avec la FFA : la fédération veut faire voler ses adhérents et nous voulons les accueillir et valoriser les territoires pour le compte des collectivités. Nous allons organiser plus de 30 fly-in dans les aéroports cette année pour amener les pilotes d’aviation générale à les fréquenter davantage et à aller aux grands événements locaux – comme le printemps de Bourges ou les magasins d’usine à Troyes. Nous avons un patrimoine délégué extrêmement important et atypique, donc nous le valorisons. L’événementiel et l’immobilier font partie des axes d’amélioration, notamment sur la partie française. En fait, nous voulons couvrir tous les services de l’aéroport : les parkings, l’immobilier, le carburant, l’assistance en escale etc.
Il avait également parlé d’intégrer deux aéroports par an en moyenne, est-ce toujours un objectif ?
C’est toujours l’objectif, même s’il pourra y avoir des années où il y en aura cinq ou six et des années un petit peu moins. Il y a eu Aix-les-Milles et Bourges l’année dernière. Actuellement, nous travaillons sur un programme extrêmement dense d’appels d’offres qui pourront amener la société à avoir dès 2019 cinq ou six aéroports supplémentaire, principalement sur le territoire français.
Quels vont être les grands axes d’investissements cette année ?
2018 sera une année de grands investissements, à hauteur de 30 millions d’euros. Ils porteront sur trois grands chantiers : Mayotte, Francazal et Saint-Martin.
A Saint-Martin, nous prévoyons des travaux d’allongement de la piste. L’aéroport est opérationnel, il y a juste eu quelques dossiers à traiter à la suite du passage des cyclones, notamment refaire la clôture de l’aéroport et réparer la toiture de l’aérogare.
A Francazal, c’est un programme de 10 millions, annoncé en septembre, qui consiste à refaire toute l’étanchéité des toitures des vieux hangars militaires et à rénover un bâtiment pour loger l’ingénierie d’EDEIS, le parking avion, les taxiways et la piste. Francazal est un vrai succès pour nous : nous allons signer le dernier hangar disponible avant la fin du mois et un en reste un autre qui est à moitié disponible mais que nous gardons pour l’aviation d’affaires et les avions de passage. Sinon, pour l’aspect aéronautique, nous n’avons plus de place. Sur l’aspect non aéronautique, nous avons rempli beaucoup d’espaces et ceux qui restent ne sont pas très appropriés à la demande du marché. Nous pensons à réaménager une parcelle de quatre hectares et y construire ensuite des bâtiments pour accueillir une zone d’activité.
A Mayotte, il s’agit d’installer des lits d’arrêt, les EMAS [Engineered Material Arresting System, ndlr], pour pouvoir arrêter les avions si jamais ils sortent de piste. Comme il n’y a pas la surface nécessaire pour les RESA [aires de sécurité d’extrémité de piste, ndlr], il faut mettre une chaussée particulière sur une surface un petit peu plus courte. Cela représente un investissement de 13 millions.
Qu’est-ce qui a nécessité l’intervention du SCARA ?
C’est justement cette histoire de lits d’arrêt. L’aéroport est passé sous certificat européen l’année dernière et dans la réglementation européenne, il est dit que, au-delà de la piste, il faut 300 mètres de prolongement du dégagé. Or à Mayotte, nous n’avons pas ces 300 mètres puisqu’il y a la mer au bout de la piste. Il fallait trouver des moyens de substitution. L’un de ces moyens, c’est de mettre en place des lits d’arrêt. Sinon, il aurait fallu raccourcir la piste de 300 mètres et, là, les long-courriers ne pouvaient plus se poser.
Le SCARA est intervenu parce que ce sont les compagnies qui paient. Le SCARA représente notamment Air Austral, qui propose des vols réguliers en 787, et c’est donc avec lui que nous avons discuté la hausse des tarifs. Cela a été un travail assez long, de plusieurs mois, et nous avons trouvé un accord sur une forte augmentation tarifaire. Les compagnies aériennes ont consenti un effort important et nous n’avons pas demandé d’autres efforts. Quand je dis qu’il faut améliorer la rentabilité de la business unit, c’est vraiment sur d’autres activités, nous ne voulons pas mettre une trop grande pression sur les compagnies aériennes. Nous sommes là pour leur trouver des solutions et diversifier l’activité.
Pour quelles autres plateformes voyez-vous un potentiel de développement intéressant ?
Dijon a un vrai potentiel sur l’aviation d’affaires, la Bourgogne est un marché très porteur pour ce secteur. Nous avons eu une très belle croissance l’année dernière, de plus de 25%, ce qui est assez exceptionnel. Il y a un parc immobilier important, qui est un petit peu moins attractif que sur ce haut lieu de l’aéronautique qu’est Francazal, mais nous sommes en train de louer tous les espaces disponibles et nous réfléchissons à mettre en place des zones d’activité. C’est en cela que Dijon a un vrai potentiel. De plus en plus, les aéroports qui ont du terrain vont être extrêmement valorisés et c’est pourquoi nous nous renforçons beaucoup sur l’immobilier et nous voulons proposer une nouvelle offre, que ce soit en hangars aéronautiques ou en parcelles d’activités.
Et pour Aix-les-Milles, le dernier aéroport que vous avez intégré à votre portefeuille ?
C’est un projet très intéressant car il y a tout à faire, c’est très stimulant pour nous. Il y a un vrai potentiel sur l’aviation d’affaires car nous sommes sur une zone très attractive, proche de la Côte d’Azur, la Camargue, la Provence, avec des résidences secondaires et des capacités hôtelières de bon niveau, et même en termes d’entreprises, la zone économique est très dense. Donc nous voulons développer les services pour l’aviation d’affaires pour qu’elle puisse venir sur site. Il y a toute une valorisation du domaine qui va être réalisée avec nos partenaires. Nous allons mettre deux ou trois ans pour nous lancer puis on sera sur une belle croissance de l’activité.










