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Le Journal de l'Aviation » Industrie aéronautique » Bourget 2023 : « Nous voulons susciter des vocations aujourd’hui mais aussi pour demain », Thierry Abad, directeur des opérations grand Sud du groupe Synergie

Bourget 2023 : « Nous voulons susciter des vocations aujourd’hui mais aussi pour demain », Thierry Abad, directeur des opérations grand Sud du groupe Synergie

Emilie Drab Emilie Drab
22 juin 2023
dans Industrie aéronautique, Les Interviews
© Synergie

© Synergie

L’un des axes de communication majeur des entreprises présentes au salon du Bourget se porte sur les besoins en recrutements du secteur. C’est dans ce cadre que le groupe Synergie participe de nouveau à l’événement, ayant un stand sur le salon du 19 au 25 juin, désireux de présenter toutes les opportunités qui s’offrent aux candidats potentiels et mettre en avant l’attractivité de ses métiers. Premier groupe français en termes de gestion globale des ressources humaines, Synergie est en effet également le premier prestataire dans l’industrie aéronautique, référencé chez l’ensemble des grands donneurs d’ordres. Thierry Abad, le directeur des Opérations Grand Sud du groupe, spécialiste dans le secteur de l’aéronautique, nous dresse le tableau du recrutement dans le secteur et évoque ses objectifs au Bourget.

Quel est le poids de l’activité aéronautique dans le groupe Synergie ?

L’aéronautique est le berceau de l’entreprise depuis sa création en 1969, le vaisseau amiral, et nous sommes leader en France. Nous voulons maintenir ce leadership dans le secteur, le renforcer et développer notre implantation à l’international – nous sommes actuellement présents dans dix-sept pays, en Europe, en Chine, en Australie et au Canada. La France et l’Allemagne sont deux pays moteurs pour l’aéronautique, mais c’est un secteur d’activité qui a une couverture géographique très importante, surtout lorsqu’on regarde aussi la supply chain.
Sur 2023, notre « atterrissage » se fera autour de 100 millions d’euros sur le secteur aéronautique [sur un chiffre d’affaires global de 3,2 milliards d’euros, ndlr].

Quels sont les besoins du secteur ?

C’est un secteur qui se porte très bien en termes de croissance. Il a souffert pendant le covid mais il a la chance aujourd’hui d’avoir une bonne visibilité, avec 29 000 appareils à livrer sur les prochaines années. Si l’on regarde juste Airbus, ce sont plus de 7 000 avions à livrer sur les dix prochaines années. C’est colossal et cela génère forcément des perspectives d’emploi, de recrutement, de carrière dans ce secteur d’activité. Le GIFAS annonce 17 000 recrutements en CDI en 2023. Au sein du travail temporaire, nous évaluons les besoins à près de 7 000 recrutements sur la même période.

Le secteur connaît-il des pénuries de profils ?

Oui et les pénuries concernent tous les métiers et tous les niveaux, des ingénieurs aux « cols bleus ». Nous avons aussi une grande pénurie sur les métiers intermédiaires, comme ceux de techniciens, car les jeunes sont de plus en plus souvent poussés à prolonger leurs études autant que possible. Pourtant, un technicien bac +2, bac +3, a des perspectives de carrière et d’embauche très rapide avec des salaires intéressants.

Participez-vous à la formation de candidats ?

Chez Synergie, nous avons prévu de former plus d’un millier de cols bleus sur 2023. Les besoins sont tellement colossaux que les établissements de formation ne suffisent plus et nous sommes obligés de nous appuyer sur la formation continue et de recourir à des prestataires. Plusieurs groupes de formation de dix à quinze personnes démarrent tous les mois, sur l’ensemble des bassins d’emploi. Ils durent trois mois, durant lesquels les candidats sont rémunérés, avant de pouvoir intégrer les chaînes d’assemblage, sur tous les métiers : ajusteurs-monteurs, mécaniciens structure, mécaniciens système, câbleurs, peintres, intégrateurs cabine… Sur le bassin toulousain, nous avons intégré près de 800 personnes sur les douze derniers mois. C’est un ramp-up colossal. Nous avons encore énormément de gens à recruter et à former.

On a beaucoup dit que l’image du secteur avait été abîmée avec la crise. Comment le rendre de nouveau attractif aux yeux des futurs candidats ?

