A l’occasion de l’exercice Serpentex 2014, le Journal de l’Aviation a pu rencontrer un « FAC », pour « forward air controller », contrôleur aérien avancé, le responsable du guidage des aéronefs et des autorisations de tir lors d’opérations de soutien aérien rapproché. Une spécialité « très pointue », qui demande beaucoup d’entraînement et de précision.
« En gros, le FAC est sur le terrain avec son équipe et suit le plus souvent une unité de l’armée de terre. C’est lui qui demande un appui aérien en cas de besoin et qui communique en permanence avec l’avion », explique le capitaine R., lorsqu’on lui demande en quoi consiste son métier. Il détaille un peu plus sa fonction : « Lorsqu’un convoi est pris à parti, par exemple, c’est le FAC qui détermine la zone ou les coordonnées de la provenance des tirs, puis il demande du renfort aérien. Dès que l’avion sera au-dessus de la zone, le FAC va échanger un certain nombre de messages, sur sa localisation et la situation. Si l’équipe au sol est sous le feu, il a le droit de faire tirer l’avion de sa propre initiative pour faire cesser l’agression. Il envoie alors un message avec la nature de la cible, les coordonnées, l’altitude, le cap d’attaque et la munition désirée ».
Effectuant un gros travail de synchronisation et de communication, le FAC peut aussi bien coordonner des missions d’appui aérien que des tirs d’artillerie, des évacuations médicales ou des observations d’activité de zone. Le FAC « conventionnel » travaille en équipe, alors qu’un FAC des forces spéciales travaille seul. L’équipe est composée de quatre à six personnels : le FAC, le chauffeur du véhicule, un spécialiste radio, un adjoint NFO (national forward observer), ainsi que des personnels dédiés à la « sécurité physique » de l’équipe.
L’ensemble des communications se fait en anglais, selon des normes otaniennes. « On a tous le même langage, le même format de messages, on travaille sur la même base » explique le capitaine. Il n’est en effet pas rares que sur un théâtre faisant l’objet d’une coalition internationale, un FAC français guide un avion étranger et inversement. Une parfaite maîtrise de l’anglais est une condition sine qua non pour le FAC, qui s’entraîne depuis l’entrée au Centre de formation à l’appui aérien (CFAA) de la BA 133 de Nancy-Ochey, et qui travaille ensuite quotidiennement à maintenir son niveau.
Le matériel emporté est pensé en conséquence. « Si le FAC ne devait garder qu’un équipement, ce serait la radio », pour pouvoir assurer la communication avec l’avion. Pour le reste, l’équipe FAC emporte notamment un kit Viper, des jumelles équipées d’un télémètre, d’un compas et d’un GPS pour déterminer la position de la cible, un désignateur infrarouge Stroblite. « Avec ça, il est déjà capable de guider dans de très bonnes conditions. S’il a plus de capacité d’emport, il pourra également emmener un désignateur laser ou encor des moyens de liaison satellitaire, ainsi qu’un système ROVER (qui permet de visualiser ce que voit le pilote depuis son avion, NDLR). »
« La spécialité est très pointue, la formation chère, mais nous n’avons malheureusement pas assez de candidats », explique le capitaine R., qui est également instructeur au sein du CFAA. Car en plus de devoir maîtriser parfaitement l’anglais et pouvoir porter soixante kilos de matériel sur le dos, le FAC doit en plus exceller dans le repérage dans l’espace, tout en connaissant sur le bout des doigts les règles d’engagement. « Nous sommes en recherche, car les conflits actuels et à venir vont voir se développer encore plus le travail des FAC », analyse-t-il.
« La sollicitation des FAC est assez importante, le rythme de projection est extrêmement élevé », nous apprend le capitaine R. Pas de chiffres exacts, mais un FAC qui est envoyé en OPEX quatre à six mois peut repartir dans les douze mois qui suivent. Le manque de FAC « déployables » s’explique notamment par leur nombre relativement réduit. Ils sont issus des commandos parachutistes (CPA 10, 20, 30) pour l’armée de l’air, des artilleurs au sein de l’armée de terre ou des forces spéciales.
Une spécialité exigeante, mais qui apporte beaucoup de satisfaction, selon le FAC. « C’est vrai que c’est très technique, mais c’est justement cet aspect qui m’attire énormément. A côté de ça, il y a aussi la satisfaction de rendre service aux autres. Et parce qu’on sait qu’en opération, le FAC est une pièce inamovible d’un détachement. » L’assurance de vivre quelque chose « d’unique », car effectivement, « tout le monde ne guide pas un avion de chasse sur une cible »…








