L’Allemagne va devoir revoir sa copie en matière d’acquisition de matériels militaires. C’est ce qui ressort d’un rapport d’expertise d’un millier de pages remis le 6 octobre par le cabinet KPMG à la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen. Le contenu complet a été classifié, mais un résumé d’une cinquantaine de pages présente les principaux problèmes auxquels doit actuellement faire face le ministère de la Défense – qui a essuyé les semaines passées de nombreuses critiques sur l’état et la disponibilité des matériels des forces armées.
Le contenu disponible recense 140 « problèmes » et « risques » qui pèsent sur neuf grands programmes d’armement représentant deux tiers des investissements de Défense, pour un total de 57 milliards d’euros. Cinq d’entre eux concernent le domaine aéronautique : l’A400M, l’Eurofighter, le NH90, le Tigre et le système de défense aérienne MEADS. Aucun des programmes ne rentre dans les coûts, les délais et les performances fixées au départ.
Le surcoût des programmes est quasi-systématiquement pointé du doigt par le rapport : Ainsi, on apprend notamment que le coût initial prévu pour les soixante A400M se montait à 8 milliards d’euros et que la somme a par la suite grimpé de 15%, malgré la réduction de commande à 53 exemplaires – dont treize devraient par la suite être revendus à des pays tiers. Les retards de livraison (le premier A400M allemand est attendu pour novembre-décembre) ainsi que l’absence des capacités initiales prévues constituent les principaux problèmes de ce programme selon le rapport, qui préconise notamment d’exiger des compensations pour pallier ce manque.
Même constat pour les Eurofighter de la Luftwaffe, dont les coûts ont explosé malgré une réduction des commandes. De 14 milliards d’euros pour 250 exemplaires en 1987 (sans l’armement associé), la facture est passée à 26 milliards pour 143 appareils.
Se pose également le problème de la durée de vie des 33 Eurofighter de la première tranche, qui pourraient être retirés du service plus tôt que prévu, en raison du coût important du MCO et de l’intégration de nouveaux équipements. La Luftwaffe dispose actuellement de 110 Eurofighter, 33 Tranche 1 et 77 Tranche 2. Les livraisons devraient s’étaler jusqu’à la mi-2018.
Les NH90 n’échappent pas à l’augmentation des coûts, avec un total initial de 2,4 milliards en 1999 pour 134 NH90 TTH, une somme qui a pratiquement doublé pour atteindre les 4,4 milliards d’euros, alors que la commande a été réduite à 82 exemplaires – dont 18 pour la marine. L’allongement des phases de développement, les modifications de capacités, autant d’éléments qui ont retardé la mise en service des hélicoptères – qui n’ont pour l’instant été introduits qu’en version TTH. Le problème de corrosion qui affecte les appareils à voilures tournantes ne fait qu’ajouter aux risques décrits par le rapport. L’une des pistes de réflexion proposée consiste notamment à développer et consolider la coopération entre les pays clients, que ce soit pour les pièces de rechange ou pour la gestion des risques.
Les hélicoptères Tigre de l’armée de terre allemande font eux aussi face à une réduction des commandes et la flotte devrait passer de 80 à 68 exemplaires, dont 40 sont actuellement en état d’être déployés pour des opérations militaires et 11 pourraient être rachetés par Airbus Helicopters. Les principaux risques du programme identifiés concernent les pièces de rechange et l’efficacité des armements actuels.
Enfin, concernant le système de défense antiaérienne MEADS, la question de le faire succéder au système Patriot n’est pas encore complètement tranchée. Après le retrait des États-Unis du programme, l’Allemagne se retrouve seule avec l’Italie sur ce programme qui était initialement tri-national. Selon les recommandations de KPMG, l’Allemagne pourrait continuer à développer le programme, ou utiliser les connaissances et le savoir-faire acquis sur le programme MEADS pour moderniser le Patriot. Aucune décision n’a encore été prise ni dans un sens ni dans l’autre par le gouvernement allemand.
Le rapport complet comprend 180 recommandations, dont une réorganisation des structures chargées des acquisitions d’équipements de Défense au sein du ministère, ainsi qu’une nouvelle méthode de dialogue et de négociations entre l’organe étatique et les industriels. Il s’agit « d’optimiser la gestion des acquisitions d’armement dans les programmes nationaux et internationaux », une mesure « urgente » qui doit être appliquée « sans délai ». Il faudra « au moins deux ans » pour mettre en place les changements préconisés, selon le document.
La ministre Ursula von der Leyen a parlé d’une « bonne base » de travail lors de la remise du rapport et a tiré les premières conséquences de cet état des lieux en annonçant la création de deux « task force ». Le chef d’état-major de la Luftwaffe dirigera la task force « voilures fixes », celui de la marine la task force « voilures tournantes ». Les deux hommes auront pour charge de fournir un « état des lieux de la disponibilité et de l’état de l’ensemble des matériels et des systèmes d’armes aéronautiques de l’armée allemande », ainsi que de présenter des propositions de solution pour améliorer la disponibilité des matériels et les mesures nécessaires.








