La trêve aura été de courte durée, la guerre des drones a repris de plus belle. Et cette fois-ci, il ne s’agit pas de drones de surveillance MALE, mais de drones tactiques. L’enjeu : le remplacement des SDTI, pour « système de drone tactique intérimaire », mis en œuvre par l’armée de terre. Il s’agit pour l’armée de terre de se doter d’un nouveau système de drones, capables d’effectuer des missions ISR et doté de capteurs permettant la collecte de renseignement d’origine électromagnétique (COMINT) et électronique (SIGINT).
Alors qu’il devait s’agir au départ d’un marché « de gré à gré » et que Thales semblait être seul sur le secteur, la DGA se retrouve aujourd’hui avec deux candidats potentiels de plus sur les startings blocks : Sagem et Airbus Defence & Space. Trois industriels, trois drones, zéro plateforme française. Tout l’enjeu sera donc d’intégrer le plus d’équipements « franco-français » possibles.
Les trois industriels ont profité du salon Eurosatory pour présenter leurs drones et vanter leurs mérites respectifs, misant chacun sur un avantage concurrentiel que n’auraient pas les deux autres. Se retrouvent donc sur le ring le Watchkeeper de Thales, le Patroller de Sagem et le Shadow M2 d’Airbus & Space.
Chez Thales, on mise tout sur la dimension franco-britannique et l’expérience déjà acquise par le Watchkeeper dans la British Army. Le drone développé par Thales UK, dérivé de l’Hermes 450 d’Elbit Systems, a en effet été mis en service en mars dernier, il a pour l’instant été commandé à 54 exemplaires par le ministère britannique de la Défense. « Le Watchkeeper répond aux exigences d’une force expéditionnaire telle que la France et offre une grande flexibilité pour les missions ISR », assure-t-on chez l’équipementier.
La commande par la France du Watchkeeper permettrait à la fois de renforcer la coopération britannique, mais aussi de profiter du retex et de l’expérience des pilotes britanniques dans le domaine de la formation. Thales met également en avant les essais déjà effectués par la DGA, même si tout ne se serait pas aussi bien passé que prévu. Enfin, dernier point mis en avant par Thales : sa capacité à pouvoir voler dans l’espace aérien civil, un argument d’achat supplémentaire.
Du côté de Sagem, l’accent est mis sur la continuité, l’armée de terre utilisant des Sperwer depuis 2008, notamment en Afghanistan. Le choix du Patroller représenterait donc une « suite logique », ainsi qu’une évolution intéressante par rapport au Sperwer et au Watchkeeper, dont la conception est un peu plus ancienne (début des années 2000). Le Patroller pourrait également intégrer la boule optronique d’Optrolead, capable d’emporter un grand nombre de capteurs, télémétrique, caméra infrarouge, désignateur laser… L’industriel vante également un coût de l’heure de vol plus avantageux et la création de 200 emplois en cas de sélection par la DGA.
De plus, la filiale de Safran met en avant la coopération avec l’allemand Stemme, qui fournit une plateforme certifiée EASA CS23, lui permettant en théorie d’être également intégré dans l’espace aérien civil.
Par ailleurs, l’annonce il y a deux jours de l’intégration réussie de la boule gyrostabilisée Euroflir 410 sur le Patroller contribue à marquer la volonté de Sagem de s’imposer sur le marché.
Enfin, le « concurrent-surprise », Airbus Defence & Space, qui présente un drone en partenariat avec l’américain Textron, le Shadow M2. L’accord de partenariat avec l’industriel remonte à 2011, pour intégrer au Shadow le système mission Lygarion, « combat proven », puisque déjà utilisé sur les Harfang.
Autre argument en faveur du Shadow M2, son utilisation largement éprouvée par l’US Army, qui possède déjà 160 systèmes, soit « 300 à 400 » drones, selon Textron Systems, et qui a accumulé quasiment un million d’heures de vol. Airbus met également en avant une flexibilité accrue, liée à la possibilité de faire décoller et atterrir le Shadow sur des pistes plus courtes que le Watchkeeper et le Patroller. Enfin, l’argument du prix, le nerf de la guerre, pourrait jouer en faveur du Shadow M2, selon Airbus, qui assure que l’offre est plus intéressante que ses concurrents.
Selon leurs industriels respectifs, le Shadow M2, le Patroller et le Watchkeeper seraient tous les trois disponibles à l’horizon 2017, grosso modo deux ans après l’attribution du contrat. L’appel d’offres du ministère de la Défense est lui attendu pour l’automne, au plus tard pour la fin de l’année 2014.
La Loi de programmation militaire prévoit l’acquisition d’une trentaine de vecteurs, avec une cible de livraisons fixée à 14 exemplaires d’ici 2019.