Quand il y a un désamour, il arrive très vite. Cette crise sanitaire a cassé un élan, mais cela a été le cas dans tous les secteurs. Tout s’est arrêté du jour au lendemain, y compris pour des jeunes en cours de formation qui croyaient en des perspectives de carrière extraordinaires. Cela a été très dur. L’aéronautique est toujours un secteur d’activité qui fait rêver, c’est magique, c’est la haute technologie. Mais il réapprend à séduire et à communiquer sur l’attractivité de ses postes.
C’est difficile car nous sommes dans une situation où le taux de chômage est très bas donc les candidats sont moins nombreux, plus sollicités, il faut aller les chercher alors qu’ils venaient à nous auparavant.
Cela nous force à être imaginatifs, force de proposition. Nous devons surtout ouvrir le secteur à une population la plus large possible. Nous ne pouvons plus nous contenter du profil stéréotypé du candidat de 24 ou 25 ans, sortant d’une formation technique, avec une première expérience… Cela ne fonctionne plus.

Comment cela se traduit-il ?

Le premier sujet c’est la communication. Avant le covid, nous étions les seuls à faire des salons de l’emploi sur ce secteur ; ce n’est plus le cas. Mais surtout, nous allons chercher des publics qui étaient éloignés de ce secteur d’activité.
Il faut ainsi ouvrir le secteur aux femmes. Toutes les entreprises sont convaincues que la femme a toute sa place dans le secteur industriel aéronautique. En revanche, l’inverse n’est pas vrai : il reste des idées préconçues dans le cercle privé sur ce que doivent être les carrières des jeunes filles. Il nous faut donc communiquer pour inciter les femmes à se positionner sur ces métiers avec des perspectives extraordinaires. Synergie a par exemple mis en place des actions de recrutement et de sourcing dédiés aux femmes. Nous organisons chaque mois une manifestation en simultané sur tous les bassins aéronautiques, le Yes Day, pour présenter des métiers aux femmes, leur faire visiter des chaînes d’assemblage, des organismes de formation… Nous ne sommes même pas dans la discrimination positive, nous souhaitons simplement faire passer le message qu’il est possible pour une femme de travailler dans le secteur.
Nous élargissons également le panel en insistant sur une typologie de candidats qui étaient moins touchés auparavant. Nous mettons notamment en place des actions dans des quartiers prioritaires avec différents partenaires pour présenter les métiers, sous forme de job dating par exemple. Nous avons également imaginé une agence mobile, qui se déplace dans les banlieues mais aussi en secteur rural où il y a peu de structures emploi. Nous recherchons des pépites : des personnes qui ont envie de réussir et sont attirées par ce secteur d’activité.
C’est compliqué mais je ne suis pas inquiet : les perspectives de recrutement sont tellement importantes que les gens vont se rediriger vers ces métiers parce qu’il y a possibilité d’évoluer.

Quels types de contrats proposez-vous ?

Nous embauchons à la fois pour des missions d’intérim et pour des recrutements directs chez les clients. Les personnes que nous recrutons dans les groupes de formation pour du travail temporaire sont toutes embauchées en CDI par Synergie. Le travail temporaire n’est pas la précarité ! Et sur certains métiers, nous pouvons être sollicités sur les recrutements directs en CDI, notamment pour les métiers de techniciens et qualifiés (ingénieurs, voire fonctions support).
Pour les métiers en production, l’appel de main d’oeuvre est tellement important que le parcours d’un candidat qui postule chez Synergie dans le secteur aéronautique est généralement le suivant : il est formé dans le cadre d’une formation rémunérée, a une garantie d’emploi et de salaire durant un certain temps, qui est un tremplin vers un CDI à temps plein vers les entreprises utilisatrices. Ainsi, parmi les 800 personnes qui ont été formées sur les douze derniers mois, 150 ont arrêté leur contrat avec Synergie sur les deux derniers mois pour être embauchées en CDI chez un grand donneur d’ordre.

Qu’attendez-vous de votre présence au salon du Bourget ?

Les équipes sur place vous répondront : « beaucoup de CV ! » C’est vrai, mais le salon du Bourget est une manifestation qui rassemble l’ensemble de la filière, dans une dimension extra large : avec les industriels, les prestataires de services, les collectivités locales qui communiquent sur l’attractivité de leur territoire… Nous y allons pour communiquer sur l’emploi, pour présenter les passerelles qui existent, l’ensemble des possibilités. On ne peut pas être un intervenant important de ce secteur d’activité sans être présent au Bourget. Donc nous sommes là, sur le hall 2B. Nous attendons de rencontrer des candidats, de les convaincre d’intégrer ce secteur d’activité, de susciter des vocations. Nous avons besoin de ressources tout de suite mais nous en aurons aussi besoin demain et après-demain. Si une famille vient au Bourget avec son enfant et que l’on parvient à donner envie à cet enfant d’intégrer ce secteur d’activité demain ou après-demain, nous aurons déjà fait une partie du chemin.

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Mots clés : Bourget 2023Emploi & Formation

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