Tom Enders, CEO d’Airbus Group, a fustigé le 14 octobre dernier la politique d’acquisition d’armement du gouvernement allemand. Connu pour son franc parler en la matière, le patron du groupe européen d’aéronautique est revenu sur quelques points « délicats » concernant l’industrie d’armement en Allemagne et la politique du gouvernement, à l’occasion d’une conférence organisée par le quotidien économique allemand Handelsblatt.
Le patron d’Airbus Group a débuté son discours sur le constat alarmant de la part minoritaire du budget de Défense en pourcentage du PIB de l’Allemagne (1,4%), loin des 2% préconisés par l’OTAN.
Il est également revenu sur les difficultés rencontrées par le programme A400M, un avion « épatant », mais une « énorme charge » pour Airbus Group. Tom Enders a reconnu que des erreurs avaient été faites tant du côté de l’industrie que du politique, mais qu’il était temps d’apprendre des erreurs passées pour ne plus les reproduire à l’avenir. « Nous n’aurions pas dû nous laisser dicter certaines conditions, que nous n’aurions pas dû accepter », a-t-il lancé, pointant notamment du doigt les délais irréalistes et les fonds insuffisants ainsi que les exigences des pays clients – comme il l’avait fait lors de la livraison du premier A400M à l’armée de l’air en septembre 2013.
Le PDG s’en est ensuite pris au gouvernement allemand, déplorant sa politique industrielle et appelant à un consensus et un travail en partenariat, avec une vision commune. Il a pris pour exemple le blocage d’une vente de 14 hélicoptères à l’Ouzbékistan en raison de pièces détachées fabriquées en Allemagne pour lesquelles le gouvernement allemand n’a pas donné son accord d’exportation.
Il plaide pour que le gouvernement et l’industrie soient sur un pied d’égalité, dans une discussion ouverte et franche, au lieu de la « méfiance » qui semble prévaloir actuellement. C’est, pour Enders, une condition « sine qua non » pour une BITD « saine », tant au niveau national qu’européen.
Au niveau européen, justement, le PDG du groupe plaide bien évidemment pour une consolidation et une véritable politique européenne en matière d’exportation et de base industrielle. « Je suis convaincu qu’une consolidation nationale ne fait plus que rarement sens », a-t-il déclaré, martelant « [qu’on] ne pouvait pas se cacher derrière l’Europe parce qu’on ne voulait pas dépenser plus en matière de défense ». L’Union européenne n’est pour lui pas un moyen de réduire ses ressources en matière de défense et de profiter de celles des autres pays, mais bien de bâtir une stratégie commune.
Il prend la défense des agences européennes telles que l’OCCAR et l’Agence européenne de Défense, qui sont, selon lui, bloquées dans une certaine mesure par les gouvernements qui craignent qu’elles gagnent « trop d’influence ». « En fait, on devrait transférer à l’OCCAR et à l’Agence européenne de défense les mêmes pouvoirs que l’AESA. » Tom Enders propose même une alternative à cette solution, une nation-cadre et maître d’œuvre dans les grands programmes, afin de n’avoir qu’un seul interlocuteur et de faciliter les choses.








